La Fin’Amor c’est « l’amour parfait », « l’amour courtois », cet incorporel amour est apparu vers le XII émes siècles, il décrivait les règles, les codes et les usages de l’art d’aimer.
La Fin’amor était narrée et chantée par les ménestrels et avait pour volonté de se démarquer d’une société grossière et guerrière.
Je vais tenter de démontrer que Gimli pratique cet art d’aimer auprès de Galadriel:
Les régles de la Fin’Amor sont les suivantes :
pour Elle :
Elle a toutes les vertus de la femme idéale. Elle incarne pour le soupirant l’inaccessible. Généralement la Dame aimée est mariée. ( ici La Dame de Lorien, Galadriel avec le seigneur Celeborn).
pour Lui :
Plusieurs caractéristiques sont les clefs de voûtes de l’amour courtois, voici un panel représentatif :
La maîtrise de soi
Cet amour n’est pas charnel mais spirituel. Le soupirant est lui célibataire et généralement d’une position social inférieur.(Gimli)
La jouissance de l’esprit
L’accomplissement charnelle est impossible, la réciprocité des sentiments n’est pas acquise.
Le prétendant assure un véritable culte à sa Dame, sa valeur morale et son dévouement sont les préceptes indispensables à un amour spirituel parfait. La qualité et l’intensité des sentiments sont une fin en soi.
La fidélité
Pour mériter l'affection de sa Dame le vassal doit accomplir des prouesses au combat et dans la fidélité à son amour.
Le respect de sa Dame et de Soi
Le soupirant s’exprime avec finesse et pondération, il doit tendre à être meilleur en se montrant généreux, courageux et attentif aux autres tout en écartant jalousie et convoitise.
le tourment
La Dame est généralement éloignée physiquement et géographiquement et les pensées du soupirant douloureuse.
Extraits :
Livre II Chapitre VII Le Miroir de Galadriel
1)
« elle regarda Gimli, qui était assis, farouche et triste, et elle sourit. Et le Nain, entendant les noms donnés dans sa propre langue ancienne, leva la tête et son regard croisa celui de Galadriel ; et il lui sembla que, regardant le cœur d’un ennemi, il voyait soudain amour et compréhension. L’étonnement lui monta au visage, et puis il sourit en retour.
Il se leva gauchement et s’inclina à la façon des Nains, disant :
_Mais plus beau encore est le vivant pays de Lorien, et la Dame Galadriel surpasse tous les joyaux qui se trouvent sous la terre ! »
2)
« _Et quel cadeau un Nain demanderait-il aux Elfes ? demanda Galadriel, se tournant vers Gimli.
_Aucun, Madame, répondit Gimli. Il me suffit d’avoir vu la Dame des Galadhrim et d’avoir entendu ses douces paroles.
_Oyez, vous tous, Elfes ! s’écria-t-elle pour ceux qui l’entouraient. Que personne ne dise plus que les Nains sont cupides et malgracieux !
[-]
_Je ne désire rien, Dame Galadriel, dit Gimli, s’inclinant profondement et balbutiant. Rien, sauf peut-être _ s’il m’est permis de demander, que dis-je de nommer un seul fil de vos cheveux, qui surpassent l’or de la terre comme les étoiles surpassent les gemmes de la mine. Je ne demande pas un tel don. Mais vous m’avez ordonné de nommer mon désir.
Il y eut un mouvement et des murmures d’étonnement chez les Elfes, et Celeborn regarda le Nain avec surprise ; mais la Dame sourit :
On prétend que l’art des nains réside plutôt dans leurs mains que dans leur langue, dit-elle ; mais ce n’est pas vrai pour Gimli. Car nul ne m’a jamais présenté requête aussi hardie et pourtant aussi courtoise. Et comment refuserais-je, puisque je lui ai ordonné de parler ? Mais dites moi que feriez-vous de pareil don ?
_je le chérirai, Madame, répondit-il[-]. »
3)
Gimli pleurait ouvertement.
_ Mon dernier regard a été pour ce qui était le plus beau, dit-il à son compagnon Legolas. Désormais, je ne qualifierai plus rien de beau, si ce n’est son cadeau.
Il porta sa main à sa poitrine.
_ Dites-moi, Legolas, pourquoi me suis-je joint à cette quête ? Je ne savais guère où gisait le principal danger ! Elrond disait vrai quand il déclarait que nous ne pouvions prévoir ce que nous trouverions sur notre route. Le danger que je redoutais était le tourment dans les ténèbres, et il ne m’a pas retenu. Mais je ne serais pas venu si j’avais connu celui de la lumière et de la joie*. J’ai maintenant reçu ma pire blessure dans ce départ, dussé-je même aller cette nuit droit au Seigneur Ténébreux. Hélas pour Gimli fils de Gloin !
*La joie est un mot qui revient très fréquemment dans les évocations de ménestrels, elle décrit un bonheur purement spirituel dans la Fin’Amor.
4) 5) « [-]. L’affaire de la Dame Galadriel est toujours pendante entre nous. Il faut que je vous enseigne un langage de meilleur ton. » 6) 7) Conclusion : La passion pure de Gimli, son humilité et fidélité spirituelle à Galadriel ,bref la Fin’Amor est, peut être, une des clefs qui lui ont permis, finalement, de pouvoir rejoindre Sa Dame aux royaume bienheureux.
Chaque membre de la compagnie était occupé à ses propres pensées.
[-] Gimli manipulait l’or en pensée, se demandant si ce métal convenait à un écrin pour le présent de la Dame.
Livre III Chapitre II Les Cavaliers de Rohan
Le cavalier les regarda avec un étonnement renouvelé, mais ses yeux se durcirent. « il y a donc une Dame dans la Forêt d’Or, comme on le voit dans les anciens contes ! dit-il. Peu nombreux sont ceux qui échappent à ses filets, dit-on. Nous vivons d’étranges temps ! Mais si vous jouissez de sa faveur, peut-être êtes-vous aussi des tisseurs de filet et des sorciers ? » [-]
« Eh bien, Eomer fils d’Eomund, troisième Maréchal de Riddermark, permettez que Gimli, fils du Nain Gloin, vous mette en garde contre vos sottes paroles. Vous parlez en mal de ce qui est d’une beauté qui dépasse vos capacités de pensée, et seul peut vous excuser votre peu d’entendement. »
« Nous verrons dit Eomer. On a vu tant de choses étranges qu’apprendre à louer une belle dame sous les coups affectueux d’une hache de nain ne m’étonnera pas outre mesure. Adieu ! »
Livre III Chapitre VI Le Roi du Château d’Or
« Salut Gimli Fils de Gloin ! cria-t-il. Je n’ai pas eu le temps d’apprendre à parler doux sous votre baguette, comme vous me l’avez promis. Mais ne mettrons-nous pas de côté notre querelle ? Au moins ne dirai-je plus de mal de la Dame de la Forêt. »
« J’oublierai ma colère pour un temps, Eomer fils d’Eomund, dit Gimli ; mais si jamais vous avez la chance de voir la Dame Galadriel de vos propres yeux, vous la reconnaîtrez pour la plus belle des dames, ou notre amitié sera finie. »
Livre III Chapitre V Le Cavalier Blanc
« Alors elle ne m’a pas envoyé de message ? » dit Gimli, baissant la tête.
« Sombres sont ses paroles, dit Legolas, et elles ont peu de sens pour ceux qui les reçoivent. »
« Ce n’est pas une consolation », répliqua Gimli.
« Eh quoi ? dit Legolas. Voudrais-tu qu’elle te parle ouvertement de ta mort ? »
« Oui, si elle n’avait rien d’autre à dire. »
« qu’est ce donc ? dit Gandalf, rouvrant les yeux. Oui, je crois deviner le sens de ses paroles. Excusez-moi, Gimli ! Je réfléchissais une fois de plus aux messages. Mais, en fait, elle vous a envoyé aussi quelque chose, et ce n’est ni sombre ni triste.
« A Gimli fils de Gloin, a-t-elle dit, transmettez les compliments de sa Dame. Porteur de boucle, où que tu ailles, ma pensée t’accompagne.[-]

