Isengar Wrote:Grmbl ! Comment ai-je pu omettre de citer la lettre 319... :o)
[small]Hihi...Oui, la 319 ET AUSSI (et SURTOUT) la 316 !! ;-))[/small]
Poursuivons la démonstration en demeurant dans une optique interne et en revant au Seigneur des Anneaux, l'oeuvre La plus "verouillée"(sic/sick) et le livre le plus "sûr" (re-sic/sick) de JRR Tolkien.
Considérons la mort du Seigneur des Nazgul.
On le sait, une prophétie annonçait qu'il ne pourrait pas mourir de la main d'un « homme vivant » (« m’empêcher, moi ? Pauvre fou. Aucun homme vivant ne le peut ! » SdA, V.6).
Or, de quelle main meurt-il?
De celle d'un Elfe? de celle d'un Nain ? de celle de Gandalf ou d'un autre Maia ?
Gandalf lui même refuse le combat face à Roi-Sorcier habité par l'esprit de Sauron (véritable possession maléfique) : personne ne peut lui faire face.
Et voilà le seigneur des Nazgul qui tombe sous le coup d'Eowyn aidée par Merry.
Comment comprendre cela, en dehors du jeu de mot de la prophétie (Eowyn n'est pas un homme, ha ! ha ! c’était donc ça !…) ?
Pour ce faire, il faut garder à l'esprit que :
(1) le Capitaine du « Désespoir », le « Capitaine Noir », le « Noir cavalier » est un homme
(2) la femme « belle mais terrible (fair but terrible) » qui le tue est « sans espoir (having no hope) », « si désespérée (so desperate) »
(3) le Hobbit qui l'aide est Merry (= Joie), « le cœur rempli de pitié (Pity filled his heart) » et du « courage de sa race, lentement ranimé » qui « s’enflamme soudain » (« suddenly the slow-kindled courage of his race awoke. »)
Pour comprendre la réunion ce ces trois personnes, il faut aller de la plus petite à la plus grande (avant de se rendre compte que les mots mal compris sont trompeurs)
(3) Il n’y a pas besoin d’un anneau ni d’être Maia comme Gandalf pour manifester de « la pitié pour le faible » et pour trouver « la force de faire le bien »… ( « Yet the way of the Ring to my heart is by pity, pity for weakness and the desire of strenght to do good. » SdA, I.2 [60]{78}
Il n’y a pas besoin d’un anneau ni d’être une Elfe comme Galadriel pour imposer, « belle et terrible » son « désespoir » et détrôner le « Noir Seigneur »… (« (…) give me the Ring (…) In place of the Dark Lord you will set up a Queen. And I shall not be dark, but beautiful and terrible (…). All shall love me and despair! » SdA, II.7)
(1) Aucun anneau de puissance ne peut aider quiconque à tenir face au mal sans se faire engloutir à son tour par le mal, « emporté vers les maisons de lamentation, au-delà de toutes ténèbres ». Aucune puissance tout court, masculine ou féminine, surtout par celle d’un(e) Maia ou celle d’un(e) Elfe.
Quelle solution alors pour faire face à l’Homme dans toute sa volonté de puissance ?
Juste être Homme, un Homme véritable, dans tout ce qui fait de lui un Homme, à commencer par sa faiblesse assumée (son manque naturel de puissance), mais aussi avec le pouvoir de la réflexion et du choix face au mal (the slow-kindled…), le choix du courage et de la pitié. Voilà le seul pouvoir qui rend l’Homme capable d’affronter le Mal, lequel Mal est tout-puissant sinon pour transformer l’Homme en véritable fantôme (Dwimmerlaik).
L’affrontement entre le « Seigneur des charognes » et Éowyn et Merry aux Champs du Pelennor, c’est bien l’Homme (avide d’une illusoire puissance mais réellement) vidé de sa nature d’Homme qui la redécouvre pour sa propre perte en ce qu’il méprise le plus souvent : une Femme et un Enfant (Semi-Homme, cf. citation finale).
Il est impossible, narrativement et théologiquement parlant, que les acteurs de cet affrontement ne soient pas des hommes. Car le combat se déroule sur le plan de ce qu’est un Homme.
Ce n’est pas pour rien que la prophétie est là ! Ni pour rien qu’elle est mentionnée à trois reprises dans le SdA !
Son véritable rôle est de poser la double question : qu’est-ce qu’un « homme vivant » et qu’est-ce qu’un « homme vivant » ?
Et si Tolkien évoque la « race » de Merry (dans ce texte où tout est travaillé et pesé …et non pas « vérouillé », ne permettant aucune liberté au lecteur !) lorsque Merry manifeste le « courage de sa race » qui s’était « lentement allumé », c’est encore de la race humaine, de l’Homme, dont il s’agit.
En effet, ce courage qui était encore dormant n’est rien d’autre que la « forte “étincelle” encore éteinte » (« strong 'spark' yet unkindled », L281, 1965) qui fait de Merry un Hobbit « anormal », tout comme Bilbo et Frodo…
Or, nous avons vu que cette « anormalité » est ce qui fait que les Hobbits (comme des Hommes de la Terre-du-milieu) de véritables Hommes.
Cette étincelle enfouie profondément dans le cœur de l’homme, Gandalf avait pour rôle de la rallumer dans le cœur des Hommes du Gondor en temps de guerre :
« He alone is left to forbid the entrance of the Lord of Nazgûl to Minas Tirith, when the City has been overthrown and its Gates destroyed — and yet so powerful is the whole train of human resistance, that he himself has kindled and organized, that in fact no battle between the two occurs: it passes to other mortal hands. » (L156, 1954)
comme dans le cœur des Hobbits de la Comté en temps de paix :
« Gandalf, bearer of the Ring of Fire, the Kindler: the most childlike aspect shown to the Hobbits being fireworks. » (L301, 1968)
Cette étincelle, c’est l’étincelle de « la résistance humaine » (courage dans la souffrance) et de la capacité d’émerveillement de l’Homme qui garde l’esprit d’enfance (joie [=Merry…] dans la paix).

