29-06-2000, 18:58
La connotation raciste d'un mot dépend beaucoup des variations de l'usage. Il fut un temps où "nègre" signifiait simplement "homme de couleur noire"... "Basané", même aujourd'hui, décrit d'abord une certaine coloration de la peau, tout comme "swarthy" ou "Swertings". Et que dire d'"aborigène", qualificatif donné à Tom Bombadil dans les manuscrits du SdA...
Traduire "Swertings" par "Moricauds", pris au sens littéral, est plutôt séduisant, mais il est vrai que ce mot est pollué par sa connotation raciste. Pourquoi pas "Moreaux", du latin populaire morellus "brun comme un Maure", appliqué en français aux chevaux "d'un noir luisant", mais aussi aux personnes : d'où les noms Moreau, Morot, Morin, Morel... (Robert historique)? Son absence du français courant pourrait faire écho au caractère archaïque de "Swerting" (qui n'est attesté, si ça trouve, que dans Tolkien).
Tolkien semble opérer ici une distinction entre gens de Harad et d'Extrême-Harad. Il est tentant de faire une équation avec Nord-Africains et/ou Arabes (ou Maures... Les Suderons sont armés de cimeterres) et avec les Noirs africains.
Il est tentant de voir dans ce passage quelques relents de préjugés racistes. Mais on peut rappeler, pour essayer de défendre le texte, qu'il est censé émaner de Hobbits de la fin du Tiers Age, peu au fait de nos conceptions modernes, et facilement enclins à diaboliser ces hommes à la peau sombre qu'il voyaient pour la première fois, dans le camp ennemi.
Encore que. L'humanité de Tolkien ressort dans les réflexions de Sam, lorsqu'il voit pour la première fois le cadavre d'un "Basané"(fin du chapitre Of Herbs and Stewed Rabbit :
Guère de racisme dans ces mots...
Traduire "Swertings" par "Moricauds", pris au sens littéral, est plutôt séduisant, mais il est vrai que ce mot est pollué par sa connotation raciste. Pourquoi pas "Moreaux", du latin populaire morellus "brun comme un Maure", appliqué en français aux chevaux "d'un noir luisant", mais aussi aux personnes : d'où les noms Moreau, Morot, Morin, Morel... (Robert historique)? Son absence du français courant pourrait faire écho au caractère archaïque de "Swerting" (qui n'est attesté, si ça trouve, que dans Tolkien).
Il y a cependant un problème supplémentaire. "Swarthy Men", est employé dans le Silmarillion comme synonyme d'Easterlings, peuples ainsi décrits : "These men were short and broad, long and strong in the arm; their skins were swart or sallow, and their hair was dark as were their eyes".
"Sallow" signifie "(teint, peau) d'un jaune maladif ou brun pâle". Il semble difficile d'appliquer un dérivé de "Maure" à des peuples qui ressemblent plutôt aux Mongols (?).
Suderons / Swertings : il semble que ce soient les mêmes. "Swertings" est simplement le terme utilisé par les Hobbits.
Voici un passage du SdA décrivant brièvement les différents envahisseurs :
Easterlings with axes, and Variags of Khand, Southrons in scarlet, and out of Far Harad black men like half-trolls with white eyes and red tongues. Return of the King, 5, VI
Tolkien semble opérer ici une distinction entre gens de Harad et d'Extrême-Harad. Il est tentant de faire une équation avec Nord-Africains et/ou Arabes (ou Maures... Les Suderons sont armés de cimeterres) et avec les Noirs africains.
Il est tentant de voir dans ce passage quelques relents de préjugés racistes. Mais on peut rappeler, pour essayer de défendre le texte, qu'il est censé émaner de Hobbits de la fin du Tiers Age, peu au fait de nos conceptions modernes, et facilement enclins à diaboliser ces hommes à la peau sombre qu'il voyaient pour la première fois, dans le camp ennemi.
Encore que. L'humanité de Tolkien ressort dans les réflexions de Sam, lorsqu'il voit pour la première fois le cadavre d'un "Basané"(fin du chapitre Of Herbs and Stewed Rabbit :
He was glad that he could not see the dead face. He wondered what the man's name was and where he came from; and if he was really evil of heart, or what lies or threats had led him on the long march from his home; and if he would not really rather have stayed there in peace...
Guère de racisme dans ces mots...

