J’aimerai savoir qui parmi vous a lu le nouveau « Sigurd et Gudrun » et ce que vous en avez pensé. Pour amorcer la discussion, je donne ci-dessous mes propres impressions.
Première remarque le livre est réservé à des lecteurs qui ont une bonne maîtrise de l’Anglais et qui ne seront pas rebuté par un vocabulaire et une syntaxe inhabituelle. Deuxièmement le texte est souvent assez elliptique et je conseille d’avoir avant d’entamer la lecture une bonne connaissance de la légende originale pour bien suivre. Si ce n’est pas le cas il vaut peut-être mieux commencer par les commentaires de Christopher en début et fin de l’ouvrage. Ils comportent une étude critique des différentes sources ce qui permet de mieux comprendre les choix faits par Tolkien.
Une fois surmonté ces difficultés on se trouve vite emporté par la poignance du texte qui évoque des destins si fulgurants, si tragiques et si barbares qu’on ne peut qu’être captivé. La métrique du poème est magnifique également et montre d’une part l’amour de Tolkien pour ces vielles légendes scandinaves et pour la musique des mots. En plus du conteur extraordinaire que nous connaissons tous, Tolkien se révèle là un vrai poète
Personnellement, j’ai été particulièrement intéressé par l’ajout personnel que fait Tolkien lorsqu’il invente le fait que Sigurd est l’élu d’Odin et que sa naissance et sa venue dans la Walhalla est indispensable à la victoire lors du Ragnarock .
Christopher renchérit d’ailleurs sur le sujet en faisant un parallèle entre Sigurd et Turin et principalement le fait que c’est Turin qui lui aussi tuera Melkor lors de la dernière bataille en Valinor. J’avais brièvement étudié ce point dans mon intervention à Oxford sur « une lecture Dumézilienne du Narn » et j’ai été délicieusement surpris de voir que Christopher corroborait mon intuition d’il y a six ans.

