Thread Rating:
  • 0 Vote(s) - 0 Average
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
Tolkien et catharisme ??
#35
L'errantgris, effectivement, si la réalité dépend de celui qui la formule et qu'il n'y a guère de réalité objective, on est mal barré pour avancer.

Mais ce n'est pas ce que je crois, aussi je vais essayer d'apporter ma pierre à l'édifice. Rectifie-moi si je me trompe, mais à te lire, j'ai l'impression que tu donnes au mal une existence au même titre que le bien. Or, d'un point de vue catholique, seul le bien a une existence positive. Le mal est défini en philosophie comme la privation du bien, c'est-à-dire le refus du bien, et en définitive, donc, le refus de Dieu.C'est dans cette optique qu'il faut voir la rébellion de Lucifer, qui est jaloux de l'homme, car l'homme est destiné à devenir enfant de Dieu, pas les anges. Ce refus est donc l'expression, bien que dévoyée, de son libre-arbitre. Et Tolkien, dans l'Ainulindalë, se situe exactement dans cette optique. On remarque que Melkor devient très rapidement jaloux de la lumière et des Elfes. Très clairement, Tolkien ne met pas au même niveau le bien et le mal, puisqu'il n'y a pas de pendant "mauvais" à Eru. Parler de "dualisme" chez lui est donc impossible, de même qu'affirmer que le dualisme est compatible avec le christianisme.

Je me permets ici de citer une partie de l'essai que j'ai consacré au fait religieux chez Tolkien. La citation du Catéchisme de l'Eglise catholique est éclairante pour voir que le dualisme est rejeté :

À l’origine de cette longue défaite, se trouve la Chute. Et à ce sujet, la cosmogonie tolkienienne est d’une compatibilité quasi-stricte avec la tradition chrétienne. Dans l’Ainulindalë, un des plus grands esprits, Melkor, sans penser à mal faire au début, mêle son propre thème à la Musique des Ainur. Puis, rongé par son avidité de domination et de puissance, il finit par combattre les Valar pour se proclamer roi d’Arda, ayant attiré à sa suite plusieurs esprits. Dévoré par sa soif de lumière, il finit par dépit à y renoncer en faveur des ténèbres. Dans la tradition chrétienne, c’est également un esprit (« esprit » est une nature, « ange » n’est qu’une fonction, celle d’envoyé), Lucifer (« le porteur de lumière » en latin), qui se rebelle, entraînant d’autres esprits à sa suite… Le péché de l’ange est un refus de servir Dieu fait homme car les hommes sont destinés à devenir enfant de Dieu pas les anges. Chez Tolkien, il ne reste qu’à ajouter les Elfes aux Hommes…

« Derrière le choix désobéissant de nos premiers parents il y a une voix séductrice, opposée à Dieu qui, par envie, les fait tomber dans la mort. L’Écriture et la Tradition de l’Eglise voient en cet être un ange déchu, appelé Satan ou Diable. L’Église enseigne qu’il a été d’abord un ange bon, fait par Dieu. « Le diable et les autres démons ont certes été créés par Dieu naturellement bons, mais c’est eux qui se sont rendus mauvais. »

L’Écriture parle d’un péché de ces anges. Cette « chute » consiste dans le choix libre de ces esprits créés, qui ont radicalement et irrévocablement refusé Dieu et son Règne. Nous trouvons un reflet de cette rébellion dans les paroles du tentateur à nos premiers parents : « Vous deviendrez comme Dieu. » (Gn 3,5). » (Catéchisme de l'Eglise Catholique)

On le voit, pour qui connaît le Silmarillion la ressemblance est saisissante… Les mensonges susurrés par le tentateur rappellent ceux de Melkor à Fëanor et ceux de Sauron à Ar-Pharazôn (« vous deviendrez comme Dieu »). Plus largement, c’est toute la cosmogonie de Tolkien qui rappelle la hiérarchie divine chrétienne. Un seul Dieu créateur, duquel émanèrent des esprits (les Ainur, c’est-à-dire les « Saints ») dont certains furent envoyés sur terre (les Valar et les Maiar, puissances angéliques). On lira avec intérêt à ce sujet l’article de Michaël Devaux, de la Compagnie de la Comté : Les anges de l’Ombre chez Tolkien : chair, corps et corruption.

Ajoutons également que cette chute d’un esprit originellement bon implique que chez Tolkien, le Mal n’a pas d’existence positive comme le Bien, mais se définit bien comme la privation, le refus du Bien. Il ne s’agit pas de deux forces opposées ayant une existence positive, et dont l’une pourrait gagner et l’autre perdre, ou vice-versa. Il ne peut donc y avoir, au sens propre, de victoire du Mal, comme le ressentent d’ailleurs les principaux personnages, ce que nous verrons un peu plus loin..

Quant à la pré-science, la pré-connaissance de Dieu, elle est compatible avec notre libre-arbitre. Il est vrai que ce n'est pas aisé à imaginer, mais c'est un fondement du christianisme, en particulier du catholicisme (ça a été remis en cause par le calvinisme, entre autres).

Bref, trouver une inspiration cathare chez Tolkien me paraît pour le moins osé...

Je voulais ajouter une dernière remarque à propos du premier message de romaine : si au temps des Cathares, l'Eglise avait besoin sans doute d'une sérieuse réforme, ce n'était plus vraiment le cas à l'époque de Tolkien (ou alors, pour des raisons bien différentes, plutôt un aggiornamento). Donc "se débarasser des curés" pour être plus puriste, pour quelqu'un qui allait tous les jours à la messe et dont un fils est devenu prêtre, ce serait étonnant... L'absence de culte s'explique par le fait que les évènements qu'il décrit se situent avant l'Incarnation.

A.

Reply


Messages In This Thread

Forum Jump:


Users browsing this thread: 1 Guest(s)