Au sujet de la compassion de Frodo : je crois que c'est la compassion de Frodo lui-même. Certes, elle a été induite par Gandalf, certes elle entre dans le plan d'Eru, mais c'est Frodo, librement, qui la ressens, et qui l'applique. Frodo aurait parfaitement pu faire fi de l'opinion de Gandalf et ne voir en Gollum qu'un être misérable et corrompu, indigne de toute pensée positive. Si demain un prêtre dont l'avis m'est très important me demande d'avoir pitié de quelqu'un que je méprise, il ne m'y forcera pas pour autant, même si je sais que c'est quelque part ce que Dieu me demande.
Je crois aussi que la compassion de Frodo n'est pas due au désir que, par la suite, sa faute lui soit pardonnée. Simplement, parce qu'au moment où il commence à l'éprouver, Frodo ne sait pas encore qu'il va faillir. Je ne dis pas qu'il n'a jamais envisagé cette possibilité. Je dis que, d'abord, la faillite de la quête à ce moment est surtout envisagée comme une faillite matérielle. Frodo et Sam vont devoir affronter de multiples dangers, tels des commandos inexpérimentés devant faire un long chemin derrière les lignes ennemies. La faillite morale est certes aussi envisagée par Frodo, de plus en plus sans doute à mesure qu'il approche du but, mais je doute que la compassion pour Gollum puisse lui apporter de l'aide morale dans ce cas. Non, la compassion de Frodo pour Gollum est, et gratuite, et personnelle.
Ce qui fait la grandeur du personnage.
Quant au sentiment de faillite, de faute qu'il éprouve, je rejoindrai MJ à ce sujet. Personne, humainement, ne pouvait détruire l'anneau. Et personne, ni dans le livre, ni parmi nous, ne condamne frodo. Personne sauf lui-même. De là son isolement, qui est à mes yeux bien plus psychologique que social. Frodo aurait pu rester à Minas Tirith avec un statut de légende vivante. Son retour dans la Comté est déjà en lui-même un refus de la gloire. Et la vie tranquille se changera presque en calvaire.

