Je relance un peu le débat ;-)) En fait, j'ai plutôt des questions...
Tolkien dit bien à la fin de la lettre 142 que :" ... the religious element is absorbed into the story and the symbolism " à propos du SdA.
Il a donc de toute évidence intégré ses croyances religieuses dans son oeuvre, dans la trame proprement narrative, et ces éléments narratifs pourraient donc en retour recevoir une interprétation chrétienne ?
Les valeurs chrétiennes telles que l'humilité, la pitié, le pardon, l'amour de son prochain, le sens du sacrifice sont bien les valeurs de ce monde de "théologie naturelle".
Mais la foi de Tolkien, telle que je la ressens, est dès plus mitigée, d'autant plus qu'elle se dissout en quelque sorte, avec les autres sources mythologiques et médiévales, dans le monde fictif du Légendaire, contribuant ainsi à donner cette profondeur à l'oeuvre, ce plus.
Faire une lecture chrétienne de l'oeuvre de Tolkien, comme le fait Pearce in "Tolkien. Man and Myth" (compte-rendu dans La Compagnie de la Comté)ne me gène donc pas a priori, mais c'est faire quand même une lecture au "1er degré", en évacuant tout le reste ? Je préfère la lecture (plus difficile) que propose V. Flieger in "Splintered Light", plus complexe car mêlant la philosophie,la religion, la linguistique, la mythologie la poétique et l'imaginaire.
Par exemple, chez Pearce, Frodo, en usant de son libre arbitre, a choisi la voie du sacrifice; portant l'anneau il est une figure du Christ portant sa croix. Le SdA raconte donc l'histoire du Salut. Plus une foule de clins d'oeil : il a 33 ans, sa venue a été annoncée (rêve de Faramir), le départ de Rivendell le 25 dec...
Avec Flieger le personnage de Frodo est nettement plus trouble et...humain. Selon elle Frodo est un fragment représentatif de l'humanité.Sa quête le mène de la lumière aux ténèbres. Et l'Ombre de Frodo, c'est Gollum, qui haît la lumière et Frodo finit par se reconnaître dans Gollum, c'est pour cela qu'il le prend en pitié. La défaite de Frodo sur le Mt du Destin fait écho à la Chute de Melkor, de Feanor, de Thingol qui se sont tous éloignés de la lumière (divine).
Et malgré l'intervention de Gollum, Frodo est brisé et finalement, selon l'analyse rigoureuse que fait Flieger du concept de la lumière et de sa fragmentation (la lumière se substitue au Verbe, la vérité originelle), il est la "lumière éclatée qui aspire à la réunion dans l'au-delà".*
Et voilà le trait de génie ;-) Finalement on ne sait pas s'il y aura rédemption pour Frodo, on n'est certain de rien. Pour justifier cela, Flieger fait référence à 2 rêves de Frodo:
1. le poème la Cloche Marine (in les Aventures de TB): le protagoniste connaît le désespoir, ne pouvant communiquer ni avec le monde béni, ni avec le monde des hommes; pas de rédemption.
2.le rêve que Frodo fait chez Tom Bombadil qui évoque Valinor; espoir.
Et n'oublions pas, que ,tel Sauron qui perd son doigt lors de la guerre qui clôt le 2ième Age, Frodo aussi.
Je trouve l'interprétation de Flieger plus fouillée et donc pas de réponse "certaine" au problème de la mort et de l'au-delà ?
Alors pourquoi certains critiques disent que Tolkien est "un fervent catholique prosélyte"? J'ai lu ça dans un compte-rendu sur la FEE :"Randel Helms et les Silmarils". Je suis tombée de haut!
Pourtant j'en connais une floppée d'auteurs chrétiens (pour ne citer que Victor Hugo) pour lesquels on n'a jamais fait autant d'histoires ;-) Moi, ça me tue carrément ;-) Ou bien je n'ai rien compris à Tolkien ;-((
A +
Cathy

