C’est drôle, je suis passée complètement à côté de ces phrases curieuses de Tom Bombadil lors de ma relecture récente du tome 1. En revanche la réponse de Fangorn (au passage, ton souci des détails me laisse souvent admirative :-)) me rappelle une impression très nette que j’ai eue à la lecture du passage où Frodo découvre ses amis à l’intérieur du Galgal : ils sont vêtus comme des victimes sacrificielles :
« Ils étaient sur le dos et leur visage était d’une pâleur mortelle ; et ils étaient vêtus de blanc. Autour d’eux étaient répandus de nombreux trésors, d’or peut-être, encore qu’à cette lumière ils parussent froids et sans beauté. Sur la tête des hobbits étaient des petits bandeaux d’or, il y avait des chaînes autour de leur taille, et à leurs doigts de nombreux anneaux. Des épées étaient posées à leur côté, et des boucliers à leurs pieds. Mais en travers de leurs trois cous, se voyait une longue épée nue. » (Folio Junior, p.249)
Tout y est : le vêtement blanc (symbole de pureté), le bandeau (que l’on mettait sur la tête des animaux sur le point d’être sacrifiés dans l’Antiquité), l’épée prête à trancher la tête, le lien qui les retient à l’ « autel ».
De ce point de vue, je rejoins ton interprétation, Fangorn, de passage par la mort puis de renaissance. J’ajouterai même le rôle important de l’eau qui lave de la souillure te j’oserai même un rapprochement avec le symbolisme du baptême chrétien : en effet le baptisé qui s’immerge dans l’eau puis revêt aussitôt après un vêtement blanc, renaît à la vie nouvelle du Christ. Bien sûr le christianisme s’est largement inspiré de toute une symbolique « païenne » et on trouvera des exemples similaires de renaissance par l’eau et de dépouillement dans d’autres religions et d’autres mythes…
Si je comprends bien ton rapprochement avec la renaissance de Gandalf et son changement de vêtement, je ne te suis plus tellement pour ce qui est de la « nudité » de Frodo dans le Retour du Roi. Elle m’apparaît alors comme une perte irrémédiable sans possibilité de renaître : il devient comme Gollum, nu et décharné. On est loin, je crois, de la nudité « joyeuse » de nos hobbits près du Galgal même si je comprends ce que tu as voulu dire par là. Changer de vêtement n’est jamais anodin dans un tel récit…
NIKITA

