Comment élucider cette phrase? Dans le Complete Guide to Middle-Earth de Foster, celui-ci le définit comme le Saint-Esprit, en indiquant dans ses références "Tolkien and the Silmarillion" de Kilby (je crois). Je n'ai pas ce dernier livre, mais en général, Foster est prudent dans ses affirmation, et il doit s'agir sans doute d'une parole de Tolkien lui-même. Or, dans le Silmarillion, le Saint-Esprit est manifestement la Flamme Impérissable (càd l'Esprit de Dieu qui donne la vie à la Création ; Cf le Credo ou St Thomas).
Il ne serait pas étonnant que Gandalf soit le serviteur de la Flamme Impérissable, car il est l'un des Istari, dont le but est de connaître les secrets de la Création ; or celle-ci ne prend tout son sens et sa réalité que par la Flamme Impérissable.
"Wielder of the Flame of Anor" s'oppose à "Flame of Udûn". Udûn est le sindarin pour Utumno, je crois, l'Enfer, donc le côté-Morgoth. Anor est le soleil couchant, occidental, vers Valinor, donc le côté-Valar. Je rattacherai même Anor à l'Arbre Laurelin, son "père", qui est d'ailleurs appelé 'the Magic Sun' dans les premiers stades de la mythologie. S'opposent donc le Feu Spirituel de Varda, incarné par les Arbres et servi par Gandalf, au Feu de l'Enfer, de Melkor, utilisé par le Balrog.
D'autre part, Gandalf est Olorin, qui envoie de belles visions dans les esprits des Amanyar, et est associé à Lorien, l'un des deux Valar Maîtres des Esprits (Fëanturi), l'autre étant Mandos. En Gandalf est donc cette double association: Esprit+Feu, association que l'on retrouve, sous une forme différente bien sûr, dans le concept de Flamme Impérissable.
On pourrait objecter que le Saint-Esprit, l'Esprit de Dieu, n'a rien à voir avec la fëa des Enfants d'Eru, mais le fait est que Gandalf utilise à peu près la même métaphore pour décrire la relation Fëa/Rhöa (Feu/Foyer) que pour décrire la relation Flamme Impérissable/Eä (feu qui y est envoyé et qui en est la vie même).
C'est pourquoi je crois qu'on peut décrire Gandalf comme un Maia du Feu, mais son Feu vient d'Eru, il éclaire, réchauffe et donne la vie, et n'est en rien comparable au Feu destructeur de Melkor et des Balrogs .
Pourrais-tu retrouver la référence dont tu parles, Beren ? Ça serait intéressant. La Maia du soleil est Arien (mais son nom a changé après, je crois), Melkor a tenté de la violer ("ravish"). Encore un exemple de sexe chez Tolkien !
Quant au pouvoir des Valar et des Maiar, celui-ci n'est opérant que s'ils s'incarnent d'une manière ou d'une autre dans la Création. S'ils restent de purs esprits angéliques (eälar), ils ne peuvent intervenir. Le pouvoir n'existe que si l'on s'en sert ! Et s'en servir, s'est consommer un part de sa substance, la transformer en puissance active. Il semble qu'ils peuvent le faire en assumant une forme corporelle (l'exemple extrême en est Melkor), ou en investissant de leur substance dans la matière elle-même. C'est ce qu'a fait Melkor avec Arda, en corrompant la substance même de la Terre ("the whole of Middle-Earth was Morgoth's Ring"), mais en dispersant la sienne de ce fait, ce qui sera sa perte en tant qu'individu, comme l'expérimentera plus tard Sauron avec la destruction de l'Anneau.
Cette substance, ce pouvoir angélique ainsi transféré et "incarné", peut être utilisé par quiconque est assez puissant lui-même. Sauron utilise le pouvoir de Melkor dans Arda et le détenteur de l'Anneau utilise le pouvoir de Sauron dans l'Anneau. Plus généralement, toute magie noire exercée en Terre du Milieu utilise en définitive le pouvoir de Melkor et poursuit son oeuvre de corruption. Quant à la magie blanche, j'aurais tendance à dire qu'elle utilise le pouvoir (bien moindre...) que les Valar ont pu investir dans la Terre quand ils l'ont bâtie.
Le bâton des Istari est, je pense, plus qu'un symbole, et en tant qu'objet de pouvoir (Cf. Gandalf sur le pont de la Moria, ou à Edoras) doit renfermer une parcelle de leur substance. Mais pas tout, ce qui permet au Mage de se battre dix jours durant avec le Balrog avant de succomber, parce que justement "substance active", incarnée et mise en oeuvre dans son corps, est consumée.

