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Apparition des Hobbits...
tiful » ?
Et les lettres d’un obscur philologue et scribouillard, c’est aussi léger que des textos, c’est ça ?

Je ne ferais offense à personne en soulignant combien Tolkien a œuvré plus patiemment sur le SDA que sur les Letters (et le SDA n’est pas nue œuvre rigoureusement solitaire, ne l’oubliez pas, même s’il n’y a qu’un seul auteur). Serais-je le seul à avoir lu les CLI ? N’y voit-on pas combien Tolkien pose de postulats, revient en arrière pour se reprendre… Serais-je le seul à avoir un esprit assez décloisonné pour, simplement en lisant le Forum et uniquement sur le sujet des Orques et de leur nature, sujet pourtant pas si ancien que cela, voir que Tolkien avait (horreur, malheur !) la capacité de revenir en arrière et de remettre son ouvrage sur l’établi pour le rendre meilleur ?

Jusqu’à preuve du contraire, Tolkien n’est ni Pétrarque ou Paul de Tarse, ni Paul Eluard ou Appolinaire, ni Abélard et Héloïse ni Madame de Sévigné ni Françoise de Graffigny ni Diderot ou Voltaire, ni Montesquieu ou Jean-Jacques Rousseau, ni même St Paul, ni Claude Crébillon, ni De Laclos ou Dorat ni Goethe ni Rainer Maria Rilke ni Samuel Richardson (a titre d’information, la liste n’est pas exhaustive.

Pour revenir à Tolkien, lorsqu’il garde une lettre d’une quinzaine de pages sans l’envoyer, c’est parce qu’il a « changé d’avis » en court de route, et certainement pas parce « qu’il lui semblait qu’il se prenait trop au sérieux » (L153, p. 196)…Impossible de se prendre au sérieux et de réfléchir à ce qu’on écrit dans une lettre ! Tout le monde sait très bien qu’un écrivain n’écrit le fond de sa pensée (le fond définitif hein, pas une idée en passant qu’on note sur un « brouillon ») seulement lorsqu’il sait qu’il va être publié !

Je te renvois pour l’instant aux CLI aux multiples versions.

Il faudra encore oser dire que la lettre 131, une lettre de 41 pages et de 10 000 mots, rien moins qu’une lettre d’embauche puisqu’adressée à Milton Waldman de la maison d’édition Collins à sa propre demande, est « évasive et floue ». C’est certainement pour cela, pour sa légèreté et son côté incomplet, voire bancal, que Waldlman en a fait faire une copie dactilographiée…

Ce que Waldlman fait regarde Waldlman. Tolkien n’est, après tout, pas le seul auteur à succès dont les gens conservent les correspondances écrites. Quant à l’abondance et la faconde de Tolkien sur le papier, je te propose de relire les œuvres dont tu fais mention un peu plus tôt. Tu verras qu’à l’heure actuelle les lettres sont fort courtes comparées à celles faites par des amoureux de l’écriture aux périodes où le téléphone ou internet n’était pas nécessairement le media préféré de ceux qui affectionnaient tant la prose at abhorraient l’industrie.

« The Hobbits are, of course, really meant to be a branch of the specifically human race (not Elves or Dwarves) »
(L131, 1951)

Celle, là, si je ne l’ai pas vu cent fois !!! ;) Neanderthal est aussi une branche humaine. Il faut voir combien Tolkien s’est échiné sur le sort des Orques et des Nains pour comprendre que le destin de ses inventions dans l’au-delà lui importait (question de cohérence, ce qui contredit d’ailleurs certains qui venaient me contredire sur le désir de cohésion de Tolkien vis-à-vis de son œuvre).
« my 'hobbits' were in any case of wholly dissimilar sort, a diminutive branch of the human race. »
(L319, 1971)
Si Tolkien avait fait des Neanderthaliens (en aurait-il fait avec les Woses ?), il est fort probable qu’eux aussi aient le même destin que les Hommes stricto sensus. Pour l’instant, peut-être n’ai-je pas été clair là-dessus, je conçois les choses comme étant ainsi : le sort des Hobbits et le sort des Hommes est confondu à la fin des temps.

Première remarque : ces deux affirmations, séparées de 20 ans, entre la rédaction du SdA et la fin de sa vie, montre que Tolkien n’a jamais remis en cause la nature humaine des Hobbits.

Il y a derrière la mention d’un Tolkien ne changeant pas d’avis et la dénégation de ce qui est pourtant écrit noir sur blanc dans les CLI un côté qui me laisse sceptique et un goût amer dans la bouche, comme si l’infaillibilité de Tolkien était un dogme…

Tu as lu le SDA ? C’est pourtant pas bien loin du début (deuxième page du préambule, page 10 dans ma version) : « Les Hobbits sont un peuple effacé mais très ancien…Ils ont toujours l’art de disparaître […] au point qu’aux Hommes il pourrait paraître magique. »
Donc les Hobbits sont des proches parents des Hommes mais assez distants pour que Tolkien parle des deux peuplements de façon distincte.
Et quid de leur proximité à la Nature répétée dans les Letters ? Deux lignes plus bas (dans la phrase suivante, bigre, toujours en seconde page !!!) « leur caractère insaisissable est du uniquement à une habileté professionnelle que l’hérédité et la pratique , ainsi qu’une amitié intime avec la terre, ont rendue inimitable pour les races plus grandes et plus lourdes. »
A croire que M. Tolkien quant il faisait des phrases longue à cette chère Mme Waldlman prenait le temps d’être long parce qu’elle semblait ne pas alors avoir la connaissance encyclopédique de Tolkien de certains d’entre nous. Bref, la Letters tant répétée semble bien être juste un bis repetita pour mal-lisant !
Je garde au chaud la mention de l’hérédité différentielle…

Quant à la nature même des Hobbits et leur lien avec les Humains ? Eh bien, page 11 (donc troisième page du SDA), Tolkien écrit « Il est clair qu’en dépit d’un éloignement ultérieur les Hobbits nous sont apparentés […] mais il est impossible de découvrir aujourd’hui leur relation exacte. L’origine des Hobbits remonte très loin dans les temps anciens maintenant perdus et oubliés. […] Et le monde était après tout rempli d’innombrables créatures étranges, ce eptit peuple semblait sans importance ».
Je n’ai qu’à assaisonner de l’hérédité susmentionnée pour aboutir à une démonstration claire : Les Hobbits sont apparentés aux Humains mais en sont distincts. Si nous reprenons des termes actuels, les Hommes sont nous (bêtement) tandis que les Hobbits sont des proches cousins dans la lignée de l’Homme. Vous allez dire que j’insiste mais, à mon avis, Tolkien (sans employer des termes aussi triviaux) les auraient mis dans la catégorie des Homo Sapiens quelque chose s’il avait eu à ses côtés une personne un tant soit peu versée dans la taxonomie (science très bien établie même aux âges que vous subodorez si anciens où Tolkien foulait le sol du Monde alors que, somme toute, il fut contemporain de nous ou de nos parents, tout de même !). A défaut, il nous livre une description qui « colle » parfaitement.

Mais il y a plus : jamais le terme de « branche » ne sous-entend chez Tolkien un éloignement des espèces au sens d’un une séparation génétique irréversible. Bien plutôt, il faut simplement le comprendre comme « groupe » d’une population de « frères » (kindred).
Ainsi, les Noldor sont une « branche » des Elfes :

« The particular branch of the High-Elves concerned, the Noldor or Loremasters, were always on the side of 'science and technology', as we should call it »
(L153, 1954)

Et surtout (tadam !), les Númenóréens, mais aussi les Rohirrim sont une « branche de l’Humanité », celle qui a combattu contre Morgoth :
« The Númenóreans (and others of that branch of Humanity, that fought against Morgoth, even if they elected to remain in Middle-earth and did not go to Númenor: such as the Rohirrim) »
(L153, Sept. 1954)

Mon analyse, c’est que pour Tolkien, “branche” est employé comme « division », sans précision quant à la profondeur de la césure. Mettre sur le même pied la division entre des Rohirrims, décrits dans le SDA comme étant des Hommes du Crépuscule, montre bien que le terme « branche » est employé de façon générique !

Ainsi on est « humain », en Faërie, lorsqu’on combattre Morgoth. Ou Sauron. Rien d’autre…

Ah… Et les « Humains » au service de Morgoth (ou de Sauron, ou de Saroumane), c’est quoi ? Des fûts de bière ?

Le mois suivant, Tolkien compare les Númenóréens de la Terre-du-milieu aux Juifs :
« The Númenóreans thus began a great new good, and as monotheists; but like the Jews (only more so) with only one physical centre of 'worship' »
(L156, 4 nov. 1954)

Euh, oui, c’est bien. Un peu hors-sujet mais bon… Même franchement. J’ignorais ce passage donc je t’en remercie. On revient au sujet initial ?

Il s’agit bien d’une comparaison, et non d’une allégorie; or, sur le même mode, Tolkien associe les Hobbits avec les Pygmées de la forêt africaine:
« The Hobbits are no more an 'allegory' than are (say) the pygmies of the African forest. »
(L181, 1956)

En français dans le texte (tant qu’à faire) : Les Hobbits ne sont pas plus une allégorie que les Pygmées de la forêt africaine
Eh bien voilà un argument en béton ! Je le comprends comme chacun d’entre nous. J’aimerai connaître le reste du texte pour connaître le contexte mais, dans ce cas, Tolkien se contredit. Je ne souhaite pas avoir comme réponse « c’est bien facile » mais un simple « en effet ». Nous avons tous lu les CLI, nous avons tous lu combien il pouvait se triturer la cervelle

Si deux branches de l’humanité en Arda (les Númenóréens et les Hobbits) sont comparées à deux peuples d’hommes (les Juifs et les Pygmées), comment refuser de voir en ces branches autres choses que des « hommes » ?

Pour les Numenoreens, ils n’ont pas grand’chose à faire là. Le texte que tu cites ne dit rien sur eux sinon sur leurs cultes. Quant à ce qu’ils sont, avec Lambertine par exemple nous en avons disserté et, puisqu’ils peuvent clairement se mélanger aux autres Hommes, ce sont des Hommes comme les autres et sans contradiction possible.

Serions-nous plus éclairés que les Elfes ? Or les Premiers Nés qui ont été les éducateurs de Ceux qui Suivent ont été les enseignants des Hommes et des Hobbits :
« But the Hobbits may have learned it direct from the Elves, the teachers of Men in their youth. »
SdA [6]{17}

Là encore, le hors-sujet guette. En effet, que dit Tolkien ? Que les Hobbits doivent leur culture aux Hommes de l’Ouest (page 14 de mon édition, 6ème page). Mais il n’est pas question de culture, juste de nature…

Tout en reconnaissant la singularité des Hobbits, Tolkien les place dans la liste (« les Hobbits, les Rohirrim, les Hommes de Dale ou du Gondor ») des « hommes qui ont été » dans la « période historique imaginaire de la Terre-du-milieu » :
« but I have not made any of the peoples on the 'right' side, Hobbits, Rohirrim, Men of Dale or of Gondor, any better than men have been or are, or can be. Mine is not an 'imaginary' world, but an imaginary historical moment on 'Middle-earth' – which is our habitation. »
(L183, 1956)

« Or can be ». Merci Tolkien. Tous les autres hommes sont des hommes de façon évidente, « can be » s’applique donc aux Hobbits.

Et l’amour de Gandalf pour les « êtres humains » est un amour qui ne fait pas de distinction entre les Hommes et les Hobbits :
« Gandalf whose function is especially to watch human affairs (Men and Hobbits) goes on through all the tales. » (note qui suit la fameuse note sur la « branche »
(L131, 1951)
« But G. is not, of course, a human being (Man or Hobbit). »
(L156, 1954)
Je crois avoir exposé que, dans la vaste famille (genre) des Humains, il y a une distinction, à mes yeux de biologiste, entre une espèce Hobbite et une espèce humaine stricto sensus. A l’instar des Néanderthaliens.

Et à nouveau 20 ans plus tard (qui osera dire que Tolkien était hésitant sur le sujet ? ! !), alors que Burchfield, professeur de l’université d’Oxford, demandait à Tolkien son avis pour une notice consacrée au terme hobbit pour l’Oxford English Dictionary, Tolkien propose la définition suivante (là encore, bien entendu, le professeur, en grand dilettante, s’est contenté de renvoyer une bafouille pour rire, vous pensez bien qu’il s’en fichait de l’Oxford machin-truc !) :
« In the meanwhile I submit for your consideration the following definition:
One of an imaginary people, a small variety of the human race, that gave themselves this name (meaning 'hole-dweller') but were called by others halflings, since they were half the height of normal Men. »
(L316, 1970)

Vous ne pouvez prêter à Tolkien des connaissances en taxonomie lorsque cela vous arrange et les ôter lorsque cela vous déplait. Si nous nous basons sur sa description, et non sur ses mots qui avantages tantôt un avis tantôt l’autre, nous devons nous appuyer sur les faits. Les faits plaident pour des Hobbits distincts des Hommes depuis que l’hérédité les a divisés. Assez pour qu’ils ne soient plus mélangeables et trop pour qu’ils soient de genres différents.

« But hobbits are not a Utopian vision, or recommended as an ideal in their own or any age. They, as all peoples and their situations, are an historical accident – as the Elves point out to Frodo – and an impermanent one in the long view. »
(L154, 1954)

H-S…

Aussi, l’effacement progressif des Hobbits de la scène humaine n’est en rien comparable à l’effacement des Elfes puisque ce dernier, au contraire du premier, est programmé « depuis l’origine » :
« The entering into Men of the Elven-strain is indeed represented as part of a Divine Plan for the ennoblement of the Human Race, from the beginning destined to replace the Elves. »
(L153, 1954)

Ce qui revient à les stigmatiser comme une espèce à part, puisque les Hommes, eux, ne s’éteignent pas alors qu’ils sont voisins de paliers (Bree…) et que les Hobbits suivent un effacement biologique en relation avec leur impossibilité de se mêler avec les Hommes « normaux » !

L’ennoblissement de la « Race Humaine » passe non seulement par les liens amoureux entre les Eruhíni mais aussi par l’amitié entre les Elfes et les Hommes.
Or, Comment ne pas remarquer qu’Aragorn et Frodo sont tous les deux « bénis » par Arwen (chacun reçoit d’elle un pendentif) tout en étant les seuls à être appelés « Ami des Elfes » (Aragorn par Legolas, Frodo par Gildor et Baie d’Or), tels les Hommes « puissants Amis des Elfes des temps anciens » (Elendil, Hador, Húrin, Túrin) ?

Si Aragorn et Frodon avaient reçu des cadeaux réservés aux Elfes, cela aurait fait d’eux des Elfes ? Gimli est devenu un Elfe lorsqu’il a reçu un cheveu de Galadriel ? Frodon un Nain en recevant la cotte de mailles en mithrill ?
Mais nous n’en sommes pas encore là à la fin du Troisième Âge. Et Dieu étant maître des temps et des circonstances, la Providence se manifeste dans la faiblesse même de l’homme (Pas le temps pour les références mais tout le SdA repose là-dessus !) pour sauver la Terre-du-milieu grâce aux… Hobbits. Et comble du comble !, de ce peuple « accidentel », Gandalf va encourager « l’anormalité » dans la personne de Bilbo (puis de Frodo) :
« Hobbits were a breed of which the chief physical mark was their stature; and the chief characteristic of their temper was the almost total eradication of any dormant 'spark', only about one per mil had any trace of it. Bilbo was specially selected by the authority and insight of Gandalf as abnormal: he had a good share of hobbit virtues: shrewd sense, generosity, patience and fortitude, and also a strong 'spark' yet unkindled. »
(L281, 1965)

Cette « anormalité » (en Arda marrie) est spirituelle, non génétique.

On peut être anormal tout en étant d’un peuple, voyons… Gollu mest bien un Hobbit anormal !

Et si d’aventure, on se posait la question de savoir si Homme et Hobbit pouvaient engendrer une progéniture, non seulement il est intellectuellement intenable de juger sur l’absence de preuves directes

Euh… Si, ça se fait. Notamment pour les Neanderthaliens. Si tu veux de la doc…

mais les preuves indirecte penchent pour une réponse affirmative et non l’inverse.
En effet, je ne vois pas comment on pourrait affirmer le contraire lorsque Tolkien reconnaît à la fois (et sans cesse) que :

(1) « The Hobbits are (…) of course (…) a branch of the specifically human race (not Elves or Dwarves) »
(L131, 1951) // (L319, 1971)

Là on se répète…
(2) « Elves and Men are evidently in biological terms one race, or they could not breed and produce fertile offspring »
(L153, 1954)
Eh bien nous tombons sur ce que je dis : Un Tolkien qui se contredit, maîtrisant mal certains concepts. S’ils sont de la même race, alors leur fruit est fertile. Et là, il dit le contraire. Donc les Hommes et les Hobbits sont deux branches distinctes d’un même genre, donc deux espèces à part.

Maintenant, il est néanmoins bon de laisser le professeur s’exprimer quant à l’utilité de se poser la question d’une copulation possiblement fertile entre « Men » et « Halflings » en rappelant la manière dont il jugeait une approche qui voulait calquer les résultats scientifiques du Monde Primaire en Arda :

« I suppose that actually the chief difficulties I have involved myself in are scientific and biological (…) Elves and Men are evidently in biological terms one race, or they could not breed and produce fertile offspring – even as a rare event (…) But since some have held that the rate of longevity is a biological characteristic, within limits of variation, you could not have Elves in a sense 'immortal' – not eternal, but not dying by 'old age' — and Men mortal, more or less as they now seem to be in the Primary World – and yet sufficiently akin. I might answer that this 'biology' is only a theory, that modern 'gerontology', or whatever they call it, finds 'ageing' rather more mysterious, and less clearly inevitable in bodies of human structure. BUT I SHOULD ACTUALLY ANSWER: I DO NOT CARE. This is a biological dictum in my imaginary world. It is only (as yet) an incompletely imagined world, a rudimentary 'secondary'; but if it pleased the Creator to give it (in a corrected form) Reality on any plane, then you would just have to enter it and begin studying its different biology, THAT IS ALL. » (L153, 1954)
Au final, sans revenir sur les autres références liant les Elfes aux Hommes (mais aussi aux Nains en tant que les Nains sont mortels), il me semble possible de distinguer trois catégories pour les êtres doués de parole en Terre-du-milieu :
(1) ceux qui participent à l'Humanité,
(2) ceux qui participent de l'Humain
(3)ceux qui participent de l'Homme.
Trois catégories en forme de poupées russes :
(1) L’Humanité = « les êtres doués de parole » = Les « Immortels » (Elfes) et les « Mortels » (Hommes, Hobbits et Nains)
(2) L'Humain = « les Eruhíni » = Les « Premier Nés » (Elfes) et « Ceux qui Suivent » (Hommes et Hobbits)
(3) L'Hommes = « la race humaine », « les êtres humains » = les « Hommes normaux » et les « Semi-Hommes » = les Hommes et les Hobbits
Ce texte est riche (tout de même !) et j’ai eu plaisir à répondre à des arguments pareils. C’est en effet plus riche que la guerre de tranchées à laquelle nous nous livrons ici depuis quelques jours.
Maintenant, tu tires des conclusions hâtives dans ton (1), (2) et (3) puisque le texte ne dit pas ces distinctions, ni de façon explicite ni de façon implicite…

....
(...) Frodon jeta un regard circulaire sur tous les visages ; mais ils n'étaient pas tournés vers lui (...) Une grande peur l'envahit, comme dans l'attente d'une condamnation qu'il avait depuis longtemps prévu et dont il espérait vraiment qu'après tout elle ne serait jamais prononcée (...) Enfin, par un grand effort, il parla, étonné d'entendre ses propres mots, comme si quelque autre volonté se servît de sa petite voix.
- J'emporterai l'Anneau, dit-il, encore que je ne connaisse pas le moyen (...)
- Si je comprends bien tout ce que j'ai entendu, dit [Elrond], je pense que cette tâche vous est dévolue, Frodon ; et que si vous n'en trouvez pas le moyen, personne ne le trouvera. C'est maintenant l'heure de la Comté, où ils vont se lever de leurs champs paisibles pour ébranler les tours et les conseils des Grands. Qui donc parmi tous les sages eût pu le prévoir ? (... ) Mais c'est un lourd fardeau (...) Mais si vous l'assumez librement, je dirai que votre choix est bon ; et dussent tous les puissants amis des Elfes de jadis, Hador et Hurin, et Turin et Beren lui-même être assemblés, votre place devrait être parmi eux.
-Mais vous n'allez pas l'envoyer tout seul, maître s'écria Sam (...)
- Non, certes! dit Elrond, se tournant vers lui avec un sourire. Vous au moins l'accompagnerez (...)
Livre II, chap 2, Le conseil d'Elrond
Oui. Rien au niveau information entre race, genre, peuple, variété… Rien sinon le plaisir de lire Tolkien (c’est déjà ça !)
Plus tard dans la journée, les Hobbits tinrent une réunion privée dans la chambre de Bilbon. Merry et Pippin s'indignèrent en entendant que Sam s'était glissé dans le Conseil et qu'il avait été choisi comme compagnon de Frodon.
- C'est absolument injuste, dit Pippin. Au lieu de l'expulser et de le fourrer dans les chaînes, voilà qu'Elrond le récompense de son imprudence !(...)
Si tu dois partir [dit Merry], ce sera une punition pour n'importe lequel d'entre nous de rester derrière, fût-ce à Fondcombe (...) nous voulons continuer.
- Nous autres Hobbits [ajouta Pippin], nous devrions faire bloc, et c'est ce que nous ferons. Je partirai avec toi, à moins qu'on ne m'enchaîne (...)
- Enfin, en tout cas, dit Bilbon, aucune autre décision n'a été prise que le choix de ce pauvre Frodon et de Sam. J'ai craint tout du long qu'on aboutisse à cela (...)
Elrond appela les Hobbits autour de lui.
- (...) Si l'Anneau doit partir, ce doit être bientôt (...) Vous en tenez-vous toujours à votre parole, Frodon, selon laquelle vous serez le porteur de l'Anneau ?
- oui, dit Frodon. Je partirai avec Sam.
- (...) Je vous choisirai des compagnons pour aller avec vous aussi loin qu'ils le voudront bien ou que la chance le permettra (...) la Compagnie de l'Anneau sera de neuf; et les neuf Marcheurs (...) représenteront les autres gens libres du monde : elfes, nains et hommes. Legolas représentera les Elfes, et Gimli fils de Gloin les Nains (...) Pour les Hommes, vous aurez Aragorn, fils d'Arathorn (...)
- Boromir sera aussi de la compagnie [dit Aragorn] (...)
- Il en reste deux à trouver, dit Elrond. Je vais y réfléchir. Je pourrai en trouver dans ma maisonnée qu'il me semblera bon d'envoyer.
- Mais celà ne laissera pas de place pour nous! s'écria Pippin, consterné. Nous ne voulons pas être abandonnés là. Nous voulons aller avec Frodon (...)
- Il est vrai que si les Hobbits connaissaient le danger, ils n'oseraient pas partir. Mais ils souhaiteraient encore ou souhaiteraient l'oser, et ils auraient honte et seraient malheureux. Je crois, Elrond, qu'en cette affaire mieux vaudrait se fier à leur amitié qu'à ma grande sagesse [dit Gandalf, apportant à Pippin un secours inattendu](...)
- En tout cas [dit Elrond] j'estime que le plus jeune, Peregrin Touque, devrait rester. Mon coeur est contre son départ.
- Dans ce cas, maître Elrond, il faudra m'enfermer en prison ou me renvoyer chez moi lié dans un sac, dit Pippin. Car autrement, je suivrai la Compagnie.
- Qu'il en soit ainsi, alors. Vous irez, dit Elrond - et il soupira. A présent la question des neuf est réglée.
Livre II, chap 3, l'Anneau prend le chemin du sud.
Ce petit survol de deux chapitre réputés "sûrs" et "vérouillés" de notre roman favori montre trois choses :
la Compagnie de l'Anneau s'est constituée sur la base du volontariat des gens présent à Fondcombe en cette occasion. Personne n'a été désigné. Elrond n'a fait qu'organiser et ajouter une valeur symbolique à cette compagnie composée de représentants présents des peuples libres en tant que tels et non en tant que races. Ainsi les Hobbits ne retrouvent dans la Compagnie parce qu'ils le choisissent, par devoir (Frodon) ou par amitié (les trois autres). Et non en tant que soi-disant race distincte.
D'ailleurs (je me suis permis de le souligner) Elrond lui-même compte les Hobbits parmi les hommes ("Pour les Hommes, vous aurez Aragorn")
Non. Pour les Hommes, vous aurez Aragorn. Il ne dit pas « pour votre race ». Bien au contraire. Comme il ne compte pas Sam, Sam n’est pas un Homme. C’est un argument que tu emploies mal, à contresens.
Lire la compagnie de l'Anneau comme une réunion de races distinctes est dangereusement réducteur et faux, à mon avis. Le fond est infiniment plus complexe qu'un vulgaire scénario d'adaptation cinématographique.Et se servir de cette lecture superficielle pour démontrer que les Hobbits sont une race distincte de l'humanité est risible et bien triste à la fois.
Au moins, cela te fait rire, c’est déjà cela de gagné ! Quant à moi, je vois la réunion comme la réunion de gens de bonne volonté. Et quand il est question d’aller en Mordor, on envoie un Homme (Aragorn) alors que Frodon (en tant que porteur, disons qu’il est « oublié ») et Sam (là, il faut quand même beaucoup plus s’échiner pour l’oublier) sont du voyage.
Poursuivons la démonstration en demeurant dans une optique interne et en revant au Seigneur des Anneaux, l'oeuvre La plus "verouillée"(sic/sick) et le livre le plus "sûr" (re-sic/sick) de JRR Tolkien.
Suit la description des combats entre Merry, Eowyn et le Roi Sorcier
Il est impossible, narrativement et théologiquement parlant, que les acteurs de cet affrontement ne soient pas des hommes. Car le combat se déroule sur le plan de ce qu’est un Homme.
Cet avis t’appartient. On peut lire qu’Eowyn lutte contre ses démons, on peut tout aussi bien signaler que la lame qui fit le plus gros du boulot est très probablement la dague des Galgals. Or c’est Merry qui la manipulait. Ensuite, je rappelle la limite qu’il y a entre « genre » et « espèce ».

Ce n’est pas pour rien que la prophétie est là ! Ni pour rien qu’elle est mentionnée à trois reprises dans le SdA !
Pour moi, c’est plus pour une chute théatrale accompagnant le dévoilement d’Eowyn.

Son véritable rôle est de poser la double question : qu’est-ce qu’un « homme vivant » et qu’est-ce qu’un « homme vivant » ?
Et si Tolkien évoque la « race » de Merry (dans ce texte où tout est travaillé et pesé …et non pas « vérouillé », ne permettant aucune liberté au lecteur !) lorsque Merry manifeste le « courage de sa race » qui s’était « lentement allumé », c’est encore de la race humaine, de l’Homme, dont il s’agit.
Je te laisse la responsabilité de cette appréciation. Moi, je vois cela au contraire comme faisant écho à la description de Ganfalf et des Hobbits « mous comme du beurre ou plus durs qu’une vielle souche ».

En effet, ce courage qui était encore dormant n’est rien d’autre que la « forte “étincelle” encore éteinte » (« strong 'spark' yet unkindled », L281, 1965) qui fait de Merry un Hobbit « anormal », tout comme Bilbo et Frodo…
Euh… Tu as lu le nettoyage de la Comté ?

Or, nous avons vu que cette « anormalité » est ce qui fait que les Hobbits (comme des Hommes de la Terre-du-milieu) de véritables Hommes.
Cette étincelle enfouie profondément dans le cœur de l’homme, Gandalf avait pour rôle de la rallumer dans le cœur des Hommes du Gondor en temps de guerre
Où là… Le H-S guette !
« He alone is left to forbid the entrance of the Lord of Nazgûl to Minas Tirith, when the City has been overthrown and its Gates destroyed — and yet so powerful is the whole train of human resistance, that he himself has kindled and organized, that in fact no battle between the two occurs: it passes to other mortal hands. »
(L156, 1954)

comme dans le cœur des Hobbits de la Comté en temps de paix :
« Gandalf, bearer of the Ring of Fire, the Kindler: the most childlike aspect shown to the Hobbits being fireworks. »
(L301, 1968)

Bing ! Et voilà le Hors-sujet.

Cette étincelle, c’est l’étincelle de « la résistance humaine » (courage dans la souffrance) et de la capacité d’émerveillement de l’Homme qui garde l’esprit d’enfance (joie [=Merry…] dans la paix).

Non, cette étincelle c’est l’Anneau du Feu.

Je pars manger et je reviens exposer mes arguments !

Que vos barbes poussent toujours plus longues !

Thorïn II Ecu-de-Chêne, Roi Sous la Montagne

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