12-04-2001, 18:56
Je vois que nous sommes en train d’avoir un vrai débat, Greyelm.
Allons-y, cette fois je sors l’artillerie : les ré-fé-rences.
[citation=Michel Zink, « Introduction à la littérature du Moyen-Âge », coll. Livre de poche « références », p. 47]L’amour courtois, ou fin’amor, « amour parfait », repose sur l’idée que l’amour se confond avec le désir. Le désir, par définition, est désir d’être assouvi, mais il sait aussi que l’assouvissement consacrera sa disparition comme désir. C’est pourquoi l’amour tend vers son assouvissement et en même temps le redoute, car il consacrera sa disparition en tant que désir. Et c’est ainsi qu’il y a perpétuellement dans l’amour un conflit insoluble entre le désir et le désir du désir, entre l’amour et l’amour de l’amour. Ainsi s’explique le sentiment complexe qui est propre à l’amour, mélange de souffrance et de plaisir, d’angoisse et d’exaltation.[/citation]
Michel Zink précise bien qu’il n’y a pas de règles générales (c’est la variété à laquelle tu fais allusion, Greyelm), mais le passage ci-dessus constitue pour lui l’essence de l’amour courtois. Il continue ainsi :
[citation=Ibid.][…] l’amour ne doit pas être assouvi ni rapidement ni facilement, il doit auparavant mériter de l’être, et il faut multiplier les obstacles qui exacerberont le désir avant de le satisfaire. D’où un certain nombre d’exigences qui découlent toutes du principe que la femme doit être, non pas inaccessible, car l’amour courtois n’est pas platonique, mais difficilement accessible. C’est ainsi qu’il ne peut théoriquement y avoir d’amour dans le mariage, où le désir, pouvant à tout moment s’assouvir, s’affadit et où le droit de l’homme au corps de la femme lui interdit au sens propre une maîtresse dont il faut mériter les faveurs librement consenties. […]
[/citation]
Je crois que tout cela est clair… Beren et Luthien consomment leur amour rapidement, et leur relation continue de s’épanouir dans le mariage… De plus, et surtout, amour et désir ne sont nullement confondus.
Les personnages de Tolkien sont tous ou presque heureux en ménage, des Dieux aux Hobbits, je ne vois pas pourquoi vous persistez tous à y trouver de l’amour courtois. Ou alors mes références sont sérieusement mauvaises, ou lacunaires, et dans ce cas je vous tirerais bien bas mon chapeau.
Quant à ton argument, Greyelm, de dire que Luthien est d’une certaine façon « mariée » à son père, excuse-moi de te dire cela, mais dans ce cas là, c’est vraiment… comment dire… absurde. C’est de l’analyse sauvage, voire de la psychanalyse de basse-cour. Tu parles qu’en plusieurs milliers d’années la belle dame aura eu le temps de surmonter son complexe d’Œdipe ! De plus si on commence à raisonner comme ça, l’amour courtois est partout, même chez moi !
Non non non… tu ne m’as absolument pas convaincue, mais sur ce coup-là je suis têtue :) …
Et puis vous aussi, Tolkien se défendait plutôt clairement de donner dans l’amour courtois, non? Et comme tu le dis, Grey': il s'y connaissait en littérature!
Marineva
Allons-y, cette fois je sors l’artillerie : les ré-fé-rences.
[citation=Michel Zink, « Introduction à la littérature du Moyen-Âge », coll. Livre de poche « références », p. 47]L’amour courtois, ou fin’amor, « amour parfait », repose sur l’idée que l’amour se confond avec le désir. Le désir, par définition, est désir d’être assouvi, mais il sait aussi que l’assouvissement consacrera sa disparition comme désir. C’est pourquoi l’amour tend vers son assouvissement et en même temps le redoute, car il consacrera sa disparition en tant que désir. Et c’est ainsi qu’il y a perpétuellement dans l’amour un conflit insoluble entre le désir et le désir du désir, entre l’amour et l’amour de l’amour. Ainsi s’explique le sentiment complexe qui est propre à l’amour, mélange de souffrance et de plaisir, d’angoisse et d’exaltation.[/citation]
Michel Zink précise bien qu’il n’y a pas de règles générales (c’est la variété à laquelle tu fais allusion, Greyelm), mais le passage ci-dessus constitue pour lui l’essence de l’amour courtois. Il continue ainsi :
[citation=Ibid.][…] l’amour ne doit pas être assouvi ni rapidement ni facilement, il doit auparavant mériter de l’être, et il faut multiplier les obstacles qui exacerberont le désir avant de le satisfaire. D’où un certain nombre d’exigences qui découlent toutes du principe que la femme doit être, non pas inaccessible, car l’amour courtois n’est pas platonique, mais difficilement accessible. C’est ainsi qu’il ne peut théoriquement y avoir d’amour dans le mariage, où le désir, pouvant à tout moment s’assouvir, s’affadit et où le droit de l’homme au corps de la femme lui interdit au sens propre une maîtresse dont il faut mériter les faveurs librement consenties. […]
[/citation]
Je crois que tout cela est clair… Beren et Luthien consomment leur amour rapidement, et leur relation continue de s’épanouir dans le mariage… De plus, et surtout, amour et désir ne sont nullement confondus.
Les personnages de Tolkien sont tous ou presque heureux en ménage, des Dieux aux Hobbits, je ne vois pas pourquoi vous persistez tous à y trouver de l’amour courtois. Ou alors mes références sont sérieusement mauvaises, ou lacunaires, et dans ce cas je vous tirerais bien bas mon chapeau.
Quant à ton argument, Greyelm, de dire que Luthien est d’une certaine façon « mariée » à son père, excuse-moi de te dire cela, mais dans ce cas là, c’est vraiment… comment dire… absurde. C’est de l’analyse sauvage, voire de la psychanalyse de basse-cour. Tu parles qu’en plusieurs milliers d’années la belle dame aura eu le temps de surmonter son complexe d’Œdipe ! De plus si on commence à raisonner comme ça, l’amour courtois est partout, même chez moi !
Non non non… tu ne m’as absolument pas convaincue, mais sur ce coup-là je suis têtue :) …
Et puis vous aussi, Tolkien se défendait plutôt clairement de donner dans l’amour courtois, non? Et comme tu le dis, Grey': il s'y connaissait en littérature!
Marineva

