Je dois m'incliner au vu de vos références aussi nombreuses que précises. Eru aurait-il cependant accordé un tel privilège à un Mortel?
Denethor, en parlant de Valinor comme l'au-delà désigné par Gandalf, je prenais en compte l'identité de ses interlocuteurs pour lesquels Aman est et restera cet au-delà...
Elicec, j'aurai toujours tendance à me fier aux textes-oeuvres plus qu'à des brouillons épistolaires, malgré leur intérêt, et ce pas seulement pour Tolkien. Je crois qu'un auteur de quelque chose comme le Seigneur des Anneaux a mis dans ce type d'opus l'essentiel de sa pensée et de son art...
Vinyamar, je n'ai JAMAIS sous-entendu un panthéisme quelconque:
>>comme tu dis bien, ces divinité sont rendus terrinenne, puisqu'elles habitent le monde sous des formes naturelles. Mais elle ne FONT pas le monde. Et puis quoi encore !!!?
J'avais au contraire émis l'hypothèse que:
>>>les Valar, divinités certes rendues terriennes qui SONT Arda, plus qu'elles ne la FONT.
J'entendais par là que le sort et le destin d'Arda sont intimement liés aux Valar qui ne sont pas que des Surintendants à la mode gondorienne... Je pense que contourner cette ambivalence fondamentale de la théologie et de la théogonie du Silm au nom des obédiences religieuses de l'auteur est une erreur non moins fondamentale et dommageable au texte et à l'oeuvre. La foi chrétienne de l'individu Tolkien est-elle la raison ultime de toute l'oeuvre de l'auteur Tolkien?
Cela me semble plus que discutable...
Le Silm expose-t-il l'intime conviction théologique du croyant Tolkien?
Encore plus discutable...
Je pense que nous devons nous garder des solutions "prêt-à-interpréter" comme il y a du "prêt-à-porter" vestimentaire. L'oeuvre que ce site se propose d'honorer n'en sortira en aucun cas grandi, mais avec des étiquettes du type de celles qui lui collent au texte depuis un demi-siècle.
Concernant la question de l'angélisme et malgré toute la révérence qu'il convient de réserver aux positions de l'Aquinate et du caractère éminemment original de sa pensée, il me semble réducteur, voire dangereux en terme d'herméneutique, de penser Tolkien à partir du corpus thomiste, même s'il est vérifiable qu'il a eu une grande influence sur son oeuvre (point qui est à déterminer et à établir alors qu'il est présupposé par ton rappel des textes de la Somme...).
Où est-il si évidemment écrit ou dit que "ange" signifie la même chose
sous les plumes de St Thomas et de Tolkien ? Au-delà des termes employés, il me semble que les Valar donnent à voir et à penser autre chose que les anges des Summae théologiques médiévales dont l'intérêt me semble être ailleurs que dans leur utilisation comme manuel de référence pour comprendre un auteur de littérature contemporaine !
Attention, je ne conteste pas l'éternelle actualité de la pensée thomiste, mais je pense qu'il y a mieux à faire pour créer une vraie "Auseinandersetzung" herméneutique entre Tolkien et St Thomas que de plaquer les définitions de la Summa sur l'Histoire de la Terre du Milieu...
Il me semble également un peu rapide que Tolkien ne s'est jamais penché sur l'essence des Valar: les premiers chapitres du Silmarillion regorgent de détails à ce point de vue. Qu'il n'aie jamais théorisé théologiquement la chose, il est difficile de lui reprocher à partir du moment où tel n'est ni son propos ni le sens de son oeuvre...
Tu écris par ailleurs:
>> (finalement, quelle importance, si les Valar le font en consultant Eru, c'est pareil)
Pardon, mais précisément NON CE N'EST PAS PAREIL !!!
Le fait qu'ils le consultent et que ce n'est pas Eru qui agit est essentiel à l'articulation du divin dans toute la (non-)théologie du Silmarillion: Manwë consulte souvent Eru sur les questions décisives et cela a une très haute importance...
Espérant solliciter vos réponses,
RR, as infamous as a Feänor's son...

