Revoyons-donc LE classique, qui, chemin faisant, amène aussi la meilleure réponse qui soit à la question de l'équipement (et, accessoirement, montre que Laegalad est presque à la limite de la distraction, elle aussi ;-) )
En fait, après relecture de la fin du Chapitre 2 du Livre II, "Le Conseil d'Elrond" et du début du Chapitre 3, "L'Anneau prend le chemin du sud", il s'avère qu'il ne serait pas faux de dire, je pense, qu'ils sont tous, in fine désignés par Elrond, ce qui, c'est bien clair, n'est pas pareil que "tous choisis par le Conseil d'Elrond"... raccourci fort éloigné, j'en conviens, du mode de narration tolkienien...
Je récapitule (si vous me permettez de partager avec vous la leçon que je me suis donnée à moi-même sous l'impulsion d'Isengar) :
1°
Elrond leva les yeux vers lui, et Frodon se sentit le cœur transpercé par l'acuité de son regard.
- "Si je comprends bien tout ce que j'ai entendu, dit-il, je pense que cette tâche vous est dévolue, Frodon, et que si vous n'en trouvez pas le moyen, personne ne le trouvera. C'est maintenant l'heure de ceux de la Comté, où ils vont se lever de leurs champs paisibles pour ébranler les tours et les conseils des Grands. Qui donc parmi tous les Sages eût pu le prévoir? Ou, s'ils sont sages, pourquoi s'attendraient-ils à le savoir, avant que l'heure n'ait sonné?
«Mais c'est un lourd fardeau. Si lourd que personne ne pourrait l'assigner à un autre. Je ne le fais pas pour vous. Mais si vous l'assumez librement, je dirai que votre choix est bon, et dussent tous les puissants amis des Elfes de jadis, Hador et Hûrïn, et Tûrïn et Beren lui-même être assemblés, votre place devrait être parmi eux.
- "Mais vous n'allez sûrement pas l'envoyer tout seul, maître?" s'écria Sam, qui, incapable de se contenir plus longtemps, bondit du coin où il était tranquillement assis par terre.
- "Non, certes! dit Elrond, se tournant vers lui avec un sourire. Vous au moins l'accompagnerez. Il n'est guère possible de vous séparer de lui, même lorsqu'il est convoqué à un Conseil secret et que vous ne l'êtes pas.
Sam se rassit, rougissant et grommelant.
Dans quel beau pétrin on s'est fourrés, monsieur Frodon! dit-il, avec un hochement de tête.
Où l'on voit donc que seuls Frodo et Sam ont été "choisis" ou "désignés" lors du Conseil d'Elrond (et que Sam se soit imposé ne change rien au fait qu'il soit désigné, même un peu malgré lui).
2°
- "Dans ce cas, ce n'est certainement pas vous qu'on choisira, Peregrin Touque! dit Gandalf, passant la tête par la fenêtre, qui était assez proche du sol. Mais vous vous faites tous du souci inutilement. Rien n'est encore décidé."
On peut donc penser qu'en fait rien n'a été décidé au Conseil d'Elrond. Toutefois sur ce point précis, il y a discussion (bien que les interlocuteurs ne soient pas égaux) :
3°
4° Reste qu'il faut alors déterminer quand la "décision", s'il y en a bien une, est prise et par qui :
- "Frodon, vous devriez essayer d'oublier vos difficultés. Je ne sais si je puis rien faire pour vous aider, mais je vous glisserai ceci à l'oreille: quelqu'un a dit qu'il faudrait une intelligence dans le groupe. Il avait raison. Je crois que j'irai avec vous."
La joie de Frodon fut si grande à cette annonce que Gandalf, quittant le rebord de la fenêtre où il était assis, ôta son chapeau et s'inclina
- "J'ai seulement dit: Je crois que j'irai. Ne comptez sur rien encore. En cette affaire, Elrond aura beaucoup à dire, ainsi que notre ami Grands-Pas. Ce qui me rappelle que je voudrais voir Elrond. Il faut que je parte."
5°
Elrond appela les Hobbits autour de lui. Il regarda Frodon avec gravité.
- "Le moment est venu, dit-il. Si l'Anneau doit partir, ce doit être bientôt. Mais ceux qui l'accompagneront ne doivent pas compter que leur mission soit assistée par la guerre ou par la force. Ils doivent passer dans le domaine de l'Ennemi, loin de toute aide. Vous en tenez-vous toujours à votre parole, Frodon, selon laquelle vous serez le porteur de l'Anneau?"
- "Oui, dit Frodon. Je partirai avec Sam."
- "Eh bien, je ne puis guère vous aider, fût-ce de mes conseils, dit Elrond. Je prévois très peu votre route, et j'ignore comment vous pourrez accomplir votre tâche. L'Ombre s'est maintenant glissée jusqu'au pied des Montagnes, et elle a presque gagné les bords du Flot Gris, et sous l'Ombre, tout m'est obscur. Vous rencontrerez bien des ennemis, les uns déclarés et d'autres déguisés, et vous pourrez aussi trouver sur votre route des amis alors que vous les cherchez le moins. J'enverrai les messagers que je pourrai imaginer à ceux que je connais dans le vaste monde, mais les terres sont devenues à présent si périlleuses que certains pourront bien s'égarer ou ne pas arriver plus vite que vous-mêmes.
«Et je vous choisirai des compagnons pour aller avec vous aussi loin qu'ils le voudront bien ou que la chance le permettra. Il les faut peu nombreux, puisque notre espoir réside dans la rapidité et le secret. Eussé-je une phalange d'Elfes en armes des Anciens Jours que cela servirait seulement à éveiller la puissance du Mordor.
«La Compagnie de l'Anneau sera de Neuf, et les Neuf Marcheurs seront opposés aux Neuf Cavaliers qui sont mauvais. Gandalf ira avec vous et votre fidèle serviteur, car ceci sera sa grande tâche, et peut-être la fin de ses labeurs.
«Pour le reste, ils représenteront les autres Gens Libres du Monde
Elfes, Nains et Hommes. Legolas représentera les Elfes, et Gimli fils de Gloïn les Nains. Ils sont volontaires pour aller au moins jusqu'aux cols des Montagnes, et peut-être plus loin. Pour les Hommes, vous aurez Aragorn fils d'Arathorn, car l'Anneau d'Isildur le touche de près.
- "Grands-Pas! s'écria Frodon."
Où l'on voit, si je ne me trompe, que, dans la grande subtilité de Tolkien, Frodon confirme qu'il s'agit de son choix, et que Sam l'accompagnera, et que les autres sont semble-t-il choisis par Elrond. Ce qui n'empêche, bien sûr, qu'ils ne sont choisis que dans la mesure où ils l'ont également choisi. C'est ce qui me fait dire qu'Elrond donne la désignation officielle...
On pourrait même se demander "à quel titre ?" On ne serait pas loin alors d'essayer de se justifier un peu, fût-ce en risquant de paraitre de mauvaise foi, en disant qu'Elrond est sans doute un peu le nouveau Chef du nouveau Conseil qui remplace le Conseil des Sages qu'était le Conseil Blanc dirigé par Saruman dans les affaires concernant Sauron et l'Anneau... de sorte que c'est un peu en tant que chef du "Conseil d'Elrond", à défaut d'un autre conseil, qu'Elrond aurait ce rôle... dès lors, tous les compagnons seraient à la fois libres de leur choix et désignés par Elrond, mais aussi, si l'on peut dire, désignés par le Conseil d'Elrond... mais bon, peu importe puisque de toute façon j'étais complètement distrait par autre chose en effet quand j'ai dit cela ! (Juste pour le plaisir de penser ;-) ) (*ok, I know the way out...*)
5° Renversement de situation final... :
- "Il en reste deux à trouver, dit Elrond. Je vais y réfléchir: Je pourrai en trouver dans ma maisonnée qu'il me semblera bon d'envoyer."
- "Mais cela ne laissera pas de place pour nous! s'écria Pippin, consterné. Nous ne voulons pas être abandonnés là. Nous voulons aller avec Frodon."
- "C'est parce que vous ne comprenez pas et que vous ne pouvez imaginer ce qui les attend."
- "Frodon non plus, dit Gandalf, apportant à Pippin un secours inattendu. Ni aucun de nous clairement. Il est vrai que si ces Hobbits comprenaient le danger, ils n'oseraient pas partir. Mais ils le souhaiteraient encore ou souhaiteraient l'oser, et ils auraient honte et ils seraient malheureux. Je crois, Elrond, qu'en cette affaire mieux vaudrait se fier à leur amitié qu'à ma grande sagesse. Même si vous choisissiez pour nous un Seigneur Elfe comme Glorfindel, il ne pourrait enlever la Tour Sombre, ni ouvrir la route au Feu par le pouvoir qui est en lui."
- "Vous parlez avec gravité, dit Elrond, mais je reste dans le doute. La Comté, je le pressens, n'est pas dès maintenant exempte de péril, et j'avais pensé y renvoyer ces deux comme messagers afin de faire ce qu'ils pourraient, suivant la façon de leur pays, pour avertir les gens du danger qui les menace. En tout cas, j'estime que le plus jeune, Peregrïn Touque, devrait rester. Mon cœur est contre son départ."
- "Dans ce cas, Maître Elrond, il faudra m'enfermer en prison ou me renvoyer chez moi lié dans un sac, dit Pippin. Car autrement je suivrai la Compagnie."
- "Qu'il en soit ainsi, alors. Vous irez, dit Elrond et il soupira. A présent, la question des Neuf est réglée. La Compagnie devra se mettre en route dans une semaine.
"
Je trouve ça hallucinant ce mélange entre l'autorité de Gandalf, le libre arbitre et la volonté de Pippin, et l'autorité d'Elrond qui se plie, finalement, mais qui valide tout de même, en donnant "sa bénédiction". Laegalad avait donc tout à fait raison pour Pippin, mais, in fine, Elrond l'a tout de même également désigné.
Et pour la question de l'équipement qui nous occupait ici, je trouve qu'il y a là beaucoup d'éléments qui montrent bien qu'il n'est volontairement pas question d'équiper davantage la Communauté : - Elrond : "Mais ceux qui l'accompagneront ne doivent pas compter que leur mission soit assistée par la guerre ou par la force."
- Elrond encore : "Il les faut peu nombreux, puisque notre espoir réside dans la rapidité et le secret. Eussé-je une phalange d'Elfes en armes des Anciens Jours que cela servirait seulement à éveiller la puissance du Mordor."
- & Gandalf : "Même si vous choisissiez pour nous un Seigneur Elfe comme Glorfindel, il ne pourrait enlever la Tour Sombre, ni ouvrir la route au Feu par le pouvoir qui est en lui."
Ce qui ne prouve pas, forcément, d'ailleurs, qu'Elrond et Gandalf avaient raison dans leurs choix...
Et voilà...
Shudha.

