13-08-2003, 17:18
Mais ce n’est pas fini…un détail reste à relever, connu de tous mais jamais placé jusqu’alors dans le contexte de la forme concentrique mise en évidence ; un détail de la bouche même de Tom et qui vient confirmer notre hypothèse ; je pense bien entendu à l’échange entre Frodon et Tom à propos du hasard (chance en anglais, traduit indifféremment par « chance » ou « hasard » dans la traduction française) :
[citation={148}]— M’avez-vous entendu appeler, Maître, ou est-ce simplement la chance qui vous a amené à ce moment ? (…)
— (…) Non je n’ai rien entendu : j’étais occupé à chanter. C’est simplement la chance qui m’a amené à ce moment, si vous appelez cela de la chance.[/citation]
Non seulement il est juste de lire dans ces lignes l’action de « la Providence cachée » (cf. Irène Fernandez, p.91), mais, plus intéressant encore, les termes qu’emploient Tom sont employés une seule autre fois dans tous le Seigneur des Anneaux par Gandalf lui-même, lors du Conseil d’Elrond :
[citation={278}]— (…) et cela se passa l’année même de la découverte de cet Anneau : étrange hasard, si hasard il y eut.[/citation]
En fait, dans les deux interventions de Tom et de Gandalf il est question de « chance » lors d’une quête dans une forêt (la Vieille Forêt / la Forêt Noire = Mirkwood) soumise à un esprit maléfique (le vieil Homme-saule / le Nécromancien) qui emprisonne ses victimes (les Hobbits prisonniers de l’arbre / Thráin dans les cachots de Dol Guldur) :
[citation=[123-4]{148}]‘Did I hear you calling? Nay, I did not hear: I was busy singing. Just chance brought me then, if chance you call it. It was no plan of mine, though I was waiting for you. We heard news of you, and learned that you were wandering. We guessed you’d come ere long down to the water: all paths lead that way, down to Withywindle. Old grey Willow-man, he’s a mighty singer; and it’s hard for little folk to escape his cunning mazes.[/citation]
[citation=[245]{278}]'Some here will remember that many years ago I myself dared to pass the doors of the Necromancer in Dol Guldur, and secretly explored his ways, and found thus that our fears were true: he was none other than Sauron, our Enemy of old, at length taking shape and power again. Some, too, will remember also that Saruman dissuaded us from open deeds against him, and for long we watched him only. Yet at last, as his shadow grew, Saruman yielded, and the Council put forth its strength and drove the evil out of Mirkwood and that was in the very year of the finding of this Ring: a strange chance, if chance it was.[/citation]
Voilà un point qui associe positivement Tom et Gandalf. N’aurions-nous pas là un début d’explication à la volonté de Gandalf de rencontrer Tom Bombadil avant de repartir en Aman ? Car si, en apparence, et au dire de Gandalf lui-même, ils sont radicalement différents, les voilà tous deux serviteurs de la Providence. Même Tom Bombadil, le pacifiste « radical » dont on aime à souligner « qu’il ne se soucie pas de l’Anneau, qu’il ne comprend même pas les enjeux de sa possession » (Irène Fernandez, p.30), est capable d’être sensible à la voix de la Providence ([emphase]« je vous attendais »[/emphase] {148}). Même Tom ou… surtout Tom ?
Quelle étrange section que cette section bombadilienne ; il est évident que Tolkien y était attaché et qu’il a voulu lui donner plusieurs fonctions. Une des fonctions principales ne serait-elle pas de permettre à Frodon de retrouver une paix et un calme intérieurs qui laisseront son esprit réceptif à une vision nocturne ? Il lui fallait être dans le calme et le silence pour entendre la voix d’un silence fin murmurer à son esprit. Ce calme et cette paix, seule la maison de Tom pouvait la lui procurer ([emphase]« Soyez en paix maintenant »[/emphase] {147}), un Tom qui sous-entend que le hasard n’est que Providence, un Tom hors de l’histoire et la guerre, mais qui va au devant de Frodon et de ses amis, un Tom qui accueille et nourrit, tout comme Melchisédek, roi de Salem, prêtre de « Paix », va au devant d’Abraham revenant de la guerre, l’accueille et le nourrit ; Abraham, l’homme que le « Très-Haut » a appelé à sortir de son pays pour aller dans l’inconnu. Mais ça, c’est une autre histoire, non [small][*][/small] ?
Sosryko
[small][*] = à venir sur un des fuseaux sur Tom un de ces jours (ou alors dans l'article final sur Tom... mais ça viendra, promis ;-)).
PS : Les citations du Seigneur des Anneaux dont les références entre sont entre crochets renvoient à l’édition anglaise en trois volume d’Houghton Mifflin (renewed 1993-1994 by Ch. Tolkien), celles dont les références sont entre accolades renvoient à l'édition française dite « du centenaire » (1992).[/small]
[citation={148}]— M’avez-vous entendu appeler, Maître, ou est-ce simplement la chance qui vous a amené à ce moment ? (…)
— (…) Non je n’ai rien entendu : j’étais occupé à chanter. C’est simplement la chance qui m’a amené à ce moment, si vous appelez cela de la chance.[/citation]
Non seulement il est juste de lire dans ces lignes l’action de « la Providence cachée » (cf. Irène Fernandez, p.91), mais, plus intéressant encore, les termes qu’emploient Tom sont employés une seule autre fois dans tous le Seigneur des Anneaux par Gandalf lui-même, lors du Conseil d’Elrond :
[citation={278}]— (…) et cela se passa l’année même de la découverte de cet Anneau : étrange hasard, si hasard il y eut.[/citation]
En fait, dans les deux interventions de Tom et de Gandalf il est question de « chance » lors d’une quête dans une forêt (la Vieille Forêt / la Forêt Noire = Mirkwood) soumise à un esprit maléfique (le vieil Homme-saule / le Nécromancien) qui emprisonne ses victimes (les Hobbits prisonniers de l’arbre / Thráin dans les cachots de Dol Guldur) :
[citation=[123-4]{148}]‘Did I hear you calling? Nay, I did not hear: I was busy singing. Just chance brought me then, if chance you call it. It was no plan of mine, though I was waiting for you. We heard news of you, and learned that you were wandering. We guessed you’d come ere long down to the water: all paths lead that way, down to Withywindle. Old grey Willow-man, he’s a mighty singer; and it’s hard for little folk to escape his cunning mazes.[/citation]
[citation=[245]{278}]'Some here will remember that many years ago I myself dared to pass the doors of the Necromancer in Dol Guldur, and secretly explored his ways, and found thus that our fears were true: he was none other than Sauron, our Enemy of old, at length taking shape and power again. Some, too, will remember also that Saruman dissuaded us from open deeds against him, and for long we watched him only. Yet at last, as his shadow grew, Saruman yielded, and the Council put forth its strength and drove the evil out of Mirkwood and that was in the very year of the finding of this Ring: a strange chance, if chance it was.[/citation]
Voilà un point qui associe positivement Tom et Gandalf. N’aurions-nous pas là un début d’explication à la volonté de Gandalf de rencontrer Tom Bombadil avant de repartir en Aman ? Car si, en apparence, et au dire de Gandalf lui-même, ils sont radicalement différents, les voilà tous deux serviteurs de la Providence. Même Tom Bombadil, le pacifiste « radical » dont on aime à souligner « qu’il ne se soucie pas de l’Anneau, qu’il ne comprend même pas les enjeux de sa possession » (Irène Fernandez, p.30), est capable d’être sensible à la voix de la Providence ([emphase]« je vous attendais »[/emphase] {148}). Même Tom ou… surtout Tom ?
Quelle étrange section que cette section bombadilienne ; il est évident que Tolkien y était attaché et qu’il a voulu lui donner plusieurs fonctions. Une des fonctions principales ne serait-elle pas de permettre à Frodon de retrouver une paix et un calme intérieurs qui laisseront son esprit réceptif à une vision nocturne ? Il lui fallait être dans le calme et le silence pour entendre la voix d’un silence fin murmurer à son esprit. Ce calme et cette paix, seule la maison de Tom pouvait la lui procurer ([emphase]« Soyez en paix maintenant »[/emphase] {147}), un Tom qui sous-entend que le hasard n’est que Providence, un Tom hors de l’histoire et la guerre, mais qui va au devant de Frodon et de ses amis, un Tom qui accueille et nourrit, tout comme Melchisédek, roi de Salem, prêtre de « Paix », va au devant d’Abraham revenant de la guerre, l’accueille et le nourrit ; Abraham, l’homme que le « Très-Haut » a appelé à sortir de son pays pour aller dans l’inconnu. Mais ça, c’est une autre histoire, non [small][*][/small] ?
Sosryko
[small][*] = à venir sur un des fuseaux sur Tom un de ces jours (ou alors dans l'article final sur Tom... mais ça viendra, promis ;-)).
PS : Les citations du Seigneur des Anneaux dont les références entre sont entre crochets renvoient à l’édition anglaise en trois volume d’Houghton Mifflin (renewed 1993-1994 by Ch. Tolkien), celles dont les références sont entre accolades renvoient à l'édition française dite « du centenaire » (1992).[/small]

