13-08-2003, 17:08
Plutôt que d'ouvrir un fuseau ou de surcharger le fuseau sur Tom, celui-ci fera parfaitement l'affaire, d'autant plus qu'il est passionnant à lire (je suis en retard de plus de 3 ans mais merci Cédric, Philippe et Fangorn :-)).
Le chapitre Chez Tom Bombadil est le chapitre central de la section bombadilienne, celui qui nous apporte le plus de renseignement sur Tom, chaque réponse ou aveu de sa part éveillant mille autres questions. Aussi, à la première lecture, nous ne prêtons peut-être pas suffisamment garde à la première nuit agitée que passent Frodon, Merry et Pippin dans la maison de Tom et Baie d’Or. Pourtant, Tolkien, très subtilement, a parsemé là son texte d’indices pour le lecteur attentif.
Ainsi, nous nous souvenons tous du cauchemar de Pippin : le pauvre Pippin, dans son sommeil [emphase]« se demanda s’il y avait des saules proches de la maison [ayant] le sentiment affreux de n’être pas du tout dans un maison ordinaire, mais à l’intérieur du saule »[/emphase] {149-150}. Pippin [emphase]« revit son bien trop récent séjour à l’intérieur de l’Homme Saule »[/emphase] [Verlyn Flieger, A Question of Time, The Kent State University Press, 1997, p.177], mais, en fait, ce sont les paroles de Tom et de Frodon, prononcées quelques instants auparavant, qui ont ravivé cet affreux sentiment ([emphase]« Et je ne passerai plus devant la maison du vieil Homme-Saule »[/emphase] {148} [emphase]« Parlez-nous de l’Homme-Saule »[/emphase], [emphase]« Ne craignez pas le saule gris ! »[/emphase] {149}). Et les mêmes paroles de Tom, comme un écho déformé qui [emphase]« résonne à ses oreilles »[/emphase], serviront au réconfort de Pippin :
[citation]« Dormez jusqu’à la lumière du matin : reposez vous sur l’oreiller !
Ne prêtez attention à aucun bruit nocturne.
Ne craignez pas le saule gris ! » [normal]{149}[/normal]
« Ne craignez rien !
Soyez en paix jusqu’au matin !
Ne prêtez attention à aucun bruit nocturne ! »
Et il se rendormit [normal]{150}[/normal][/citation]
Le rêve de Merry est tout aussi cauchemardesque : ce n’est pas le saule qui l’engloutit mais l’eau qui le noie. Avant que cette eau ne devienne celle d’un [emphase]« marécage mou et gras »[/emphase], elle était apparu dans son [emphase]« tranquille sommeil » [/emphase](quiet sleep) comme [emphase]« de l’eau coulant doucement »[/emphase] (water streaming down gently) avant de s’étendre [emphase]« en un sombre étang sans bornes »[/emphase] (dark shoreless pool) {150}. Or Tom, dans le poème qu’il avait murmuré juste auparavant, [emphase]« d’une voix douce et chantante »[/emphase], comme on endort des enfants, avait évoqué [emphase]« un grand étang profond et clair »[/emphase] (wide pool, deep and clear) {148} ; et surtout, après le repas, Baie d’Or avait souhaité [emphase]« à chacun une bonne nuit et un profond sommeil »[/emphase] (deep sleep) et, [emphase]« sortie de la pièce »[/emphase], [emphase]« le son de ses pas faisait penser à celui d’un ruisseau coulant doucement d’un colline (…) dans le calme de la nuit »[/emphase] (like a stream falling gently (…) in the quiet of the night) {148}. On comprends alors que si Pippin s’attache essentiellement aux encouragements de Tom, Merry, lui, retient le réconfort de Baie d’Or :
[citation]« Car rien ne passe ici la porte ni la fenêtre que le clair de lune, la lumière des étoiles et le vent venu du sommet de la colline. » [normal]{147-8}[/normal]
« Rien ne passe les portes ni les fenêtres que le clair de lune, la lumière des étoiles et le vent venu du sommet de la colline. » [normal]{150}[/normal]
[/citation]
En réalité, Merry ne reprend pas exactement les termes de Baie d’Or ; Merry, tout comme Pippin avec les paroles de Tom, déforme et généralise les propos de Baie d’Or : Merry a oublié le [emphase]« ici »[/emphase] et généralise à toutes les portes et toutes les fenêtres ; deux détails qui laissent à penser qu’il croit ou plutôt veut croire que rien [emphase]« ne passe les portes ni les fenêtres »[/emphase] d’aucune maison… C’est oublier que Baie d’Or précisait que rien ne passe [emphase]« ici »[/emphase], dans la maison de Tom Bombadil. Oh, non pas par quelque magie ou enchantement qui protégerait la maison ! Ce n’est pas la maison qui est particulière, mais bien ses habitants. Si rien ne passe que [emphase]« la lumière des étoiles et le vent »[/emphase], c’est que le cœur de Tom ou de Baie d’Or est un cœur apaisé et animé d’un bonheur que rien ne peut atteindre. Aussi, les rêves mouvementés de Frodon, Pippin et Merry n’existent que parce que l’âme des trois Hobbits est elle-même mouvementée et inquiète du passé (Pippin et Merry) ou de l’avenir (les Cavaliers de Frodon).
Ce qui nous amène au rêve de Frodon qui s’inscrit dans le texte comme un diamant dans son écrin, alors que Sam serait le liseré d’or qui sertit le boîtier. En effet la mention finale de Sam qui [emphase]« a dormi toute la nuit dans un parfait contentement »[/emphase] {150} renvoie au premier repas des Hobbits dans la maison de Tom, lui aussi placé sous le signe du parfait contentement ([emphase]« Ce fut un long et joyeux repas »[/emphase] {147}).
Une telle composition prend donc tout son sens lorsqu’on se rend compte que Sam y tient son rôle avec Frodon, Merry et Pippin, et qu’elle s’étale sur deux passages complets du texte : depuis [emphase]« Avant peu, les Hobbits,… »[/emphase] {147} jusqu’à [emphase]« en admettant que les souches éprouvent du contentement. »[/emphase] {150} ; en voici la structure :
Le chapitre Chez Tom Bombadil est le chapitre central de la section bombadilienne, celui qui nous apporte le plus de renseignement sur Tom, chaque réponse ou aveu de sa part éveillant mille autres questions. Aussi, à la première lecture, nous ne prêtons peut-être pas suffisamment garde à la première nuit agitée que passent Frodon, Merry et Pippin dans la maison de Tom et Baie d’Or. Pourtant, Tolkien, très subtilement, a parsemé là son texte d’indices pour le lecteur attentif.
Ainsi, nous nous souvenons tous du cauchemar de Pippin : le pauvre Pippin, dans son sommeil [emphase]« se demanda s’il y avait des saules proches de la maison [ayant] le sentiment affreux de n’être pas du tout dans un maison ordinaire, mais à l’intérieur du saule »[/emphase] {149-150}. Pippin [emphase]« revit son bien trop récent séjour à l’intérieur de l’Homme Saule »[/emphase] [Verlyn Flieger, A Question of Time, The Kent State University Press, 1997, p.177], mais, en fait, ce sont les paroles de Tom et de Frodon, prononcées quelques instants auparavant, qui ont ravivé cet affreux sentiment ([emphase]« Et je ne passerai plus devant la maison du vieil Homme-Saule »[/emphase] {148} [emphase]« Parlez-nous de l’Homme-Saule »[/emphase], [emphase]« Ne craignez pas le saule gris ! »[/emphase] {149}). Et les mêmes paroles de Tom, comme un écho déformé qui [emphase]« résonne à ses oreilles »[/emphase], serviront au réconfort de Pippin :
[citation]« Dormez jusqu’à la lumière du matin : reposez vous sur l’oreiller !
Ne prêtez attention à aucun bruit nocturne.
Ne craignez pas le saule gris ! » [normal]{149}[/normal]
« Ne craignez rien !
Soyez en paix jusqu’au matin !
Ne prêtez attention à aucun bruit nocturne ! »
Et il se rendormit [normal]{150}[/normal][/citation]
Le rêve de Merry est tout aussi cauchemardesque : ce n’est pas le saule qui l’engloutit mais l’eau qui le noie. Avant que cette eau ne devienne celle d’un [emphase]« marécage mou et gras »[/emphase], elle était apparu dans son [emphase]« tranquille sommeil » [/emphase](quiet sleep) comme [emphase]« de l’eau coulant doucement »[/emphase] (water streaming down gently) avant de s’étendre [emphase]« en un sombre étang sans bornes »[/emphase] (dark shoreless pool) {150}. Or Tom, dans le poème qu’il avait murmuré juste auparavant, [emphase]« d’une voix douce et chantante »[/emphase], comme on endort des enfants, avait évoqué [emphase]« un grand étang profond et clair »[/emphase] (wide pool, deep and clear) {148} ; et surtout, après le repas, Baie d’Or avait souhaité [emphase]« à chacun une bonne nuit et un profond sommeil »[/emphase] (deep sleep) et, [emphase]« sortie de la pièce »[/emphase], [emphase]« le son de ses pas faisait penser à celui d’un ruisseau coulant doucement d’un colline (…) dans le calme de la nuit »[/emphase] (like a stream falling gently (…) in the quiet of the night) {148}. On comprends alors que si Pippin s’attache essentiellement aux encouragements de Tom, Merry, lui, retient le réconfort de Baie d’Or :
[citation]« Car rien ne passe ici la porte ni la fenêtre que le clair de lune, la lumière des étoiles et le vent venu du sommet de la colline. » [normal]{147-8}[/normal]
« Rien ne passe les portes ni les fenêtres que le clair de lune, la lumière des étoiles et le vent venu du sommet de la colline. » [normal]{150}[/normal]
[/citation]
En réalité, Merry ne reprend pas exactement les termes de Baie d’Or ; Merry, tout comme Pippin avec les paroles de Tom, déforme et généralise les propos de Baie d’Or : Merry a oublié le [emphase]« ici »[/emphase] et généralise à toutes les portes et toutes les fenêtres ; deux détails qui laissent à penser qu’il croit ou plutôt veut croire que rien [emphase]« ne passe les portes ni les fenêtres »[/emphase] d’aucune maison… C’est oublier que Baie d’Or précisait que rien ne passe [emphase]« ici »[/emphase], dans la maison de Tom Bombadil. Oh, non pas par quelque magie ou enchantement qui protégerait la maison ! Ce n’est pas la maison qui est particulière, mais bien ses habitants. Si rien ne passe que [emphase]« la lumière des étoiles et le vent »[/emphase], c’est que le cœur de Tom ou de Baie d’Or est un cœur apaisé et animé d’un bonheur que rien ne peut atteindre. Aussi, les rêves mouvementés de Frodon, Pippin et Merry n’existent que parce que l’âme des trois Hobbits est elle-même mouvementée et inquiète du passé (Pippin et Merry) ou de l’avenir (les Cavaliers de Frodon).
Ce qui nous amène au rêve de Frodon qui s’inscrit dans le texte comme un diamant dans son écrin, alors que Sam serait le liseré d’or qui sertit le boîtier. En effet la mention finale de Sam qui [emphase]« a dormi toute la nuit dans un parfait contentement »[/emphase] {150} renvoie au premier repas des Hobbits dans la maison de Tom, lui aussi placé sous le signe du parfait contentement ([emphase]« Ce fut un long et joyeux repas »[/emphase] {147}).
Une telle composition prend donc tout son sens lorsqu’on se rend compte que Sam y tient son rôle avec Frodon, Merry et Pippin, et qu’elle s’étale sur deux passages complets du texte : depuis [emphase]« Avant peu, les Hobbits,… »[/emphase] {147} jusqu’à [emphase]« en admettant que les souches éprouvent du contentement. »[/emphase] {150} ; en voici la structure :

