05-11-1999, 14:00
Bonjour, <br>Les langues inventées par Tolkien me passionnent pour plusieurs raisons. <br>1/ Elles sont le fondement de la sub-création de la Terre-du-Milieu. Loin d'être un artifice pour renforcer le monde secondaire, elles en sont la source. Tolkien inventait une langue, puis les histoires pour la faire vivre. Très souvent, il trouvait le nom d'un personnage, puis se demandait quelle serait son histoire. L'autonomie des langues (elles peuvent être étudiées pour elles-mêmes) assure le lien entre monde primaire (à ce propos, y aurait-il une meilleure traduction pour "Primary World" ?) et le monde imaginaire.<br>2/ Il en découle que la beauté des langues participe à celle des peuples qui l'utilisent. Si les Elfes fascinent tant dans l'oeuvre de Tolkien, leurs langues (notamment le Quenya et ses variantes) ne sont pas étrangères à cette dimension. On pourrait d'ailleurs se demander (j'ignore si Tolkien a abordé la question) si la musique ne se présente pas comme paradoxalement la langue par excellence : l'Ainulindalë décrit la Création sur un mode musical. Ce serait donc ce langage symphonique qui symboliserait le caractère créateur de toute langue. Objection (?) : le "Eä" est parlé ; ce serait donc la parole qui, en définitive, aurait le premier mot (si j'ose dire). Autre objection : la Musique est chantée par le Choeur des Ainur, ce sont donc les paroles et non directement la musique qui détiennent cette puissance conceptrice.<br>3/ Tolkien était philologue, il s'agit donc de sa première passion. Il en a imaginé une bonne vingtaine (le site Ardalambion est révélateur de l'ampleur du travail), ce qui réclame un investissement considérable.<p>On en vient donc aux ouvrages sur les langues. N'ayant aucune connaissance en philologie, j'ai beaucoup de mal à aborder correctement les langues. Les deux lignes en mode du Gondor de la page de garde du SdA m'ont donné beaucoup de mal (je viens tout juste de découvrir dans un numéro du fanzine Vinyar Tengwar que certaines lettres étaient en fait des abréviations...).<br>Par conséquent, je regrette qu'une grande partie des écrits de Tolkien sur les langues (grammaires, lexiques, etc.) soit encore inédite. <br>Le Dictionnaire des langues elfiques (Encyclopédie de la Terre du Milieu, I, 1) d'Edouard Kloczko est très précieux, mais j'attends la suite avec impatience. Pour ceux (dont je fais partie) qui n'ont pas les connaissances linguistiques suffisantes pour s'y mettre directement, il faudrait des exercices pour progresser.<br>Je ne pense pas que l'on puisse se contenter du vocabulaire d'une langue sans en connaître la grammaire (ou alors on fait du décalque, mais on rate la langue en elle-même). C'est la syntaxe qui fonde l'ossature organique d'une langue, pas son vocabulaire.<p>En conclusion, on peut tout à fait apprécier Tolkien sans s'intéresser aux langues, mais on ne peut pas dissocier son travail de sub-création de son travail philologique. Pour ma part, j'aimerais que soient publiés les travaux de Tolkien encore inédits, ce qui ne peut qu'enrichir l'univers de la Terre-du-Milieu. Mais j'attends parallèlement de la part des linguistes confirmés des ouvrages destinés à une meilleure assimilation :-)<br>

