Je vois que tu as aussi l'habitude de réduire les thèses de tes interlocuteurs dans tes Disputationes afin de mieux les contrecarrer.
Là, avoue que tu es plus Duns Scot et Suarez qu'Aquinate: remarque c'est de bonne guerre, j'ai aussi cette fâcheuse habitude et j'ai pu voir et lire que tu t'en es très bien aperçu.Aussi, je te prie de ne pas prendre ombrage de mon ironie qui n'est que (lourdement) stylistique.
Il me reste beaucoup de questions.
Tu écris:
>>(Vinyamar)"tu est parti sur des considérations catégorielles"
Cher Vinyamar, là tu commences fort... Surtout pour un scotiste (ha, ha, ha..)
Est-ce "catégoriel" que de dire qu'il y a une véritable ambivalence dans la mise en scène du divin, à la fois Unique et Multiple et de chercher à la lire dans le/les texte(s) laissés par Tolkien.
Sur la divinité des Valar, il est explicitement écrit au début du Silm que ce sont eux que les Hommes appelèrent plus tard les "Dieux".
Certes, leur divinité n'est pas celle d'Eru, mais leur déité est indéniable.
Tu écris ensuite:
>>(Vinyamar) "Tolkien a réviser son oeuvre pour lui donner CONSCIEMMENT une portée chrétienne (ce qui n'en fait pas un livre chrétien, nuance à prendre en compte)"
Alors là, tu me plantes une dague de Morgul en plein torse !!!
Si ça c'est pas du "catégoriel" catégorique catégorisant...
Quid Juris? Ce que fait l'auteur dans ses textes ou ce qu'il a voulu ou cru faire et/ou ce qu'il a lu et cru en tant qu'individu?
Mais là encore, peut-être catégoriellise-je, am I not ?
Que signifie cette affirmation, ô toi qui porte le nom d'un endroit où le Grand Turgon et le Père du Béni ont séjourné...
Tu persistes et signes:
>>(Vinyamar) "Deuxième erreur: je n'ai pas assez marqué la distinction que je fais entre la théologie chrétienne et Tolkien, mais elle y est."
Là, tu sur-exagères, cher Vinyamar...
Qu'elle y soit c'est une évidence aussi colossale que le Taniquetil.
Comment démontres-tu le fait que le concept d'ange chez Tolkien (si tant est que ces mots aient un sens) vienne de Saint-Thomas.
Tout me semble reposer sur l'équation: Maïa = Ange = Ange chrétien = Ange thomiste. Je t'entends déjà maudire mon nom parmi celui des Orcs, mais les "=" sont analogiques et herméneutiques.
La question des anges, même en théologie chrétienne ne se réduit pas, me semble-t-il, pour le très peu que j'en sache, à la conception thomiste de la chose... Alors, Tolkien... Cela nous renvoie en fait au présupposé qui est le tien dans le point précédent: celui de la "portée chrétienne" qui je t'avoue est aussi clair pour moi qu'un "cercle carré", un "Orc moral" ou un "Balrog aquatique".
Tel Fingolfin sur l'Anfauglith allant défier Morgoth, tu poursuis:
>> (Vinyamar): "Enfn, tu prétend que je pense Tolkien "à partir du corpus thomiste", je m'insurge ! :-) Ce n'est pas parce que j'apporte un tel angle de vue sur la question que je "pense" tolkien en restant prisonnier de cette vision."
Ai-je prétendu cela ?
Là, ta rhétorique te rattrappe. Ce n'était pour moi qu'une question de priorité: l'analyse intrinsèque avant le commentarisme exotérique.
Et pourquoi Thomas plutôt que d'autres, pourquoi pas le démon de Socrate, par exemple ?
Ayant néanmoins coupé un pied à l'Immonde, tu t'entêtes:
>> (Vinyamar): "Enfin, l'intérêt de la Somme théologique est certainement ailleurs que dans une utilisation tolkiendique (je récidive, c'est combien l'amende ? :-) ), mais elle n'est pas non plus faite pour rester dans un placart poussiéreux. Toutes les occasions sont bonnes pour faire découvrir les trésors (on utilise bien d'autres oeuvres pour commenter Tolkien, pourquoi pas des oeuvres catholiques ???? )"
Là, tu me rabaisses carrément au niveau d'Auguste Comte...
De quel placard parles-tu ? Celui où Tolkien est resté en France jusque très récemment ? Là encore, je crois qu'il faut lire une oeuvre à partir d'elle-même, dans sa cohérence propre (ce qui malgré Gilson n'a peut-être pas été fait pour Thomas, et oups, là je déraille et absolument-certainement pas pour Tolkien, ou alors j'attends tes références avec impatience!).
"On" que tu nommes et qui utilise "d'autres oeuvres pour commenter Tolkien" va autant trop vite (comme c'est élégant...)que celui qui va chercher dans la Somme des clés pour comprendre, même implicitement, les Maïar.
Tu peux donc (m')achever:
>> (Vinyamar): "Pour finir, on est donc d'accord: Tolkien ne s'est pas penché sur l'essence profonde des Valar (en fait je crois que cela lui posait problème)"
Argh! Non, j'ai peur que l'accord ne soit pas total. Je voulais dire que Tolkien s'est penché sur l'essence profonde des Valar, mais implicitement dans tous les textes du Silm, peut-être d'abord à travers leur absence et leur curieuse impuissance, et donc qu'on ne peut dire qu'il n'a pas su le faire explicitement.Quant à savoir si cela lui posait problème, tout Le Légendaire prouve bien que non.
Pour (ne pas) finir Vinyamar Tar-Palantir, je tiens à te remercier pour ton vigoureux esprit de disputatio que je viens à nouveau de solliciter.
RR, Another Lost Child of Tolkiendalië

