En Aman, seule région d'Arda épargnée par la Corruption ("Marring") de Melkor, le temps passe plus lentement pour les Immortels et les créatures indigènes (olvar et kelvar), mais bien plus vite pour les Mortels, qui ne peuvent échapper à leur destin (celui-ci ne procédant que de Dieu seul). En comparaison avec les autres habitants d'Aman, la vie d'un homme n'y semblerait durer "guère plus d'une demi-année". Il en deviendrait "empli d'envie, et se tiendrait pour victime d'une injustice, se voyant refuser les grâces accordées à toutes les autres créatures". Il verrait dans sa mortalité "un fardeau insupportable" et
en viendrait à mépriser son humanité même.
Certes, le corps (rhöa en quenya) de l'Homme provient de la Terre, donc les Valar pourraient, s'ils le voulaient, lui assurer une vie aussi longue que celle des Eldar. Mais son âme (fëa) provient de Dieu, et sa nature mortelle ne peut être changée que par Lui. Suivent des considérations sur l'insupportable conflit qui surviendrait entre une âme désireuse de rejoindre son Créateur et le corps inhumainement vigoureux qui l'abriterait.
Le propos de mon message ci-dessus ne concernait qu'Arwen seule, et les modalités de son "choix". En écrivant mon message ci-dessus, je pensais, suite à une interprétation littérale du passage de l'App. A, que ce choix tenait juste à une question de chronologie : Elrond passe outremer ; si ses enfants choisissent d'être elfes, ils partent avec leur père. Eru, sanctionnant ce choix ainsi exprimé, leur conserve l'immortalité. Tout ceci en vertu de la promesse faite à Elrond et Elros, sans doute par Eönwë, au nom de Manwë, lieutenant de Dieu en Arda.
Mais je crois en fait que la signification de ce choix est plus profonde qu'une simple histoire de "ticket famille".
Rappelons que le passage outremer d'Elrond et des Troix Anneaux marque l'avènement du Quatrième Age, le début de "la domination des Hommes et le déclin des autres "peuples doués-de-parole" en Terre du Milieu" (Sda, début de l'App. B). Les Elfes n'y ont plus leur place ; ils "s'effacent" ("fade") physiquement, ou pour les Eldar qui veulent échapper à cela, quittent les Cercles du Monde. Aman, plus précisément Tol Eressëa, est le Crépuscule des Elfes.
De même que les Elfes sont en sursis en Terre du Milieu, Arwen est une Elfe en sursis. "tant que je demeurerai ici, dit Elrond à Aragorn, elle vivra de la jeunesse des Eldar, et quand je partirai, elle viendra avec moi, si elle en fait le choix".
C'est au moment où elle se lie à Aragorn qu'Arwen épouse en conscience le destin des Hommes et renonce à celui de son peuple. Cf. le Conté d'Aragorn et d'Arwen à la fin du SdA et leur dialogue sur Cerin Amroth :
(Aragorn)-... le Crépuscule, Dame, n'est pas pour moi. Car je suis un mortel, et si vous voulez vous attacher à moi, Etoile du Soir, au Crépuscule il vous faudra renoncer...
(Arwen)- Je m'attacherai à vous, Dúnadan, et me détournerai du Crépuscule. Pourtant, là-bas s'étend la terre de mon peuple, et la durable demeure des miens.
Ce choix, elle l'assume lorsque son père, dernier prince haut-elfe et Détenteur d'Anneau, part et que s'achève avec lui le temps des Elfes en Terre du Milieu. En restant, la fille d'Elrond choisit le temps des Hommes, leur gloire naissante, et leur destin fugace. C'est là une grâce que lui accorde Eru, où un malheur qu'il lui impose selon qu'on considère la mort comme un Don, ou comme une Fatalité. Mais son destin personnel s'inscrit dans un dessein plus grand : le passage de témoin entre Elfes et Hommes, l'antique sang des Eldar régénérant la nouvelle race royale avant de se tarir ou, plus prosaïquement, l'ultime postérité d'une lignée princière ruinée épousant un riche parvenu ;-)

