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demi elfe
#20
Bonjour Cédric et bonjour à tous!

J'ai un peu réfléchi à tout ce que vous avez dit à propos des mariages mixtes dans le sens Elfe/Humain, et je propose une explication qui découle de celles de Vincent et de Fangorn (par déduction).En plus les accusations de misogynie et de sexisme ne me semblent pas vraiment justifiées, le regard que Tolkien porte sur la Femme est infiniment plus complexe.
Mais je n'ai lu ni sa Biographie (épuisée en français et zut) ni les Lettres, y a-t-il des choses dites à ce propos?J'ai noté qqpart la Lettre 43, a-t-il un jugement vraiment sexiste ou est-il plus simplement un "romantique pudique"?

Je n'ai pas lu Home X (non plus), mais si Aegnor ne répond pas à l'amour d'Andreth, c'est qu'il ne voulait pas renoncer à son immortalité? Par contre les femmes elfes sont prêtes à faire ce sacrifice, par amour.
De plus elles semblent être un peu le moteur de l'héroïsme des humains, surtout dans le cas des couples Beren/Luthien et Aragorn/Arwen. A un niveau plus humble, du côté hobbit, Rose houspille Sam d'avoir quitter Frodo à l'heure du danger lors du sac de la Comté.
Et quand il le faut, les femmes elfes, humaines ou hobbits, sont elles-mêmes capables d'actions héroïques, je pense à Luthien, à Eowyn, à Galadriel lors du massacre d'Alqualondë et même à Lobelia à la fin du Sda.
Elles peuvent aussi tenir un rôle politique et gouverner: Melian, Haleth, Galadriel. Détail d'importance: Frodo est même prêt à donner l'Anneau à Galadriel.
Misogyne Tolkien? Est misogyne celui "qui hait ou méprise les femmes". Ce n'est certes pas le cas. Au contraire, la Femme peut en faire autant (guerroyer, gouverner)sinon plus que l'Homme (se sacrifier).

Mais c'est vrai qu'elles ne sont pas nombreuses dans le Sda et que leurs interventions sont ponctuelles et ont un caractère d'exception: Eowyn pour participer à l'action doit se déguiser en homme; Arwen (qui va faire le sacrifice de son immortalité) préfère rester coudre à la maison (mais notons pour sa décharge que le III Age est le Crépuscule des elfes qui interviennent moins dans les affaires de ME);Galadriel brille d'un aura mystique; j'oublie Baie d'Or, esprit du printemps et de l'été ainsi que la pauvre Lobelia.
Tolkien sexiste? Est sexiste "une personne ayant une attitude de discrimination à l'égard du sexe féminin".La Terre du Milieu renvoie à une société patriarcale évidente dans un contexte médiéval dans lequel les femmes sont distantes et dans l'ensemble préservées de la guerre et de la politique. Mais, voilà la paradoxe, Tolkien semble reconnaître leur"suprématie".

Tolkien nous dit aussi, dans la belle chanson de "The Ent and the Ent-wife", que les hommes et les femmes sont, par nature, différents, cf incapables de vivre ensemble et pourtant se languissant l'un de l'autre sans cesse...leur salut est dans la mort (?)...que de paradoxes... mais au fait, c'est quoi la nature humaine...Les femmes préfèrent l'ordre, l'abondance, la paix (on retrouve cette idée avec Nimrodel), les hommes vagabonder dans les forêts sauvages, toujours selon le poème.On peut l'interpréter de différentes façons, mais je le vois d'abord comme le constat d'un fait incontournable: l'homme et la femme ont une sensibilité différente d'où incompatibilité d'humeur et difficulté à vivre ensemble. Conclusion: si la femme peut faire comme l'homme(guerroyer et gouverner), cela reste une anomalie. Sexiste?

Tout ça pour dire que le regard de Tolkien sur la femme est complexe: à la fois "égale" de l'homme, "supérieure" à lui, "différente" de lui et le plus souvent absente.

Et si ce regard paradoxal ne viendrait-il pas plutôt de l'image qu'il garde de sa mère (oups...). Bon, ça fait un peu psychologie à la petite semaine, mais je m'explique.

Je reviens sur le choix de Tolkien pour la demoiselle elfe dans les mariages mixtes, capable de cette chose incroyable, renoncer à l'immortalité, accepter de mourir pour celui qu'elle aime, cette immortalité que l'homme recherche désespéremment dans le Légendaire de Tolkien.
Je me baladais sur le site d'Eric Tracy et je tombe sur l'article "Was Tolkien A Christian". J'apprends ceci:à l'âge de 4 ans Tolkien perd son père. Sa mère, très pieuse, se convertit au catholicisme lorsqu'il a 8 ans. Sa famille anglicane la rejette moralement et financièrement , et parallèlement sa condition physique se détèriore d'autant plus vite et elle meurt du diabète. Tolkien a 12 ans.

Tracy, en citant V. Flieger et son livre "Splintered light" (décidément ce livre est un must) dit:
"Flieger...states that Tolkien's religion was on one hand a solace for his loss, but was also somewhat responsible for his mother's death- and so created a paradox in Tolkien's character that manifested itself in his writings..."
Tolkien n'avait alors que 12 ans, il entrait en plus dans l'adolescence, période déjà pas commode à gérer avec la puberté et la découverte de la sexualité; ça a du faire un sacré mic-mac dans sa tête.
Plus loin:" "My own dear mother was a martyr indeed, and it is not to everybody that God grants so easy a way to his great gifts as he did to Hilary and myself, giving us a mother who killed herself with labour and trouble to ensure us keeping the faith". Tolkien's description of his mother's sacrifice as an "easy" way to God is hard to fathom, for it is clear that the shock of his mother's death affected him deeply....This is more than polarity; it is paradox...The very thing which gave him his faith robbed him of his mother, and thus mixed with that faith a sense of irretrievable loss".
(Splinteres LIght, p.2-3).

Tolkien avait l'impression que sa mère s'était sacrifiée pour eux. En extrapolant la Femme est capable de faire le sacrifice de sa vie (ou de son immortalité donc de mourir)par amour.
Et comme Flieger le souligne, la foi, consolation pour sa perte, est aussi responsable de la mort de sa mère. Ce qui expliquerait tous les paradoxes dans son oeuvre dont celui de l'image de la femme.

Ouf, j'ai fini. Cette interprétation vaut ce qu'elle vaut...Un peu confuse...Votre avis?
Je sais que Tolkien n'aurait pas aimé:"...I object to the contemporary trend in criticism, with its excessive interest in the details of the lives of authors and artists. They only distract attention from an author's works (if the works are in fact worthy of attention)...(Letter 213, site de Tracy).
Mais il n'aurait pas aimé qu'on le traite de "victorien attardé" (Barlow in Hobbituaire ou Adieu à Tolkien).
My God!!!

Cathy

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