> exposer des sujets plus profonds, l'air de rien.
C'est justement là que réside tout le problème ;-)
On ne peut pas s'empêcher de voir dans l'oeuvre de Tolkien des passages qui, l'air de rien, collent beaucoup trop bien au monde contemporain de l'auteur et à sa spiritualité.
Paradoxalement, on a un auteur qui déteste "cordialement" l'allégorie sous toutes ses formes, y compris religieuse. Comme quelqu'un l'a noté avant moi (enfin je crois ^^;) Tolkien faisait une distinction entre "applicabilité" et "allégorie". L'allégorie est une décision volontaire d'un auteur qui, l'air de rien, voudrait faire passer un message. Jack Lewis recourait constamment à ce procédé, ce qui à mon avis n'est pas du tout le cas de Tolkien.
L'absence de culte religieux dans le SdA (par ailleurs curieuse dans un monde marqué par une cosmogonie extrêmement riche) est selon moi une indication très nette laissée par Tolkien pour signifier que même l'allégorie religieuse, quelle que fut la foi de l'auteur en la matière, n'avait pas sa place dans une oeuvre avant tout mythologique. Je pense souvent aux Argonath ou aux Pukel Men qui me font penser à des stèles celtiques, vestiges muets de cultes disparus.
C'est un monde, religieux certes, parfois polythéiste, parfois monothéiste, mais qui se suffit à lui-même ; Tolkien n'en fait pas partie, il ne fait que relater l'existence antique d'un culte qui le passionne d'un point de vue "archéologique". Ca ne fait pas de lui un blasphémateur pour autant. S'il avait pu craindre une seule seconde de tomber dans les travers du paganisme, il ne se serait jamais intéressé à la mythologie nordique en premier lieu.
Bien entendu, à partir de là, chacun est libre d'exposer et d'alimenter son point de vue (Dieu merci !). Mais est-on libre de remettre en cause l'affirmation anti-allégorique de Tolkien ? N'est-ce pas quelque part lui manquer de confiance ? On est tout au moins libre d'en discuter ;-)
Pat.

