Thread Rating:
  • 0 Vote(s) - 0 Average
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
Sous création / Sub création
#2
J'ai un peu la flemme de tout reformuler, donc je vais citer un paragraphe issu d'un essai que j'avais pondu sur le sujet :
Aglarond a dit :
Sens théologique de la "subcréation" : de la vérité des mythes

Avant d’aller plus loin, il faut ici exposer une théorie audacieuse de J. R. R. Tolkien à propos des mythes. Pour beaucoup, ils ne sont que mensonges, certes beaux, poétiques et parfois magnifiques, mais mensonges quand même. Rappelons simplement l’opposition mythos / logos, où seule la lumière de la raison pourrait accéder à la vérité. Tel n’était pas l’avis de Tolkien. Pour lui, tous les hommes sont "made in the image and likeness of a Maker" , créés à l’image et à la ressemblance d’un Créateur. Or, il y a eu une Chute de l’Homme : on ne voit que trop bien qu’il est loin d’être parfait. Cependant, il doit subsister chez l'Homme un écho de cette "perfection" ou de cette "Vér ité" originelle, qui touche à ce qu'est vraiment l'Homme dans sa nature et sa relation avec Dieu. Si l'Homme est à la ressemblance du Maker, du Créateur, il est donc capable de création également, en l'occurrence de création littéraire, et dans le cas de Tolkien, de création d'un monde imaginaire : un "sous-monde", d'où le terme forgé par Tolkien de "subcréation". La conséquence des deux dernières phrases est que pour Tolkien, on doit donc retrouver dans les mythes un écho de cette Vérité originelle. Tout comme dans les autres œuvres de création, d’ailleurs ; cependant les mythes traitent des sujets essentiels à la nature humaine, de sa création et de son rapport avec Dieu.

Pour dire les choses autrement, les mythes ne sont pas des mensonges : ils sont un langage spécifique mais capable de vérité. Comme nous venons de Dieu, cette création doit refléter quelque chose de cette origine, même si les mythes contiennent des erreurs. C’est d’ailleurs cette argumentation que Tolkien utilisa pour convaincre une nuit de 1931 son ami C. S. Lewis. Celui-ci comprit alors, au cours de cette fameuse conversation, que l’Evangile était en fait un mythe qui s’était réellement passé, un mythe vrai. Cette nuit-là, Lewis (déjà revenu au théisme) passa "d’une croyance en Dieu à une croyance dans le Christ". D’après son biographe Humphrey Carpenter, Tolkien dit au cours de cette conversation :

Les mythes que nous tissons, même s'ils renferment des erreurs, reflètent inévitablement un fragment de la vraie lumière, cette vérité éternelle qui est avec Dieu.

Il faut ici citer un extrait du poème Mythopoiea que Tolkien écrivit en rentrant chez lui après cette conversation avec Lewis :

Le cœur de l'homme n'est pas composé uniquement de mensonges, car il est sage d'une sagesse qui lui vient de Celui qui est très sage, et dont il est l'image. Quoique séparé de Lui depuis longtemps, l'homme n'est pas complètement perdu, ni entièrement changé. (...) Il traîne encore des lambeaux de sa grandeur passée. (...) Nous continuons de créer de la manière dont nous avons été créés.

On voit donc à quel point la sous-création, qu’elle soit littéraire ou artistique, avait un sens particulier aux yeux de Tolkien, à tel point qu’il forgea le terme de « subcréation » pour en rendre compte et replacer son œuvre de création par rapport à son propre Créateur. Quoi d’étonnant alors que la Fantasy, ou faërie, lui apparaisse comme le plus noble genre littéraire qui soit !


Je m'étais principalement appuyé sur l'essai dont tu parles pour ce paragraphe. Donc je ne vois pas bien ce que tu veux dire en parlant d'étendre ce but à l'Homme en général... Pour ce que j'ai compris de son point de vue, tout créateur littéraire doit se situer dans la perspective de la Création (i.e. celle du monde et de l'Homme par Dieu), et en faisant celà il se rapproche en quelque sorte de la démarche de son Créateur, et donc il se rapproche de son Créateur lui-même.
Pour le nietzschéisme, je suis loin d'en être en spécialiste, mais j'ai de très grands doutes sur le fait qu'on puisse établir une similitude entre l'approche de Tolkien et une approche nietzschéenne.

Cordialement
Aglarond

Reply


Messages In This Thread

Forum Jump:


Users browsing this thread: 1 Guest(s)