Quote:les Hobbits ne sont plus humains... (17-03-2005 15:14 )
Tolkien NE DIT PAS que les Hobbits SONT des Hommes mais bel et bien qu'ils leurs sont APARENTES.
(14-04-2005 19:39)
oui, il considère que les Hobbits sont apparentés aux humains. Pas qu'ils le sont. (15-04-2005 16:32)
Jusqu'à présent, les trois arguments plaident pour ma vision des Hobbits, apparentés mais pas humains. (id.)"connaître le français est pourtant la base de la lecture..."(15-04-2005 11:38)
Si tant est que les Letters permettent de trancher quoi que ce soit... (29-03-2005 10:28)
Le hic c'est que Tolkien a beaucoup changé d'avis (29-03-2005 14:57)
ce n'est pas une lettre par ci par là qui permet de juger réellement de la finialité de la réflexion de Tolkien (07-04-2005 12:06)
rien par exemple ne nous assure que Tolkien ait donné des réponses évasives (id.)
Pour moi, les Letters ne sont pas une source fiable donc je ne base pas mon raisonnement sur une source aussi fluctuante. (08-04-2005 08:42)
L'argument a déjà été apporté, il s'agit en effet DU SEUL TEXTE tentant de porter une réponse qui reste évasive et floue. (11-04-2005 12:19)
Au passage, pas la peine de sortir les Letters, elles ne disent rien de plus que le préambule sur les Hobbits du SDA. (13-04-2005 09:23)
Pour les Letters, je n'ai rien contre, (…) tant que l'on ne confond pas oeuvre finie et brouillon... (13-04-2005 18:27)
Et la plus belle pour la fin :
Quote:Mais il y a une hiérarchie à établir du SDA "verrouillé" aux Letters qui sont les moins abouties de ses oeuvres puisqu'épistolaires. (11-04-2005 12:19)
« Big is beautiful » ?
Et les lettres d’un obscur philologue et scribouillard, c’est aussi léger que des textos, c’est ça ?
Il faudra dire au regretté Pétrarque que son œuvre d’épistolier est la moins aboutie de ses œuvres.
Idem pour Paul de Tarse, globe-trotter et écrivaillon de carte postale.
Les lettres de Paul Eluard, les lettres à Lou d’Apollinaire, du pipi de chat du Mordor tout ça.
Pour revenir à Tolkien, lorsqu’il garde une lettre d’une quinzaine de pages sans l’envoyer, c’est parce qu’il a « changé d’avis » en court de route, et certainement pas parce « qu’il lui semblait qu’il se prenait trop au sérieux » (L153, p. 196)…Impossible de se prendre au sérieux et de réfléchir à ce qu’on écrit dans une lettre ! Tout le monde sait très bien qu’un écrivain n’écrit le fond de sa pensée (le fond définitif hein, pas une idée en passant qu’on note sur un « brouillon ») seulement lorsqu’il sait qu’il va être publié !
Il faudra encore oser dire que la lettre 131, une lettre de 41 pages et de 10 000 mots, rien moins qu’une lettre d’embauche puisqu’adressée à Milton Waldman de la maison d’édition Collins à sa propre demande, est « évasive et floue ». C’est certainement pour cela, pour sa légèreté et son côté incomplet, voire bancal, que Waldlman en a fait faire une copie dactylographiée…
Mais tiens tiens, c’est bizarre, c’est dans la lettre baclée n°131 justement qu’il est fait mention des Hobbits en tant que « branche de la race spécifiquement humaine »… :
« The Hobbits are, of course, really meant to be a branch of the specifically human race (not Elves or Dwarves) » (L131, 1951)
« my 'hobbits' were in any case of wholly dissimilar sort, a diminutive branch of the human race. » (L319, 1971)
Première remarque : ces deux affirmations, séparées de 20 ans, entre la rédaction du SdA et la fin de sa vie, montre que Tolkien n’a jamais remis en cause la nature humaine des Hobbits.
Mais il y a plus : jamais le terme de « branche » ne sous-entend chez Tolkien un éloignement des espèces au sens d’un une séparation génétique irréversible. Bien plutôt, il faut simplement le comprendre comme « groupe » d’une population de « frères » (kindred).
Ainsi, les Noldor sont une « branche » des Elfes :
« The particular branch of the High-Elves concerned, the Noldor or Loremasters, were always on the side of 'science and technology', as we should call it » (L153, 1954)
Et surtout (tadam !), les Númenóréens, mais aussi les Rohirrim sont une « branche de l’Humanité », celle qui a combattu contre Morgoth :
« The Númenóreans (and others of that branch of Humanity, that fought against Morgoth, even if they elected to remain in Middle-earth and did not go to Númenor: such as the Rohirrim) » (L153, Sept. 1954)
Ainsi on est « humain », en Faërie, lorsqu’on combat Morgoth. Ou Sauron. Rien d’autre…
Le mois suivant, Tolkien compare les Númenóréens de la Terre-du-milieu aux Juifs :
« The Númenóreans thus began a great new good, and as monotheists; but like the Jews (only more so) with only one physical centre of 'worship' » (L156, 4 nov. 1954)
Il s’agit bien d’une comparaison, et non d’une allégorie; or, sur le même mode, Tolkien associe les Hobbits avec les Pygmées de la forêt africaine:
« The Hobbits are no more an 'allegory' than are (say) the pygmies of the African forest. » (L181, 1956)
Si deux branches de l’humanité en Arda (les Númenóréens et les Hobbits) sont comparées à deux peuples d’hommes (les Juifs et les Pygmées), comment refuser de voir en ces branches autres choses que des « hommes » ?
Serions-nous plus éclairés que les Elfes ? Or les Premiers Nés qui ont été les éducateurs de Ceux qui Suivent ont été les enseignants des Hommes et des Hobbits :
« But the Hobbits may have learned it direct from the Elves, the teachers of Men in their youth. » SdA [6]{17}
Tout en reconnaissant la singularité des Hobbits, Tolkien les place dans la liste (« les Hobbits, les Rohirrim, les Hommes de Dale ou du Gondor ») des « hommes qui ont été » dans la « période historique imaginaire de la Terre-du-milieu » :
« but I have not made any of the peoples on the 'right' side, Hobbits, Rohirrim, Men of Dale or of Gondor, any better than men have been or are, or can be. Mine is not an 'imaginary' world, but an imaginary historical moment on 'Middle-earth' – which is our habitation. » (L183, 1956)
Et l’amour de Gandalf pour les « êtres humains » est un amour qui ne fait pas de distinction entre les Hommes et les Hobbits :
« Gandalf whose function is especially to watch human affairs (Men and Hobbits) goes on through all the tales. » (note qui suit la fameuse note sur la « branche » (L131, 1951)
« But G. is not, of course, a human being (Man or Hobbit). » (L156, 1954)
Et à nouveau 20 ans plus tard (qui osera dire que Tolkien était hésitant sur le sujet ? ! !), alors que Burchfield, professeur de l’université d’Oxford, demandait à Tolkien son avis pour une notice consacrée au terme hobbit pour l’Oxford English Dictionary, Tolkien propose la définition suivante (là encore, bien entendu, le professeur, en grand dilettante, s’est contenté de renvoyer une bafouille pour rire, vous pensez bien qu’il s’en fichait de l’Oxford machin-truc !) :
« In the meanwhile I submit for your consideration the following definition : One of an imaginary people, a small variety of the human race, that gave themselves this name (meaning 'hole-dweller') but were called by others halflings, since they were half the height of normal Men. » (L316, 1970)
Ainsi, les Semi-Hommes (en 1970 comme en 1951) sont « une petite variété de la race humaine ». Avec le terme « variété » on retrouve l’idée de « groupe/peuple » que Tolkien utilisait avec le mot « branche ». Mais plus encore, cette « variété de la race humaine » n’est « variété » que par sa « petite » taille. Les Hobbits sont des êtres de petite taille par rapport aux « Hommes normaux ».
Non par rapport aux « Hommes » mais par rapport aux « Hommes normaux », à ceux qui entrent dans la norme.
Comment ne pas mieux dire que les Hobbits sont des « Hommes » tout comme les… Hommes de taille commune en Terre-du-milieu ?
Certes, les Hobbits sont un « accident de l’histoire », mais c’est le lot de « tous les peuples et de leurs situations », et cela ne permet à personne de leur renier leur nature d’Hommes :
« But hobbits are not a Utopian vision, or recommended as an ideal in their own or any age. They, as all peoples and their situations, are an historical accident – as the Elves point out to Frodo – and an impermanent one in the long view. » (L154, 1954)
Aussi, l’effacement progressif des Hobbits de la scène humaine n’est en rien comparable à l’effacement des Elfes puisque ce dernier, au contraire du premier, est programmé « depuis l’origine » :
« The entering into Men of the Elven-strain is indeed represented as part of a Divine Plan for the ennoblement of the Human Race, from the beginning destined to replace the Elves. » (L153, 1954)
L’ennoblissement de la « Race Humaine » passe non seulement par les liens amoureux entre les Eruhíni mais aussi par l’amitié entre les Elfes et les Hommes.
Or, Comment ne pas remarquer qu’Aragorn et Frodo sont tous les deux « bénis » par Arwen (chacun reçoit d’elle un pendentif) tout en étant les seuls à être appelés « Ami des Elfes » (Aragorn par Legolas, Frodo par Gildor et Baie d’Or), tels les Hommes « puissants Amis des Elfes des temps anciens » (Elendil, Hador, Húrin, Túrin) ?
La « Race Humaine », c’est-à-dire ce qui fait que les Hommes sont des Hommes, est donc ennoblie dans ses deux « branches », celle des « Hommes » et celle des « Hobbits ».
Mais nous n’en sommes pas encore là à la fin du Troisième Âge. Et Dieu étant maître des temps et des circonstances, la Providence se manifeste dans la faiblesse même de l’homme (Pas le temps pour les références mais tout le SdA repose là-dessus !) pour sauver la Terre-du-milieu grâce aux… Hobbits. Et comble du comble !, de ce peuple « accidentel », Gandalf va encourager « l’anormalité » dans la personne de Bilbo (puis de Frodo) :
« Hobbits were a breed of which the chief physical mark was their stature; and the chief characteristic of their temper was the almost total eradication of any dormant 'spark', only about one per mil had any trace of it. Bilbo was specially selected by the authority and insight of Gandalf as abnormal: he had a good share of hobbit virtues: shrewd sense, generosity, patience and fortitude, and also a strong 'spark' yet unkindled. » (L281, 1965)
Cette « anormalité » (en Arda marrie) est spirituelle, non génétique.
Et si d’aventure, on se posait la question de savoir si Homme et Hobbit pouvaient engendrer une progéniture, non seulement il est intellectuellement intenable de juger sur l’absence de preuves directes mais les preuves indirecte penchent pour une réponse affirmative et non l’inverse.
En effet, je ne vois pas comment on pourrait affirmer le contraire lorsque Tolkien reconnaît à la fois (et sans cesse) que :
(1) « The Hobbits are (…) of course (…) a branch of the specifically human race (not Elves or Dwarves) » (L131, 1951) // (L319, 1971)
(2) « Elves and Men are evidently in biological terms one race, or they could not breed and produce fertile offspring » (L153, 1954)
(3) « It is plain indeed that in spite of later estrangement Hobbits are relatives of ours: far nearer to us than Elves, or even than Dwarves. » SdA [2]{12}
Maintenant, il est néanmoins bon de laisser le professeur s’exprimer quant à l’utilité de se poser la question d’une copulation possiblement fertile entre « Men » et « Halflings » en rappelant la manière dont il jugeait une approche qui voulait calquer les résultats scientifiques du Monde Primaire en Arda :
« I suppose that actually the chief difficulties I have involved myself in are scientific and biological (…) Elves and Men are evidently in biological terms one race, or they could not breed and produce fertile offspring – even as a rare event (…) But since some have held that the rate of longevity is a biological characteristic, within limits of variation, you could not have Elves in a sense 'immortal' – not eternal, but not dying by 'old age' — and Men mortal, more or less as they now seem to be in the Primary World – and yet sufficiently akin. I might answer that this 'biology' is only a theory, that modern 'gerontology', or whatever they call it, finds 'ageing' rather more mysterious, and less clearly inevitable in bodies of human structure. BUT I SHOULD ACTUALLY ANSWER: I DO NOT CARE. This is a biological dictum in my imaginary world. It is only (as yet) an incompletely imagined world, a rudimentary 'secondary'; but if it pleased the Creator to give it (in a corrected form) Reality on any plane, then you would just have to enter it and begin studying its different biology, THAT IS ALL. » (L153, 1954)
Au final, sans revenir sur les autres références liant les Elfes aux Hommes (mais aussi aux Nains en tant que les Nains sont mortels), il me semble possible de distinguer trois catégories pour les êtres doués de parole en Terre-du-milieu :
- ceux qui participent à l'Humanité,
- ceux qui participent de l'Humain,
- ceux qui participent de l'Homme.
Trois catégories en forme de poupées russes :
- L’Humanité = « les êtres doués de parole » = Les « Immortels » (Elfes) et les « Mortels » (Hommes, Hobbits et Nains)
- L'Humain = « les Eruhíni » = Les « Premier Nés » (Elfes) et « Ceux qui Suivent » (Hommes et Hobbits)
- L'Homme = « la race humaine », « les êtres humains » = les « Hommes normaux » et les « Semi-Hommes » = les Hommes et les Hobbits
[espacement]S.
Qui doit s'acheter de nouvelles lames dès demain

