27-06-2001, 16:48
Passionnant débat !
Il ne me semble pas, toutefois qu’ait été évoquée une chose curieuse qui m’a souvent titillée depuis le jour où j’ai eu connaissance de la foi de Tolkien (c’était dans « A biography » de Carpenter).
JRRT était un fervent catholique, on est tous d’accord sur ce point. Il avait même demandé à Edith (qui n’était encore à ce moment que sa fiancée) de laisser tomber la foi anglicane pour le catholicisme (ce qui est quand même un sacré challenge dans l’Angleterre nationaliste et anti-papiste de cette époque). Cependant, si on en croit ce qu’évoque Carpenter, sa foi était également étroitement liée au souvenir de sa courageuse mère qui s’était elle-même convertie en se mettant toute sa famille et sa belle-famille à dos. J’en déduis (peut-être un peu rapidement, c’est possible) que le rapport de Tolkien avec sa foi catholique était probablement plus affectif que mystique.
Ceci dit, nous savons tous que Tolkien, éminent expert en linguistique et philologie (Leeds, Oxford…) maîtrisait avec une aisance confondante plusieurs anciennes langues germaniques : l’Anglo-Saxon, bien sûr, mais également le gotique, langue passionnante, aujourd’hui disparue. Les recherches de base qu’il a forcément du faire concernant cette langue lui ont immanquablement fait découvrir l’histoire tourmentée des peuples qui utilisaient cette langue (Wisigoths, Ostrogoths, Burgondes) et qui étaient tous des chrétiens… des chrétiens oui, mais pas des catholiques (enfin plutôt des « orthodoxes » pour ne pas faire d’anachronisme) !
Sacré histoire que celle de la foi de ces barbares ! Résumons-nous.
Les premiers des barbares a avoir été christianisés furent les Wisigoths du Danube. Ce fut l’évêque Ulfila et ses disciples (dans la première moitié du IVème siècle) qui s’attelèrent à cette tâche. Seulement voilà, Ulfila était un partisan d’Arius, ce prêtre d’Alexandrie qui niait la divinité du Christ. Cela dérangeait la pensée admise par tous que le Christ était en quelque sorte une partie de Dieu, et donc divin. Arius ne repoussait pas la Trinité mais il considérait que les trois personnes de la trinité étaient bien distinctes et donc que seul Dieu était inengendré et Eternel. Cette opinion provoqua la première grave crise religieuse du Christianisme naissant et la création du premier Concile Œcuménique à Nicée en 325. Certes le concile repousse avec une écrasante majorité les thèses d’Arius et adopte donc l’unité de substance pour les trois personnes de la Trinité (Consubstantiation) et le fameux Credo que tous les catholiques connaissent par cœur [:o)]
Ce qu’on oublie souvent de dire c’est que Nicée fut une belle arnaque : Athanase, le plus virulent des ennemis d’Arius, avait fait fermer les portes de la cité aux défenseurs d’Arius. Ceux qui étaient sur place furent donc largement en minorité ! Mieux le Pape sylvestre, pas du tout d ‘accord avec la tournure de ce Concile, refusa certaines des conclusions (la date de Pâques) et émit des réserves sur d’autres (l’exil d’Arius) Quelques années plus tard, ces partisans d’Arius obtinrent auprès de l’Empereur Constantin la révision des thèses de Nicée et Constantin lui-même se fit baptiser dans la foi arienne sur son lit de mort par l’Arien Eusèbe de Nicomédie... Les « catholiques » étaient au plus mal...Ce n’est qu’en 381, avec l’Empereur Théodose, qu’un dernier Concile (Constantinople), réuni dans des conditions similaires à celui de Nicée, refusa pour d’obscures raisons politiques plus que religieuses la foi arienne et adopta de façon définitive le Credo.
Entre temps, par effet de ricochet, tous les peuples barbares voisins des Wisigoths furent (avec plus ou moins de succès) touchés par la foi chrétienne arienne, abandonnant leurs anciennes idoles : Ostrogoths, Burgondes, Vandales Hasdings, Vandales Silings, Lombards et peut être aussi les Gépides.
Tolkien était obligatoirement au courant de ces anciennes querelles et de la façon douteuse dont le Credo a été adopté. De quoi ébranler la foi la plus profonde, non ?
A cela s’ajoutent les excès maintes fois évoqués ailleurs du Catholicisme à travers les âges (on va me répondre que les Vandales d'Afrique et les Wisigoths d'Espagne ont eux aussi à plusieurs reprises commis quelques vilains excès:))... mais bon, les horreurs du catholicisme, il y en a beaucoup que ça ne perturbe pas plus que ça. Mais Tolkien ? Sans le dévier de sa foi, cela n’a-t-il pas éveillé inconsciemment en lui l’envie de créer et développer une « Genèse » différente de celle de l’ancien testament, une « genèse » de laquelle ne découlerait aucune Trinité ? Une « genèse » d’une religion imaginaire idéale à ses yeux ? Une sorte d’échappatoire secret à certains de ses doutes ?... Bon, c’est vrai, il n’est fait AUCUNE allusion à ce genre de doutes dans toutes ses correspondances. Mais le fait est que Eru = Dieu. Le reste ne serait-il pas une tentative poétique et inconsciente du genre : « bon, on remet tout à plat, et on recommence à zéro ! »
Je reprends d’ailleurs l’argumentation de Cathy, athée très cool (comme moi, quoi :)) quand elle disait en citant Vinyamar : « vers la fin de sa vie, les considérations théologiques et philosophiques prenaient de plus en plus d'importance pour Tolkien et il remaniait ses textes dans cette optique. » signe d’une recherche continuelle d’amélioration de cet aspect de son œuvre, non ?
« Et moi, je trouve cela sympa, un monde sans culte, sans temple, sans église, ça fait partie du charme de la TdM, reposant :) » Et JRRT ? N’était-il pas dans le même état d’esprit ?
Il ne me semble pas, toutefois qu’ait été évoquée une chose curieuse qui m’a souvent titillée depuis le jour où j’ai eu connaissance de la foi de Tolkien (c’était dans « A biography » de Carpenter).
JRRT était un fervent catholique, on est tous d’accord sur ce point. Il avait même demandé à Edith (qui n’était encore à ce moment que sa fiancée) de laisser tomber la foi anglicane pour le catholicisme (ce qui est quand même un sacré challenge dans l’Angleterre nationaliste et anti-papiste de cette époque). Cependant, si on en croit ce qu’évoque Carpenter, sa foi était également étroitement liée au souvenir de sa courageuse mère qui s’était elle-même convertie en se mettant toute sa famille et sa belle-famille à dos. J’en déduis (peut-être un peu rapidement, c’est possible) que le rapport de Tolkien avec sa foi catholique était probablement plus affectif que mystique.
Ceci dit, nous savons tous que Tolkien, éminent expert en linguistique et philologie (Leeds, Oxford…) maîtrisait avec une aisance confondante plusieurs anciennes langues germaniques : l’Anglo-Saxon, bien sûr, mais également le gotique, langue passionnante, aujourd’hui disparue. Les recherches de base qu’il a forcément du faire concernant cette langue lui ont immanquablement fait découvrir l’histoire tourmentée des peuples qui utilisaient cette langue (Wisigoths, Ostrogoths, Burgondes) et qui étaient tous des chrétiens… des chrétiens oui, mais pas des catholiques (enfin plutôt des « orthodoxes » pour ne pas faire d’anachronisme) !
Sacré histoire que celle de la foi de ces barbares ! Résumons-nous.
Les premiers des barbares a avoir été christianisés furent les Wisigoths du Danube. Ce fut l’évêque Ulfila et ses disciples (dans la première moitié du IVème siècle) qui s’attelèrent à cette tâche. Seulement voilà, Ulfila était un partisan d’Arius, ce prêtre d’Alexandrie qui niait la divinité du Christ. Cela dérangeait la pensée admise par tous que le Christ était en quelque sorte une partie de Dieu, et donc divin. Arius ne repoussait pas la Trinité mais il considérait que les trois personnes de la trinité étaient bien distinctes et donc que seul Dieu était inengendré et Eternel. Cette opinion provoqua la première grave crise religieuse du Christianisme naissant et la création du premier Concile Œcuménique à Nicée en 325. Certes le concile repousse avec une écrasante majorité les thèses d’Arius et adopte donc l’unité de substance pour les trois personnes de la Trinité (Consubstantiation) et le fameux Credo que tous les catholiques connaissent par cœur [:o)]
Ce qu’on oublie souvent de dire c’est que Nicée fut une belle arnaque : Athanase, le plus virulent des ennemis d’Arius, avait fait fermer les portes de la cité aux défenseurs d’Arius. Ceux qui étaient sur place furent donc largement en minorité ! Mieux le Pape sylvestre, pas du tout d ‘accord avec la tournure de ce Concile, refusa certaines des conclusions (la date de Pâques) et émit des réserves sur d’autres (l’exil d’Arius) Quelques années plus tard, ces partisans d’Arius obtinrent auprès de l’Empereur Constantin la révision des thèses de Nicée et Constantin lui-même se fit baptiser dans la foi arienne sur son lit de mort par l’Arien Eusèbe de Nicomédie... Les « catholiques » étaient au plus mal...Ce n’est qu’en 381, avec l’Empereur Théodose, qu’un dernier Concile (Constantinople), réuni dans des conditions similaires à celui de Nicée, refusa pour d’obscures raisons politiques plus que religieuses la foi arienne et adopta de façon définitive le Credo.
Entre temps, par effet de ricochet, tous les peuples barbares voisins des Wisigoths furent (avec plus ou moins de succès) touchés par la foi chrétienne arienne, abandonnant leurs anciennes idoles : Ostrogoths, Burgondes, Vandales Hasdings, Vandales Silings, Lombards et peut être aussi les Gépides.
Tolkien était obligatoirement au courant de ces anciennes querelles et de la façon douteuse dont le Credo a été adopté. De quoi ébranler la foi la plus profonde, non ?
A cela s’ajoutent les excès maintes fois évoqués ailleurs du Catholicisme à travers les âges (on va me répondre que les Vandales d'Afrique et les Wisigoths d'Espagne ont eux aussi à plusieurs reprises commis quelques vilains excès:))... mais bon, les horreurs du catholicisme, il y en a beaucoup que ça ne perturbe pas plus que ça. Mais Tolkien ? Sans le dévier de sa foi, cela n’a-t-il pas éveillé inconsciemment en lui l’envie de créer et développer une « Genèse » différente de celle de l’ancien testament, une « genèse » de laquelle ne découlerait aucune Trinité ? Une « genèse » d’une religion imaginaire idéale à ses yeux ? Une sorte d’échappatoire secret à certains de ses doutes ?... Bon, c’est vrai, il n’est fait AUCUNE allusion à ce genre de doutes dans toutes ses correspondances. Mais le fait est que Eru = Dieu. Le reste ne serait-il pas une tentative poétique et inconsciente du genre : « bon, on remet tout à plat, et on recommence à zéro ! »
Je reprends d’ailleurs l’argumentation de Cathy, athée très cool (comme moi, quoi :)) quand elle disait en citant Vinyamar : « vers la fin de sa vie, les considérations théologiques et philosophiques prenaient de plus en plus d'importance pour Tolkien et il remaniait ses textes dans cette optique. » signe d’une recherche continuelle d’amélioration de cet aspect de son œuvre, non ?
« Et moi, je trouve cela sympa, un monde sans culte, sans temple, sans église, ça fait partie du charme de la TdM, reposant :) » Et JRRT ? N’était-il pas dans le même état d’esprit ?
Voilà, je ne cherche à choquer personne, je ne lance aucune pierre et je ne voudrais pas que mes remarques soient mal interprétées ou détournées de façon à relancer un débat dans le débat (celui-ci est déjà bien assez touffu !) Il s’agit juste ici d’une hypothèse tout à fait personnelle qui m’est venue après une longue réflexion et qu’il m’a semblé utile de soumettre à l’occasion de ce beau débat.
Isengar, athée cool.

