Thread Rating:
  • 0 Vote(s) - 0 Average
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
Frodon à Orodruin
#70
J' ai, comme à l' ordinaire, quelques difficultés à m' immiscer dans un échange qui mélange un peu trop, de mon point de vue, personnages et auteur...Parle-t-on de Frodo, créature de Tolkien, ou de Frodo, personnage du roman, lui accordant une autonomie, une vie propre ? Ou ne doit-on considérer Frodo que comme un avatar plus ou moins fidèle de Tolkien, pensant ce qu' il pense, structuré mentalement, philosophiquement, religieusement, comme son inventeur, projection romanesque d' un pseudo-bovarysme tolkienien ?
Par ailleurs, nombre de réflexions de ce fil s' appuyant sur des partis pris et convictions divers de leurs auteurs respectifs, j' en ferai de même...En évacuant faillibilité intrinsèque à l' existence et lecture exter-nale ? -niste ? nienne ?, des personnages !
Frodo, confronté au choix ultime, finit, comme les mille et quelques pages précédentes nous y avaient préparés, par revendiquer l' Anneau...Fidèle, si l' on peut dire, à sa logique ! Avant de déterminer si choix il y avait, attardons-nous, un instant, sur les comportements, motivations, et attitudes, des différents porteurs successifs, face à la possession dudit objet...En excluant, bien entendu, son légitime propriétaire !
Gollum, tout d' abord...Ici, pas d' ambiguïté, le personnage est digne de son trésor ! Pulsion assassine et passage à l' acte, motivés par l' envie et la cupidité...Mmouais, vrai...Mais pas seulement ! Il y a, aussi, cette soif irrépressible de Connaissance ( SdA, vol.1, p 79/81 ), ce désir brûlant d' aller à la rencontre des secrets d' avant les Origines...Un mélange incongru d' Absolu et d' ignominieuse médiocrité ! Ceci dit, Sméagollum reste, tout au long du récit, constant dans sa démarche: il VEUT l' Anneau, et agira donc en parfaite adéquation avec l' image donnée...
Bilbo, ensuite...Là, ça devient plus complexe ! Voilà un bien curieux personnage, pétri de contradictions, et jouissant d' une estime qui n' est, peut-être pas, si légitime qu' on pourrait, à première vue, le penser ! Dès l' Anneau en poche, notre " brave " Bilbo se révèle tricheur, menteur, frimeur, voleur...Si on peut excuser la manière pour le moins douteuse qui préside à " l' échange " de l' Unique, on peut être surpris du comportement légèrement déplacé de notre " bon hobbit " quand, n' étant plus sous la pression d' une chasse mortelle, la première utilisation " en conscience " sera un numéro de cabotin quelque peu mesquin: alors que ses amis se désolent, déja, de sa disparition probable, et le pleurent en s' accusant mutuellement, il trompe le pauvre Balïn ( dont l' efficacité de sentinelle sera durement critiquée par un Gandalf quelque peu courroucé ! ) ( Bilbo le hobbit, p 124/126 ), et surgit brusquement au milieu du groupe ébahi, s' attirant, instantanément, des félicitations et une estime qu' il ne mérite guère ! Et la suite du roman ne fera que renforcer cette image pour le moins ambiguë du personnage...Voleur, parfaitement conscient ici encore, de la précieuse Arkenstone, il finira par trahir ses compagnons, non pas pour éviter une désolante confrontation, mais par peur d' être démasqué, et par désir de retrouver une vie moins agitée et des repas plus substantiels ( Idem, p 344/357 ) ! On est loin de l' image d' Epinal du héros oublieux de soi-même, et sacrifiant ses propres intérêts à ceux de tous ! Plus tard, pendant de longues années, il utilisera UNIQUEMENT " son " Anneau dans un but rien moins qu' égoïste ( Le SdA, vol.1, p 146 ), jouissant bourgeoisement de sa petite fortune...Et jusqu' au dernier instant, il fera preuve d' une attitude plus que suspecte, encore qu' on peut admettre, si la contagion maligne de l' artéfact s' avérait si puissante qu' on le prétend habituellement, qu' il peut bénéficier de quelques circonstances atténuantes ! Nous verrons cela ultérieurement...
De même, nous écarterons, pour le moment, le " brave Sam " de cette nomenclature, n' ayant été, à contrario de ses homologues, qu' un très occasionnel porteur, et pour une durée infiniment moins longue...!
Venons-en donc, enfin, à Frodo...Je ne reviendrai pas sur la transmission du " trésor familial ", les circonstances en sont largement connues ! Par contre, il est intéressant de noter une certaine similitude, entre oncle et neveu, dans une utilisation, que l' on pourrait qualifier de purement pragmatique, de l' Anneau: " Enfin, il peut être utile.. ", furent parmi les premiers mots prononcés par Frodo, à l' annonce du don....L' hérédité, sans doute !
Passons l' épisode on ne peut plus révèlateur du chapitre consacré à Tom Bombadil, qui n' a, lui, aucune difficulté à maîtriser le si terrible anneau, et le séjour à Imladris, qui aura vu la " guérison " apparente de Frodo à l' attaque des Nazgûl...Et où il nous sera donné d' assister à une scène qui, convenablement décryptée, nous offrira matière à réflexion quant à la personnalité de Frodo !
" ..Mais Frodo ramena vivement l' Anneau...//...une ombre semblait être tombée sur eux, et à travers celle-ci, il observait un petit être ridé, au visage avide...//... IL EPROUVA LE DESIR DE LE FRAPPER "....! ( Le SdA, vol.1, p 310 )
Assez curieusement, cette scène semble toujours perçue, par le lecteur distrait ( et le réalisateur en mal d' esbrouffe ! ), comme une brusque flambée de désir du vieux Bilbo pour " son " anneau perdu...Pourtant, rien n' est moins sûr ! Nous vivons la scène par le regard qu' en porte FRODO...C' est LUI qui voit, dans son oncle, un vieillard avide...Et c' est LUI, Frodo, qui a peine à maîtriser une violente envie de cogner ! Des deux protagonistes, il semble évident que l' un a plus à perdre que l' autre à y gagner...Et on peut interpréter le geste las de Bilbo, se passant la main devant les yeux, comme un pitoyable déni d' une triste réalité, le refus de voir ce que son " héritage " a fait de son neveu...Si vite et si profondément !
La lente descente en Mordor se verra émaillée, ça et là, d' incidents similaires...Frodo faisant jurer Sméagollum sur l' Unique " ..Frodo se redressa, et Sam fut de nouveau saisi par ses paroles et sa voix dure.. " ( Le SdA, vol. 2, p 298 )..." ..Il sembla un moment à Sam que son maître avait grandi...//...une grande ombre sévère, un puissant seigneur cachant son éclat dans un nuage gris.. " ( Idem, p 299 )....Et à nouveau, avant de se décider à emprunter l' autre chemin, " ..En dernier recours, Sméagol, je mettrai le Trésor à mon doigt...//...si, le portant, je vous commandais, vous obéiriez, l' ordre fût-il de sauter du haut d' un précipice ou de vous jeter dans le feu. ET TEL IL SERAIT .. "...( Idem, p 329 )...Pour ne rien dire de la manière dont notre héros récompense son fidèle valet de l' avoir délivré des griffes de Cirith Ungol, " ..Non, non ! cria Frodo, arrachant l' Anneau et la chaîne des mains de Sam. Non, tu ne l' auras pas, voleur ! "...Marquant ainsi, et un fois de plus, le choix vers une revendication pleine et entière de l' Unique !
Citons donc Sam, qui semble être le seul dont la personnalité n' offre guère d' ambiguïté...Du moins en ce qui concerne un éventuel désir de possession ! Mis en présence du choix, il conservera son attitude habituelle, privilégiant les intérêts de son " maître ", prêt à tout pardonner, offrant, sans état d' âme, son innocence de jardinier à la tentation du Pouvoir....Sans atteindre le complet détachement d' un Tom Bombadil, bien évidemment !
Alors, y avait-il, à l' Orodruin, un choix possible...? Pour moi, oui, assurément...Et Frodo est plus que largement responsable du sien, ceci quelqu' en aient été les modalités ! Des quatre porteurs cités, Sam, seul, avait quelque chance de succès...Les trois autres ayant, par leur personnalités propres, un bien lourd handicap à surmonter ! Ils étaient, à mon sens, déja " séduits ", et incapables de résister aux multiples tentations de l' Anneau Unique....Par son engagement en demi-teinte, ses doutes constants, son fatalisme récurrent, Frodo, bien qu' apparemment plus apte à gérer les difficultés de l' entreprise, était tout aussi condamné à échouer que l' évident Sméagollum, ou le vieux Bilbo !
Ceci dit, Frodo, ou qui que soit d' autre, pouvait-il réussir...? La réponse est définitivement OUI ! L' entreprise consistant à éliminer l' Unique n' est pas le résultat d' un pari d' ivrognes, d' un challenge de suicidaires désoeuvrés, ou un gage issu du chapeau de Gandalf...C' est la conséquence du Conseil d' Elrond, où furent envisagées différentes solutions pour éliminer l' Anneau Unique, ledit anneau n' étant rien moins que la fin programmée du monde ! L' idée même qu' il ait été choisi, par les participants dudit Conseil, une solution n' ayant rigoureusement, mathématiquement, " humainement " parlant, AUCUNE chance de réussir, m' apparaît devoir relever de la bouffonnerie la plus absolue....Bien évidemment, tous étaient conscients de l' incroyable difficulté de la chose, mais on doit éviter, par simple logique, de prêter à l' ensemble du Conseil le pessimisme de Frodo !
Et la question corrollaire sur l' inévitable corruption du porteur de l' Anneau, interdisant toute fin heureuse au projet, doit recevoir une réponse tout aussi catégorique, encore que diamétralement opposée...NON, la " contagion " maligne, générée par le port de l' Anneau, n' est pas à ce point rapide et altérante qu' elle vienne contrarier inéluctablement le dessein libérateur des conjurés...Les attitudes et réactions diverses des porteurs face aux maléfiques tentations de l' Unique sont là pour corroborer cet optimisme ! Bien entendu, il ne saurait être question, dans une lecture inter-nale, niste, nienne ( ?! ), du roman, d' invoquer une " faillibilité intrinsèque à l' homme " directement issue d' une religion rigoureusement inconnue des personnages !
En fait, tout cela a déja été dit et redit...Le seul bémol apporté concerne la vision idyllique dont semblent bénéficier les héros de cette histoire ! Loin de moi l' idée de faire de Frodo, Bilbo, Sam, et autres, de machiavéliques hooligans, n' aspirant qu' à supplanter Sauron dans son rôle d' Ennemi Public n° 1, mais c' est un fait qu' une grande majorité de lecteurs s' attachent à ne voir, dans les tenants du Bien, que les héros trop parfaits d' un monde où le négatif n' existe que dans sa forme la plus exacerbée...En TdM, on est ange, ou tyran ! Le Gandalf pompeux et autoritaire, le Bilbo égocentrique, le Frodo velléitaire, le Sam nunuche ( ne voyez ici qu' une prudente auto-censure ! ), disparaissent du regard des lecteurs pour laisser place à de jolly good fellows incapables du moindre accroc à leur panoplie de héros positifs....D' où les circonvolutions conceptuelles embarrassées pour éviter d' admettre, par exemple, que malgré toutes les subtilités de décodage sémantique, le bon Frodo, Saint Sauveur de l' Humanité, ponctue ses douleureuses pérégrinations par un quasi blasphématoire " The Ring is mine ! ", décidant, in fine, de s' octroyer un petit boni sous la forme, excusez du peu, de rien moins que le Maître Anneau ! Dans le genre humilité christique, on peut difficilement faire mieux...!
Ces quelques citations, et les réflexions qu' elles m' ont inspiré, n' auront pas eu d' autre objet que de mettre l' accent sur le caractère parfois TRÈS ambiguë de nos sympathiques personnages....." Arrête de ricaner, Morgoth, ils vont t' entendre.." ! :[]
TB
Reply


Messages In This Thread

Forum Jump:


Users browsing this thread: 1 Guest(s)