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La Pitié
#22
Je ne pense pas que la rédemption chez Tolkien passe nécessairement par la mort. En revanche, je ne crois pas me tromper en estimant que la rédemption possède une très forte connotation chrétienne dans le Légendaire. Elle se compose nécessairement de repentir et de pénitence.

L'une des plus belles rédemptions du Silm. est celle de Finarfin : n'ayant pas été coupable de meurtre et seulement de désobéissance, son retour en Aman et sa demande de pardon sont suffisantes. De même, le changement d'attitude de Thingol envers Beren suffit à effacer sa faute antérieure. (Il faut se souvenir que l'histoire de la chute de Doriath publiée dans le Silm. n'est pas de Tolkien, et les quelques brouillons authentiques dont on dispose ne semblent pas suggérer une deuxième chute de Thingol.)

En revanche, pour tous ceux des principaux Noldor qui passèrent outre l'ordre de Mandos, le pardon (si pardon il y a) ne passe que par leur sacrifice, car leur faute est bien plus grande. Les deux meilleurs exemples de ce type sont ceux de Felagund et de Glorfindel. Dans le cas de Glorfindel, Tolkien précise que son sacrifice est l'une des raisons qui lui valurent de revenir plus vite des cavernes de Mandos. Cela me semble correspondre assez précisément à la vision chrétienne des martyrs. On observe une idée semblable lorsque Tolkien explore dans une de ses lettres ce qui aurait pu arriver si Gollum s'était effectivement repenti.

Il ne faut pas non plus ignorer la présence d'une certaine éthique médiévale (et pas nécessairement chrétienne) dans le SdA, selon laquelle il était glorieux d'effacer une faute en se sacrifiant. Bien que ce ne soit pas explicite, on peut lire ainsi la mort de Hama, bien que sa faute ait été mineure et qu'il ait été pardonné par son seigneur.

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