Thread Rating:
  • 0 Vote(s) - 0 Average
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
Ce que veut Sauron
#11
Je suis ravi que ça te plaise, je te remercie. Concernant ce vide dont je parlais, je serais bien en peine de l'exprimer de façon compréhensible. Je me comprends moi-même, mais j'ai du mal à l'expliquer. Je me lance :

ce vide dont je parlais doit être perçu, à mon sens, comme le point de départ de sa rébellion. Il est au départ le plus brillant des Ainur qu'Eru a créés, donc son favori. Et je pense que, de par sa position, il en vient à se considérer, à défaut de l'égal, comme le rival d'Eru (preuve en est il se permet de lancer des thèmes concurrents à ceux d'Eru lors de l'Ainulindalë).

C'est ce même comportement que l'on retrouve, à un stade plus poussé, lorsqu'il cherche à conquérir Arda pour lui-même. (au passage, notons qu'au départ il cherche à conquérir l'ensemble d'Arda, tandis qu'après la destruction d'Utumno, et son come back, il semble n'en avoir qu'après la Terre du Milieu. L'idée est latente dans le Silmarillion, il est dit qu'il cherche à conquérir la Terre du Milieu, qu'il ne cherche jamais à porte la guerre sur mer, pourtant condition sine qua non à une invasion de Valinor, sauf à passer par Helcaraxë, mais je doute que des orcs en soient capables - déjà que pour des elfes, fallait tout...)

Où veut-il en venir, l'intendant, vous dites-vous : eh bien ce que je veux dire, c'est que les ambitions de Melkor semblent se réduire comme peau de chagrin au fil du temps : au début il cherche à imposer ses vues à Eru, et donc à l'univers ; puis à Arda et aux Valar ; et enfin seulement aux Terres du Milieu et aux Enfants d'Iluvatar. Ce qui souligne le problème psychologique de Melkor : il sait pertinemment que le fin du monde viendra un jour, Eru l'ayant décrété, et que tous se retrouveront devant lui : Melkor doit donc savoir qu'il n'y a pas d'échappatoire possible et qu'il paiera tôt ou tard pour ses méfaits. Mais il s'acharne quand même à vouloir être le grand patron contre la volonté de tous, et en 1er lieu, celle d'Eru. Ou alors il se voile la face et en arrive à se convaincre qu'Eru n'est rien comparé à lui et qu'Arda est son domaine, qu'elle durera tant qu'il le voudra. Que se passe-t-il dans sa tête, on n'en sait rien.

En tout cas une chose est claire, c'est que ce comportement, dans un cas comme dans l'autre, est IRRATIONNEL. Melkor n'est donc pas un être de raison, il est totalement dominé par ses émotions. (d'ailleurs Tolkien fait souvent allusion à sa jalousie, son envie, sa haine, etc) Tous ces sentiments proviennent de sa frustration de n'être pas le maître : il a besoin de dominer toutes choses ; même au début lorsqu'il n'est pas encore véritablement mauvais et qu'il veut juste le bien d'Arda et de ses habitants, il éprouve le besoin de diriger tout. Il veut la considération, comme Sauron, être considéré comme le maître absolu et avoir tout pouvoir sur ses sujets. Cette tentation est d'autant plus grande qu'il est le plus puissant être marchant à la surface d'Arda.

À mon sens il faut percevoir cette puissance innée non comme l'origine profonde de son désir de pouvoir mais comme un élément aggravant ; on retrouve en effet dans toute l'oeuvre de Tolkien, et particulièrement dans le SdA, l'idée selon laquelle la tentation du pouvoir et plus forte chez les êtres supérieurs (cf la tentation de l'Anneau chez Gandalf, Galadriel et Boromir dans le SdA).

Et là j'y viens enfin, cette source ultime, c'est le vide. Cette idée est très forte chez Tolkien, cette assimilation du vide au mal absolu : Ungoliant descend des ténèbres extérieures au monde, Melkor rassemble ses "troupes" dans les ténèbres extérieures avant de descendre, "[lorsqu']il se crut fort", attaquer les Valar et leurs réalisations lors du Printemps d'Arda, et détruire les Lampes. De la même façon, Merlkor, après sa défaite consécutive à la Guerre de la Colère, est jeté enchaîné dans le vide extérieur, d'où il est dit qu'il reviendra finalement pour la bataille ultime, la Dagor Dagorath ; là encore c'est du vide que le mal viendra.

Le vide est donc fondamentalement mauvais chez Tolkien, ou du moins il est la source du mal. On aurait tort de croire que Melkor est la source ultime du mal. Encore que ce point prête à discussion. On pourrait arguer que le vide dans le coeur de Melkor est présent dès l'origine ; alors cela signifie qu'Eru a commis une erreur, ce qui remet en cause le dogme de l'infaillibilité divine. On pourrait aussi arguer que la curiosité de Melkor, qui le pousse à explorer seul le Néant, va se muer en mal au contact de ce vide. (pour être plus précis dans mon argumentation il faudrait que je relise l'Ainulindalë)

En tout cas ce vide, ce manque dans le coeur de Melkor est ce qui le pousse à se combler comme il le peut : il cherche donc à être le maître, pas tant pour tout régenter, à mon sens, que pour être un objet d'adoration et de culte pour tous ses serviteurs. En cela son but serait le même que celui de Sauron, si l'on en croit les citations de Cathy. Il a besoin d'être considéré, et d'être parmi les grand de ce monde, et même le plus grand. A vouloir s'imposer de la sorte il s'attire la haine du plus grand nombre, ce qui l'entraine encore plus loin dans son désir et son besoin. C'est un cercle vicieux.

Il en finit par ne même plus voir à quel point il tombe en déchéance, à quel point sa lutte est vaine et illusoire. Je suis intimement convaincu que le Melkor des 1ers jours d'Arda aurait été horrifié de voir ce qu'il allait devenir des millénaires plus tard lors de la Guerre de la Colère : il était beau et brillant, il devient lâche et faible (cf Silmarillion, lorsqu'il se terre dans ses cavernes en implorant pardon au lieu de se défendre la tête haute), il aimait la Lumière et la beauté, et, par frustration de ne pouvoir la conquérir et la garder pour lui seul, il se tourne vers les Ténèbres, la vilenie et la laideur (ses serviteurs en sont l'exemple vivant). Il va diffuser sa puissance (au détriment de la sienne propre en tant qu'entité) sur Arda toute entière pour le seul plaisir de pervertir le travail des Valar et d'Eru. Tous ces exemples témoignent de la déchéance corrollaire à cette soif de pouvoir, cet hybris dont parle Vince Ferré.

Notons pour finir que ce vide est présent également chez Ungoliant, qui est sans cesse affamée et veut toujours plus ; cette faim est métaphorique en quelque sorte : elle cherche à combler son vide, elle aussi, et ce désir prend une forme différente par rapport à celle qu'il recouvre ches Melkor. En tout cas il est bien présent, au point qu'elle en arrive à se dévorer elle-même.
Mais je crois avoir déjà abordé la question d'Ungoliant et je m'égare.

Enfin bref, je crois que j'ai vidé mon sac pour le moment. ;o)

Denethor.


Reply


Messages In This Thread

Forum Jump:


Users browsing this thread: 1 Guest(s)