Ce corps glorieux renvoie, dans la théologie catholique (qui s'appuie sur Ph 3, 21 et 1 Co 15, 44), au corps ressuscité, c'est-à-dire au corps spirituel. Urwendi et sa suite sont entrées dans le bassin de feu et ont consummé leur vêtement corporel ; d'où la frayeur des Dieux ( Ibid.) à cette vision (ou plutôt, à cette absence de vision, car elles disparurent de leur vue dans ce bassin). Elles connurent donc une forme de mort en se débarrassant de leur corps. Tolkien reprend ce point un peu plus bas, lorsque Silpion se vit refuser la conduite du Navire de la Lune : "(...) il n'était pas des enfants de l'air et ne put trouver un moyen de rincer son être de cet aspect qui l'attirait vers la Terre comme le fit Urwendi" (FrHome I, 254). Ainsi, "rincer son être de cet aspect qui l'attirait vers la Terre", c'est se défaire de son corps mortel pour gagner son corps spirituel.
Le corps glorieux des demoiselles du Soleil est ici l'analogue d'un rayon de lumière ou d'un souffle : on peut alors comparer avec l'ombre de l'esprit de Sauron ou la brume de celui de Saruman (voir supra.).
Il ne s'agit bien entendu que d'un rapprochement, car ce Conte a été considérablement réduit dans les versions ultérieures. Cependant, tant qu'il n'y a pas de contradiction directe, rien n'interdit d'éclairer une question par un texte antérieur. Le corps glorieux des Maiar range Tolkien du côté de certains théologiens et Pères de l'Eglise qu'évoquait Eruvikë, partisans d'un corps subtil angélique (notamment Origène et Grégoire de Nysse). Même si, en rigueur de termes, le corps glorieux est celui des hommes ressuscités (ce qui expliquerait que Tolkien ait abandonné ce point par la suite), le Conte du Soleil et de la Lune fournit une pré-grille de lecture des récits ultérieurs : les Maiar posséderaient un corps subtil, spirituel, qui peut quitter ses vêtements corporels dans la mort.

