08-05-2005, 12:17
Juste une petite pierre à l’édifice...;-)
Dans son texte intitulé “Dwarves and Men”, Tolkien en vient à distinguer les Drúedain et les Hobbits. On a accès ici au texte que Christopher Tolkien avait résumé dans le chap. I de la IVème Partie des Contes et légendes inachevés (éd. compacte, p. 785).
[citation=Home XII, 310]Hobbits on the other hand were in nearly all respects normal Men, but of very short stature.[/citation]
Ils sont donc des Hommes normaux à presque tout égard. Ce « presque » est-il suffisant pour en faire une espèce distincte ? En tout cas, il ne s’agit pas simplement de dire qu’ils sont presque comme les Hommes. C’est par rapport aux hommes normaux qu’ils sont comparés. Dans cette perspective, les Drúedain sont des hommes moins « normaux » qu’eux.
Encore faut-il préciser cette notion de normalité. Elle est employée dans le Prologue du SdA, cette fois-ci à propos des trois branches des Hobbits : les Pieds velus (Harfoots) constituaient [emphase]« la variété la plus normale et la plus représentative des Hobbits, de beaucoup la plus nombreuse »[/emphase] (éd. du Centenaire, p. 13).
Dire que les Pieds velus forment la variété la plus normale des Hobbits n’exclut pas les Pâles ni les Forts de ce groupe. De même, les Hobbits ne sont pas exclus de l’humanité à cause de leur différence avec les Hommes normaux. La normalité consiste ici à posséder le moins de signes distinctifs possibles. Elle désigne ce qui est commun.
Le critère déterminant, c’est-à-dire qui distingue les Hobbits des Hommes normaux, est celui de la taille, ce qui se retrouve un peu plus loin :
[citation=Home XII, 311]With Men of normal stature they recognized their close kinship.[/citation]
Tolkien fait ensuite référence aux paroles de Faramir (SdA, IV, 5 ; éd. du Centenaire, p. 728) sur la classification gondorienne des Hommes en trois types [three kinds] :
- High Men (Númenóréens, à différents degrés)
- Middle Men
- Men of Darkness
Il en vient alors à souligner l’ambiguité du terme « Middle Men », qui désigne tantôt les hommes de taille moyenne — par contraste avec les Númenóréens —, tantôt ceux qui les ont rejoints pour lutter contre l’Ombre de Morgoth :
[citation=Home XII, 313-314]It was a mark of all kinds of Men who where descendants of those who had abjured the Shadow of Morgoth and his servants and wandered westward to escape it — and certainly included both the races of small stature, Drûgs and Hobbits.[/citation]
Cette inclusion était déjà présente plus haut dans ce texte, lorsque Tolkien abordait les relations entre les Nains et les Hommes :
[citation=Home XII, 302]and the Longbeards were very willing to use Men for their own purposes. Thus there grew up in those regions the economy, later characteristic of the dealings of Dwarves and Men (including Hobbits).[/citation]
Comme beaucoup, j’ai l’impression que Tolkien n’avait pas le projet de construire un concept univoque de race sur le plan biologique. Qu’il s’agisse de genre, d’espèce, d’ethnie, de lignée, de maison, il me semble qu’il porte avant tout un regard de philologue sur ces affaires de classification : il s’intéresse à l’histoire des langues, qui évoluent selon les groupes. D’ailleurs, sur ce point, on ne connaît pas de langue propre aux Hobbits : je n’en fais pas un argument, mais je me suis toujours demandé pourquoi il ne leur avait pas attribué une langue spécifique (les Woses ont la leur, notamment).
En revanche, à la façon d’Aristote, Tolkien prend soin d’établir une classification de nature (mais pas seulement biologique) fondée sur la cause finale : seront nommés Hommes ceux qui sont destinés à mourir et à sortir des Limites d’Arda. C’est davantage selon la fin (au sens du but, et pas simplement du terme de l'existence), et non selon l’évolution à partir des origines, qu’il s’agit de les classer. Les Hommes sont appelés à développer leur humanité, en réponse au Don d’Ilúvatar, contre l’Ombre de Morgoth.
On retrouve ainsi la distinction présentée par Sosryko, dans ses beaux messages du 16 avril [small][ici et là][/small] (dont il a le secret :-))
Sébastien
Dans son texte intitulé “Dwarves and Men”, Tolkien en vient à distinguer les Drúedain et les Hobbits. On a accès ici au texte que Christopher Tolkien avait résumé dans le chap. I de la IVème Partie des Contes et légendes inachevés (éd. compacte, p. 785).
[citation=Home XII, 310]Hobbits on the other hand were in nearly all respects normal Men, but of very short stature.[/citation]
Ils sont donc des Hommes normaux à presque tout égard. Ce « presque » est-il suffisant pour en faire une espèce distincte ? En tout cas, il ne s’agit pas simplement de dire qu’ils sont presque comme les Hommes. C’est par rapport aux hommes normaux qu’ils sont comparés. Dans cette perspective, les Drúedain sont des hommes moins « normaux » qu’eux.
Encore faut-il préciser cette notion de normalité. Elle est employée dans le Prologue du SdA, cette fois-ci à propos des trois branches des Hobbits : les Pieds velus (Harfoots) constituaient [emphase]« la variété la plus normale et la plus représentative des Hobbits, de beaucoup la plus nombreuse »[/emphase] (éd. du Centenaire, p. 13).
Dire que les Pieds velus forment la variété la plus normale des Hobbits n’exclut pas les Pâles ni les Forts de ce groupe. De même, les Hobbits ne sont pas exclus de l’humanité à cause de leur différence avec les Hommes normaux. La normalité consiste ici à posséder le moins de signes distinctifs possibles. Elle désigne ce qui est commun.
Le critère déterminant, c’est-à-dire qui distingue les Hobbits des Hommes normaux, est celui de la taille, ce qui se retrouve un peu plus loin :
[citation=Home XII, 311]With Men of normal stature they recognized their close kinship.[/citation]
Tolkien fait ensuite référence aux paroles de Faramir (SdA, IV, 5 ; éd. du Centenaire, p. 728) sur la classification gondorienne des Hommes en trois types [three kinds] :
- High Men (Númenóréens, à différents degrés)
- Middle Men
- Men of Darkness
Il en vient alors à souligner l’ambiguité du terme « Middle Men », qui désigne tantôt les hommes de taille moyenne — par contraste avec les Númenóréens —, tantôt ceux qui les ont rejoints pour lutter contre l’Ombre de Morgoth :
[citation=Home XII, 313-314]It was a mark of all kinds of Men who where descendants of those who had abjured the Shadow of Morgoth and his servants and wandered westward to escape it — and certainly included both the races of small stature, Drûgs and Hobbits.[/citation]
Cette inclusion était déjà présente plus haut dans ce texte, lorsque Tolkien abordait les relations entre les Nains et les Hommes :
[citation=Home XII, 302]and the Longbeards were very willing to use Men for their own purposes. Thus there grew up in those regions the economy, later characteristic of the dealings of Dwarves and Men (including Hobbits).[/citation]
Comme beaucoup, j’ai l’impression que Tolkien n’avait pas le projet de construire un concept univoque de race sur le plan biologique. Qu’il s’agisse de genre, d’espèce, d’ethnie, de lignée, de maison, il me semble qu’il porte avant tout un regard de philologue sur ces affaires de classification : il s’intéresse à l’histoire des langues, qui évoluent selon les groupes. D’ailleurs, sur ce point, on ne connaît pas de langue propre aux Hobbits : je n’en fais pas un argument, mais je me suis toujours demandé pourquoi il ne leur avait pas attribué une langue spécifique (les Woses ont la leur, notamment).
En revanche, à la façon d’Aristote, Tolkien prend soin d’établir une classification de nature (mais pas seulement biologique) fondée sur la cause finale : seront nommés Hommes ceux qui sont destinés à mourir et à sortir des Limites d’Arda. C’est davantage selon la fin (au sens du but, et pas simplement du terme de l'existence), et non selon l’évolution à partir des origines, qu’il s’agit de les classer. Les Hommes sont appelés à développer leur humanité, en réponse au Don d’Ilúvatar, contre l’Ombre de Morgoth.
On retrouve ainsi la distinction présentée par Sosryko, dans ses beaux messages du 16 avril [small][ici et là][/small] (dont il a le secret :-))
Sébastien

