Lorsque tu écris "Pour parler, il faut une conscience. Le cas des animaux parlants (corbeaux de la Montagne Solitaire [...]) ne pose pas le problème de la conscience [...]", j'avoue ne pas te suivre sur ces propos.
En effet, à la suite de D. A. Anderson dans The annoted Hobbit, la race des grands Corbeaux d'Erebor apparaît directement inspirée de la mythologie norroise dans laquelle Odhinn a pour messagers et espions deux corbeaux, Huginn et Muninn, respectivement "Sagesse" (ou "Pensée" ou "Réflexion") et "Mémoire" (ou "Souvenir"). D'ailleurs, Odhinn est aussi appelé Hrafnagud, le dieu aux corbeaux (hrafn signifiant en vieux norrois "corbeau"). Ces deux corbeaux sont ses cinq sens dans le Multivers et lui rapportent tous les soirs les actes et les dires des dieux, des animaux et des hommes.
Huginn et Muninn sont considérés comme des êtres cognitifs et symboliseraient l'acte de création (les deux loups d'Odhinn, Freky, "Cupide" ou "Glouton", et Geri, "Vorace", symboliseraient quant à eux l'acte de destruction).
On retrouve directement ces deux caractéristiques des corbeaux d'Odhinn (la sagesse et la mémoire) chez Roäc, fils de Carc : il a une grande mémoire des évènements passés, comme le rappelle Balin à Bilbo, et ses conseils sont d'une grande sagesse, comme ceux qu'il prodiguera à Thorin (même si celui-ci n'en tiendra aucun compte, c'est ce qui influencera directement Bilbo dans sa décision de voler l'Arkenstone ; Pierre Précieuse qui servira de monnaie d'échange dans les pourparlers entre Nains d'un côté et Elfes et Humains de l'autre avant la Bataille des Cinq armées). Les grands corbeaux de Ravenhill (le Mont aux Corbeaux, soit Lugdunum ! Tolkien a donc peut-être été aussi influencé par les légendes celtes...) sont donc non seulement doués d'une conscience, mais encore de la plus haute qui soit.
Si le langage des oiseaux et, au-delà, l'éxistence d'animaux parlants est récurrent dans de nombreux contes, Tolkien l'insère pleinement dans la "sous-création" de sa propre faërie. A l'instar des grands Aigles de Manwë, il est permis de supposer que les grands Corbeaux d'Erebor pourraient être les serviteurs d'un Vala, envoyés en Terre du Milieu pour venir en aide aux Nains. De cette supposition, il est possible d'en tirer comme conclusion que les grands Corbeaux d'Erebor servent Aulë, l'un des Aratar et le Créateur des Nains. Cette espèce magique de corvidés serait donc d'autant plus dotée d'une conscience que, d'essence peut-être divine, elle servirait les desseins d'un des plus grands Valar qui soit, d'autre part époux de Yavanna, Créatrice des Olvar et des Kelvar.
Enfin, ceci n'est qu'une extrapolation.
Cordialement,
Eric (qui officie habituellement sur un site consacré aux Khazâd...).

