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Répétition...
#5
Je pense, comme Leo (mais 9 ans plus tard... ;-) ), qu'il y a vraiment des répétitions dans Tolkien et que, loin d'être une faiblesse, c'est une particularité de son style, et même une puissance stylistique propre (ce que j'étudie d'ailleurs sous le nom d' "échos & perspectives" qui comprend notamment cet aspect-là). Ainsi, j'ai repéré plusieurs fois un même "motif stylistique" fascinant (pour parler ainsi alors que d'ordinaire un motif est plutôt thématique, mais justement pour insister sur la répétition dans le mode même de narration des évènements) autour du chant : trois fois dans Le Silmarillion et une fois, pour l'instant, dans le SdA. Je vous donne les passages du Légendaire que j'ai associés et les caractéristiques communes que j'y vois. Si certaines grandes âmes avaient la pénétration d'esprit et la générosité de coeur de m'en présenter d'autres dans la même série, elles feraient mon bonheur et me permettraient d'améliorer ma recherche.

- Fingon chante, sur le Thangorodrim, alors qu'il désespère de retrouver Maedhros qui est pendu à une chaine par le poignet.

- Beren chante devant l'Anfauglith, croyant devoir dire adieu à Luthien qu'il aimait avant de s'engouffrer dans l'antre de Morgoth.

- Tuor chante sur les plaines de l'Hithlum (je crois) alors qu'il désespère de trouver la "Porte des Noldor" qui lui permettrait de se diriger vers Sirion.

- Sam chante dans la Tour de Cirith Ungol, désespéré de ne pas trouver Frodo.

Caractéristiques :

- Il s'agit chaque fois de quelqu'un qui est dans une situation désespérée ou du moins une impasse.
- Le lieu est toujours désolé.
- Celui qui chante n'attend rien de son chant qui n'a pas a priori de pouvoir particulier (contrairement au chant de Luthien, ou au duel de chant magique entre Finrod et Sauron dans le même grand récit).
- Le chant contraste avec l'endroit désolé et avec la situation désespérante parce qu'il évoque un passé pur ou simplement la grandeur et est très lié au personnage (pour Beren, c'est un chant sur Luthien, et pour Sam, des chants de la Comté, mais dont il transforme les paroles en parlant des Valar).
- Le héros chante sans plus se soucier du danger qui est toujours bien réel.
- Bien que le héros n'attende rien de son chant, celui-ci a pour effet de débloquer la situation de la façon suivante :
- Il y a une réponse au chant contre toutes attentes (Maedhros à Fingon, Luthien à Beren, la rivière qui est la voix d'Ulmo pour Tuor et Frodo à Sam) et l'espoir relève le coeur du chanteur.
- Cet espoir est ensuite déçu parce qu'il y a un nouveau danger imprévu ou une nouvelle impasse.
- Finalement, un autre évènement dégage une véritable issue, de sorte que l'impulsion donnée par le chant ne tourne pas à faux.

A contrario, il existe un contre-exemple superbe de chant alors que le désespoir est déjà consommé, dans une situation que rien ne peut plus débloquer, et où le chanteur ne se soucie pas non plus du danger, mais le geste reste grand et beau : c'est le cas de Turin, sous l'influence néfaste de la malédiction de Morgoth, qui chante après avoir, accidentellement, tué son ami Beleg.

Amitiés,

Sébastien.

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