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Tolkien et catharisme ??
#32
Entre mon interrogation initiale et la présente, j’ai parcouru beaucoup de chemin sans pour cela parvenir à émettre des certitudes. Mais les réponses ne sont-elles pas moins savoureuses que les questionnements.
Je vous restitue ici, de manière brouillonne, un bilan de ma réflexion :

La mythologie crée par Tolkien peut-elle être Chrétienne et Dualiste ?
Les deux termes me sont, longtemps, parus antagoniste. Tolkien fut limpide sur la véracité de son inspiration chrétienne, le réflexe était donc en retour d’éliminer la piste dualiste puisque le dualisme est (était ?) apparenté au manichéisme et celui-ci n'etant pas présent dans l’œuvre de Tolkien.

Mais si le dualisme pouvait être chrétien mais surtout pas systématiquement un néo-manichéisme, cela ne permettrait-il pas d’ouvrir un angle de vue différent sur l’œuvre du professeur ?
J’ai pris dans ce fuseau inspiration du catharisme intuitivement, je me rends compte aujourd’hui plus clairement pourquoi. Je faisais inconsciemment une superposition entre leurs visions de la création et celle de l’Ainulindalë.
Dans le catharisme la bonne création est purement spirituelle, invisible et éternelle. L’âme préexiste au corps et elle a moins à gagner le paradis qu’à y retourner. Schématiquement la matière est mauvaise puisqu’il y a trop de mal et de méchanceté dans le monde pour qu’il puise être l’œuvre du « Bon Dieu », ainsi il existerait un principe mauvais à l’origine de ce mal qui serait externe à Dieu. Ce principe n’est pas présenté comme une alternative à Dieu mais comme une imposture de Dieu « faux Dieu ».
La vision de l’Eglise primitive était-elle si différente ?
Les Cathares ne sont-ils pas des chrétiens dissidents, déviants, primitif du dogme catholique, mais des Chrétiens ?
Peut-on admettre une lecture autre (imparfaite et/ou différente) des évangiles ?
Ces questions ont toutes leurs places dans le débat qui nous occupe puisqu’elle détermine si leur vision dualiste peut s’inscrire dans un christianisme.

Quand est-il du processus de création d’Arda chez Tolkien :

Je vais transposer évidemment à une dualité Eru/Dieu et Melkor/mauvais principe.
Eru crée un premier thème, celui-ci processus créatif est une grande musique par essence purement spirituelle et invisible (mais source de visions).
Eru créateur de thème « au début glorieux et à la splendide conclusion » inclus les Ainur dans ce processus créatif afin d’ « embellir et glorifier » ce qui reste une création purement spirituelle.
Melkor s’oppose rapidement au thème amenant une « discordance » donc un apport qui ne s’accorde pas avec le thème original.

« Mais la discordance de Melkor s’enfla jusqu’au tumulte pour s’affronter au nouveau thème, la bataille sonore gagna en violence si bien qu’un grand nombre de Ainur, découragés, s’arrêtèrent de chanter, et que Melkor eut le dessus. »

Ces discordances, batailles, violences et découragements modifient l’humeur même d’Iluvatar :

« Alors Iluvatar se leva de nouveau, et les Ainur comprirent que son humeur était sévère. »

Il y a bataille pendant le processus créatif donc duel, peut-on pour autant parler de dualisme ? Pas encore.
S’ensuivent un nouveau thème et nouvelle discordance. Melkor s’oppose encore mais cette fois la partie de celui-ci :

« avait maintenant atteint son UNITè propre, mais elle était bruyante et vaine ».

Cette affirmation que le thème de Malkor puisse atteindre son « unité propre » est déterminante à mon sens puisqu’il avère le Dualisme.
Melkor semble donc s’imposer comme un principe autonome ne s’accordant pas au thème d’Eru, cependant il est immédiatement précisé que cette opposition est « vaine » et cela a une importance tout aussi capitale !
Si l’opposition de Melkor est vaine, elle n’est pas sans conséquences, le visage d’Eru suffit à lui seul à le confirmer « le visage faisait peur à voir ».
L’opposition est tributaire de la puissance et la gloire du thème et d’ERU.

« On ne peut jouer un thème qui ne prend sa source ultime en moi »

Au final Eru n’est pas responsable du mal dans la création, son apparition ne le laisse pas indifférent mais elle est tolérée puisqu’il sublimera finalement la bonne création.

« Celui qui le tente n’est que mon instrument, il crée des merveilles qu’il n’aurait pas imaginées lui-même ! »

« Voyez VOTRE musique ! »

Votre musique…, le thème d’Eru lui appartient, a-t-il pour vocation d’être une source d’inspiration pour les Ainur qui utilisent ce fil conducteur pour s’inscrire dans le processus créatif ? Avec la discordance peut-on déterminer dans quelle mesure la création « finale » a été modifiée ? Tout en s’accordant que le fil conducteur reste présent.

Est-on si éloigné de la description d’un « Dualisme Chrétien » comme dans la vision cathare de la création?

Melkor porte-t-il atteinte à la conception, création d’Eru ?

- Si oui, il ne s’agit en aucun cas de manichéisme. Il ne s’agit pas d’une opposition entre ombre et lumière ou entre Dieux, simplement une discordance vaine mais non sans conséquences sur la création (marissement, d’avantage ?). Melkor peut-il être considéré comme le mauvais principe à l’origine du mal, à Melkor appartient une discordance à Eru un Thème (« second thème qu’Iluvatar avait opposé aux dissonances de Melkor ») ?
- Si non, Pourquoi Eru semble-t-il d’une humeur si sévère ?

Le dualisme chrétien est-il un christianisme archaïque ? Primitif ? Ne serait ce pas congruent avec l’évocation de Tolkien d’un monde préchrétien ?

(Vinyamar, c’était courageux de reconnaître que tu te focalisais d’avantage sur un auteur que sur le thème. La réalité d’une personne est une reformulation de son expérience, conséquemment il n’y a guère de réalité objective. Chaque individus fait apparaître sa propre réalité ce qui signifie qu’il y a autant de réalités qu’il y a d’interlocuteurs. Sans rancunes donc.)

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