Cet "effacement" des Elfes se retrouve dans l'impossibilité pour les Ents d'avoir désormais des "entures". Alors que les Elfes le peuvent encore, les Ents ont perdu les Ents-femmes. Ils ne peuvent plus se développer, ni même maintenir leur nombre. La Chanson des Ents et des Ents-femmes s'achève sur l'espérance de leurs retrouvailles dans l'Ouest : là encore, leur destin dans la Terre du Milieu s'estompe.
A contrario, le SdA parle plusieurs fois, comme Cédric l'a rappelé, d'enfants Humains (Bergil et ses camarades, les enfants de Gondor et de Rohan mis à l'abri dans divers endroits), mais plus encore des enfants Hobbits. La Réception de Bilbo et ses conséquences mentionne de nombreux enfants, souvent nommément. Sam est d'une fécondité impressionnante (treize à la douzaine) : ses enfants sont mis en scène dans l'Epilogue du SdA.
Bref, le SdA ne parle que des enfants des races encore jeunes en Terre du Milieu.
D'un point de vue "externe", on peut émettre l'hypothèse que Tolkien a évité de parler des enfants Elfes, pour que les lecteurs ne risquent pas d'assimiler son oeuvre à de simples contes pour enfants (en un sens péjoratif). Il s'explique longuement à ce sujet dans ses textes sur la Fäerie : les Elfes ne sont pas de "petites choses", mignardes à souhait. En ne mettant jamais en scène des enfants Elfes, il coupe court à un danger supplémentaire. Il a d'ailleurs abandonné ou modifié certains textes de jeunesse où les Elfes (=fées) étaient décrits comme étant de plus petite taille. Les Elfes représentent avant tout la beauté, la force et le savoir. Ce sont davantage les insouciants Hobbits qui pourraient représenter les enfants, au sens où ils sont destinés à grandir au fil des épreuves.

