Je crois que Tolkien, dans le cadre de ses écrits "révisionnistes", n'aborde vraiment la question du Changement du Monde à la fin du Second Âge que dans le premier d'entre eux, The Drowning of Anadûnê, une version de la Chute de Númenor qui date des années 40 (cf. Home9) et adopte le point de vue des Humains. C'est un texte expérimental, qui diffère parfois grandement de la version que l'on connaît (par ex, le pays des Puissances est lui aussi détruit dans le Cataclysme), mais il est intéressant ici car l'auteur, bien que rapportant en conclusion le mythe de la "Voie Droite", mémorial, en ce monde arrondi, d'une Terre autrefois plate, laisse clairement entendre qu'il sait que la Terre a toujours été ronde.
Un tel commentaire disparaît complètement de l'ultime version de la Chute de Númenor, l'Akallabêth donné dans le Silmarillion. Home12 nous apprend que le récit en fut fait par le Sage elfique Pengolodh à Ælfwine, un marin anglo-saxon qui découvrit Tol Eressëa au XIème siècle de notre ère (ce que Christopher a supprimé de la version publiée). Pengolodh, à la fin de son récit, ne confirme pas explicitement la véracité des mythes ("traditionnels") qu'il vient de relater, mais en fait du moins des "vérités de foi", inspirées par les Valar à l'intention des Hommes.
Pour en revenir à la géographie "révisée" de la Terre, le problème se pose surtout après le Cataclysme. Avant, on peut situer Aman à l'ouest de la Grande Mer, elle-même à l'ouest de la Terre du Milieu (qui est notre Ancien Monde). Quant à la longitude exacte... Après le Cataclysme, on sait juste qu'Aman est retiré du monde visible/physique, mais lui reste relié d'une façon ou d'une autre par la Droite Voie. Les Valar n'interviennent plus directement dans le monde, et l'accès du Royaume Bienheureux est fermé aux hommes. Il demeure, comme toutes choses créées, dans une région particulière de l'Espace et du Temps (i.e. Eä), mais où/comment? Pas dans un univers parallèle en tout cas ; cf. Home10, p. 252 ("[The Elves] do not believe in contemporaneous non-contiguous worlds except as an amusing fantasy of the mind"). Aman existe toujours, quelque part, aux hommes des Ages ultérieurs d'y croire s'ils le veulent, même s'ils ne peuvent le voir.

