Pour rebondir sur l'intervention de notre ami archiviste justement, intervention qui ne sera pas sans déplaire à Sosryko (qui s'intéressait aux paroles de l'Ennemi visant à se substituer à Eru), on peut, par rapport à Húrin, rappeler le texte :
[citation=Les Enfants de Húrin, p. 58-59 (trad. modifiée)]Et Morgoth de rire, et il dit : « Peut-être me supplieras-tu un jour de t'accorder la mort comme un bienfait ! » Alors il emmena Húrin au Haudh-en-Nirnaeth qui venait d'être érigé, et la puanteur de la mort y flottait ; et Morgoth enchaîna Húrin au sommet et lui enjoignit de regarder vers l'Ouest, en direction du Hithlum, et de penser à sa femme et à son fils et à ses autres parents. « Car ils vivent à présent sous ma loi, dit Morgoth, et ils sont à ma merci. »
« Tu n'en as aucune, répondit Húrin. Et tu n'atteindras pas Turgon à travers eux, car ils ne savent rien de ses secrets. »[/citation]
J'avais sinon effectivement déjà reparcouru avec intérêt le fuseau 'Richesse et Pauvreté', Sosryko, où tu as bien montré combien la pitié est inscrite dans l'histoire ;)
Voici ce que ce thème m'inspire de mon côté : si les blessures d'Arda Marrie et celles du Mal en général sont dans le Conte d'Arda en général et dans le SdA en particulier réparées par le sacrifice de quelques-uns — ce que j'appellerai l'Amour de Guérison — alors la compassion manifeste, révèle et accomplit cet Amour de Guérison.
Le roi Aragorn (Envinyatar « le Guérisseur ») n’est [emphase]« pas trop doux en paroles […] mais il a un cœur d’or »[/emphase] (SdA, livre VI, chap. 5) dira dans sa simplicité Ioreth. Et en effet, alors qu’il supporte la plus grande lassitude de tous, c’est la pitié qui vient à son cœur lorsqu’une partie de son armée, démoralisée, ne peut plus avancer devant le col de Cirith Ungol : pas un mot de reproche alors ne passe ses lèvres, mais des paroles de guérison. De même, siégeant à la fin dans le Palais des Rois pour y prononcer ses jugements, ceux-ci sont emprunts de justice et de miséricorde. Il libère les esclaves, il fait la paix, et au plus haut, il pardonne et libère : le pardon est alors (jusque dans son étymologie) la perfection du don — et de la guérison.
C’est la grande « leçon » du Seigneur des Anneaux :
[citation=Lettres (n°181), p. 332]Le « salut » du monde et le propre « salut » de Frodo sont permis par la pitié et le pardon qu’il avait précédemment accordés à celui qui l’a blessé. À tout moment toute personne prudente aurait pu dire à Frodo que Gollum allait certainement le trahir, et pouvait finir par le voler. Avoir « pitié » de lui, s’abstenir de le tuer, est un exemple de folie, ou de croyance mystique en la valeur en soi, ultime, de la pitié et de la générosité, même si elles sont désastreuses dans le monde temporel. Gollum a effectivement fini par le voler et le blesser — mais en raison d’une « grâce », la trahison finale s’est produite au moment précis où ce dernier acte malfaisant était la chose la plus bénéfique que l’on pouvait faire pour Frodo ! Grâce à une situation créée par son « pardon », il a été sauvé lui-même, et libéré de son fardeau.[/citation]

