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Gobelin ou orques ?
#24
Toujours ce fameux problème de la transcription " Orc " ou " Orque " en français.
Au regard de ce qui est dit par Tolkien, il est vrais que ce n'est pas très claire. D'un côté, lettre n°144, il glisse discrètement un " des Orques " ([…]Orcs, some Orcs, des Orques[…] (1)), au milieu de sa phrase. De l'autre, lettre n°190, il est tout de même beaucoup plus explicite en précisant bien que les mots comme elfes, nains et trolls, qui ont leurs équivalents modernes dans les langues de traduction peuvent être employés sous cette forme, en revanche Hobbits et Orcs, qui sont des termes propres à son univers, ne doivent pas être traduit et doivent rester tels quels.
Dans le fichier " de l'apparence des Orcs ", Édouard K. nous rappel que le choix du " que " à la fin fait plus Français et c'est pour cela que nous devons prioritairement employer la forme " Orque " plutôt que " Orc " en Français.
Or, dans la mesure où les termes de Tolkien ne sont pas très clairs (voir contradictoire), et qu'il faut bien choisir son camp, je trouve qu'en désespoir de cause il faut mieux choisir la forme en " C " plutôt qu'en " QUE ". Parce que :

1° Malgré sa pertinence, l'argumentation d'Édouard ne me convainc pas, car il existe bien les termes Grec et Turc en français, et l'on prononce bien leur son " ke " à la fin et il ne vient l'idée à personne que le " c " final puisse être mué (2).

2° Le seul argument tranchant pour la forme en " QUE " est le rapprochement qu'elle produit avec l'animal marin, tout comme en anglais (3). Or Tolkien a bien précisé que les deux termes n'avaient aucune relation entre eux (CF. Tolkien Compass, p171 précédemment cité par Cédric " This is supposed not to be connected with modern English orc, ork a name applied to various seabeasts of the dolphin order "). C'est pour cela que je trouve judicieux, lors de l'invention d'un nouveau mot/nom, de prendre une forme différente d'un homonyme, quand cela est rendu possible par l'étymologie, afin de leur donner une forme plus homophone et moins homomorphe. Cela enrichie plus qu'il ne dénature le mot et le vocabulaire en général. De plus :

3° La forme en " C " permet l'emploi du féminin " Orcque " (Un Orc / Une Orcque) ", ce qui n'est évidemment pas possible avec la forme en " QUE ". Cela participe donc encore à l'enrichissement possible du terme et du langage. (Ici j'ai pris le parti de féminiser le terme comme pour Grec et non comme pour Turc justement pour éviter l'homomorphie avec l'animal marin, entre autre).

Voilà, dans la mesure où il y a litige sur la forme à prendre, j'opte sans rechigner pour celle qui est la plus enrichissante. Personnellement j'ai un faible pour la forme hellénisée, Orch, avec le khi final transcrit " CH " en français. Dans ce cas, on le prononce toujours pareil, comme dans sa forme Sindarine remarquez bien, mais en cas d'erreur on prononce le diphtongue " CH " (comme dans CHeval) et cela donne un terme postillonnant et bien en bouche qui sciait merveilleusement bien aux " Orcs " (4). Comme quoi vous voyez que mon argumentation n'est pas le fruit d'un choix personnel.

Remarques supplémentaires : De plus, la traduction préconisée pour Uruk-haï est " Ourouk-Haï ", ce qui est relativement judicieux et permet de faire apparaître le bon son au lecteur français. Mais si on se permet de " franciser " le " C " de " Orc " en " QUE ", pourquoi ne francise t'on pas le " K " d'Uruk ? Le " K " étant encore moins " français " que le " C " final ; alors pourquoi ne pas écrire alors Ourouque Haï ? Parce qu'il n'est vraisemblablement pas nécessaire de le faire dans la mesure ou cela n'apporte aucune autre information sur la prononciation du terme et lui permet de conserver son aspect ardu et fantastique. Dans ce cas, je demande pourquoi cette même logique implacable n'est pas employée pour Orc ?
On remarquera également qu'on peut s'interroger sur l'opportunité de faciliter la prononciation des mots spécifiquement Tolkiniens dans la mesure ou l'appendice E du seigneur des anneaux précise cela. Mais je trouve effectivement judicieux de ne pas pénaliser le lecteur français en mettant le diphtongue " OU " dans Uruk-Haï qui peut se trouver fort déconfit quand, arrivé à la fin de l'ouvrage, il s'aperçoit qu'il a mal lu le mot durant toute sa (longue) lecture.
Néanmoins, rien n'empêche les personnes averties d'écrire Uruk à la place d'Ourouk et réciproquement. Cela ne me gène pas. Ce qui peut me générer c'est d'appliquer deux logiques différentes à la traduction. Mais peut être que certains d'entre vous ont des contres arguments.

Pour l'instant, je rejoindrais Caledfwlch en penchant encore nettement pour l'emploi de " Orc " et non de " Orque " en français. Mais mon avis n'est pas figé et ne demande qu'à évoluer encore (je vous fais confiance là dessus).

Stéphane


PS: Dans ma version française du Seigneur des Anneaux j'ai Orques. Dans celle du Silmarillion j'ai Orcs. Comme quoi ce n'est pas si simple.

NOTES
(1) Je me permets de citer le passage concerné de cette fameuse lettre 144, qui est tout de même assez longue :
" The Eldarin languages distinguish in forms and use between a 'partitive' or 'particular' plural, and the general or total plural. Thus yrch 'orcs, some orcs, des orques' occurs in vol I pp. 359,402; the Orcs, as a race, or the whole of a group previously mentioned would have been orchoth "

(2) La preuve que le français est lui même emplie de particularités qui soit disant, font son charme. Certes la forme " QUE " est exclusivement française d'apparence, mais la forme en " C ", si elle n'est pas EXCLUSIVEMENT d'apparence française, est tout du moins courante dans ce langage comme en témoigne les mots cités en exemple (Grec, Turc) qui s'appliquent également à des êtres vivants.

(3) En fait je n'ai pu vérifier cela puisque mon dictionnaire donne " killer whale " pour la traduction d'orque et que je ne sait pas si l'animal marin s'écrit Ork ou Orc en anglais. De toutes manière, je ne trouve pas l'argument pertinent dans la mesure où il existe plein d'homonymes homomorphes dans une langue qui ne le sont pas du tout dans l'autre.

(4) J'avoue que l'argument du khi n'est pas très recevable dans la mesure où le français, s'il les conserve au début (comme dans Chalcolithique) ou au milieu d'un mot (comme dans technique), a tendance à supprimer les khi quand ils se trouvent à la fin d'un mot. C'est pour cela que j'en parle qu'à titre anecdotique et pour amuser les neurones.

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