En ce qui me concerne, c’est juste que le nombre important d’éléments corroborant ma thèse, dans le sda ou les lettres (cf. fuseaux cités) me donne à penser qu’elle est en phase ou du moins fort proche de la vision de Tolkien. Loin de moi l’idée de détenir la vérité absolue. J’accueillerais avec ouverture tout élément de texte qui démontera mon argumentation. (Ca ne pourra probablement pas modifier ce qu’il me plait d’imaginer du personnage de Frodo, mais me permettra de savoir que ce n’est pas en adéquation avec la pensée de Tolkien ! Quoiqu'il en soit, je n'en ai jusqu'à présent pas vu dans les différentes interventions de ce forum.)
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Il n’est pas du tout question de dénier à Frodo le droit à exercer sa liberté. Bien au contraire, c’est pour la conserver qu’il lutte âprement. Par l’universalité de sa mission, il se bat aussi pour la liberté, contre l’asservissement, de toute la Terre du Milieu. A chaque fois qu’on frôle la catastrophe, le texte nous dit, de manière récurrente, que c’est à sa volonté que la situation doit son redressement. En conséquence, ça me semble très clair que l’Anneau cherche justement à la détruire, à détruire son libre arbitre. Pourtant, Frodo, même dépouillé de tout, conserve cette liberté jusqu’à ce que la limite absolue soit atteinte. Aucun autre personnage n’est poussé aussi loin. Mais limite, il y a ; limite absolue que l’Homme ne peut franchir, si ce n’est avec l’intervention de Dieu. C’est, pour moi, le message de l’épisode de Frodo à Orodruin et l’un des importants messages du sda.
En fait, l’explication de notre divergence à ce sujet, vient peut-être de la différence entre une vision « croyante » - dans laquelle la Foi libère l’Homme - et une vision « incroyante » - dans laquelle la Foi asservit l’Homme. Tolkien étant croyant ne peut que penser que la Foi est libératrice. (Ceci n’étant qu’une simple tentative d’explication et certainement pas un quelconque jugement de valeur ;-)
Si tu relis les passages concernant Frodo, Mj, tu ne pourras pas manquer, je pense, de voir à quel point il ne croit pas avoir les capacités de réussir sa mission. Sa « faute » ne peut pas être qu’il pense pouvoir réaliser l’impossible.
Enfin, tu penses que le personnage du petit exemple d’Owina est fou et insensé, mais n’est-ce pas justement fou et insensé de confier un objet aussi puissant et maléfique que l’Anneau, de laisser le destin du monde tout entier, dans les mains d’un hobbit totalement inexpérimenté, qui n’a rien d’un sage ni d’un guerrier, et qui n’a même qu’une idée très vague du monde hors des frontières de son pays ? N’est-ce pas encore plus insensé lorsque l’on sait que, de toutes façons, sa mission n’a aucune (presque aucune, si tu veux !) chance de réussite. Ca, Gandalf le sait – c’est pourtant le choix qu’il fait – et, incroyable, c’est le bon choix !
Je pensais m’arrêter là, mais en fait, il me semble Tolkien parlera bien mieux que moi :
(je sollicite d’avance votre indulgence pour le caractère approximatif de ma traduction-maison, et aussi pour répéter un passage déjà cité ailleurs. J’ajoute mes commentaires entre parenthèses – la VO est reprise en note)
(Lettre n°246 de Tolkien à E. Elgar – The letters of JRR Tolkien, p. 327)
« Frodo a entrepris sa quête par amour – pour sauver le monde qu’il connaissait du désastre, par son propre engagement, s’il le pouvait ; et aussi en complète humilité, avouant qu’il était complètement inadéquat pour cette tâche
(à il ne se croyait pas du tout capable de pouvoir mener à bien sa tâche. Sa décision est totalement altruiste, humble et désintéressée)
Son réel contrat était uniquement de faire ce qu’il pouvait, d’essayer de trouver une voie et d’aller aussi loin sur la route que la force de son esprit et de son corps lui permettrait. C’est ce qu’il a fait.
(à il a accompli ce qu’on attendait de lui. Ce qu’on lui demandait n’était pas de réaliser l’impossible, mais seulement de faire tout ce qu’il pouvait. C’est bien ce qu’il a fait. On ne peut pas vraiment parler d’échec, encore moins de faute)
Je ne vois pas moi-même que la destruction de son esprit et de sa volonté sous la pression démoniaque et après torture (à c’est bien sa volonté qui a été détruite au moment fatidique. Il a perdu son libre arbitre au moment fatidique),
soit plus un échec moral, que la destruction de son corps aurait été, s’il avait été étranglé par Gollum et écrasé par la chute d’un rocher.
(à S’il avait été physiquement détruit, on n’aurait pas parlé d’échec moral. On ne peut pas plus le faire parce que c’est son esprit et sa volonté qui ont été détruits. Il ne pouvait rien contre ça, pas plus que contre la chute d’un rocher - pas de faute, pas d’échec).
Il apparaît que ça a été le jugement de Gandalf et d’Aragorn et de tous ceux qui ont appris l’histoire entière de son voyage. Certainement rien n’aurait été caché par Frodo !
(à Frodo a gardé sa pureté, sa sincérité, son humilité. Malgré l’aventure, le Mal ne l’a pas corrompu. N’est-ce pas justement parce qu’il ne lui a pas cédé volontairement ?).
Mais ce que Frodo lui-même ressentait au sujet de ces événements, était tout à fait une autre chose » (à même s’il n’y a aucune raison objective, il ne se pardonne pas, car ne perçoit pas que se débarrasser de l’Anneau était impossible et que cet impossible ne lui était pas demandé.)
Ylem – à qui est très difficile de faire lâcher prise ;-)
« Frodo undertook his quest out of love – to save the world he knew from disaster at his own expense, if he could ; and also in complete humility, acknowledging that he was wholly inadequate to the task. His real contract was only to do what he could, to try to find a way, and to go as far on the road as his strength of mind and body allowed. He did that. I do not myself see that the breaking of his mind and will under demonic pressure after torment was any more a moral failure than the breaking of his body would have been say, by being strangled by Gollum, or crushed by a falling rock.
That appears to have been the judgement of Gandalf and Aragorn and of all who learned the full story of his journey. Certainly nothing would be concealed by Frodo ! But what Frodo himself felt about the events is quite another matter.”

