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combien de Legolas ?
#25
Pour revenir à l'opposition "interniste-externiste": je crois que les deux approches sont non seulement valables, mais dépendantes l'une de l'autre. Tolkien a avancé une explication interne (Sindar-Númenoréens et aussi Hobbits), pour tenter de justifier les variations externes qu'il a fait subir à son Légendaire dans les années 50. Par cette astuce – qui rappelle celle qu'il avait utilisée pour expliquer les deux versions du ch. V du Hobbit – il a donné de fait à son Légendaire l'une des caractéristiques de "vrais" corpus légendaires : la profondeur historique, l'apparence d'une accumulation de traditions remontant de proche en proche jusqu'à la nuit des temps. Il a conservé à ce qu'il considérait comme des erreurs (et qu'on trouve surtout dans la "tradition" d'Ælfwine) une place dans la tradition légendaire. C'est ça qui nous permet, me semble-t-il, de considérer les textes dans leur ensemble, du Livre des Contes Perdus aux derniers écrits, comme des véhicules potentiels de cette tradition. Voilà pour "l'interno-extrêmisme" des Cahiers ;-)

Mais on est limité par le fait que Tolkien n'a pas, loin s'en faut, révisé tout le Silmarillion dans cette perspective, on ne peut pas affirmer catégoriquement pour tout texte ou passage ancien/corrompu : ceci est "vrai" ou "faux" dans le Monde secondaire. On ne peut faire que des hypothèses, en les fondant sur les indications données par des textes plus tardifs, et sur les relations "internes" et "externes" des textes entre eux. Je crois que pour ça, les dates de composition ont toute leur importance.

Cependant, et là je rejoins complètement Silmo, rien ne nous interdit, jusque dans une perspective interne, de préférer par goût personnel telle version plus ancienne/corrompue, parmi les différentes "vagues"de composition, à telle version plus récente/véridique : ce sera une version "légendaire" dans le cadre du Légendaire, or c'est cette qualité-même qui fait l'attrait de l'œuvre de Tolkien, non ;-)? Et qu'importe si cette version entre en contradiction flagrante avec un fait qu'on sait "avéré" (i.e. révisé en 1972 par exemple) : le fait de savoir qu'Aphrodite est à la fois fille de Zeus et fille d'Ouranos n'empêche pas d'apprécier la mythologie grecque ;-)

C'est vrai que cela relève parfois de la schizophrénie, car certains éléments sont totalement incompatibles entre eux : Ælfwine, homme du XIe siècle, *sait* par les Elfes que le Soleil est né de Laurelin et qu'il a d'abord tourné autour d'Ambar, de même qu'un Hobbit cultivé du Quatrième Âge *sait* par les Elfes que la Terre tourne autour du Soleil depuis le commencement d'Arda. L'astuce trouvée par Tolkien a ses limites pour la "créance secondaire", mais je crois que ces limites tiennent surtout aux cadres successifs qu'il a donnés à ses récits. En même temps, ce sont ces cadres qui nous permettent d'y accéder, et d'y adhérer. Ils sont le nœud du problème ;-)

Philippe

PS : juste pour pinailler ;-) Pengolodh ne retourne pas dans l'Ouest avec Tuor. A priori, Tuor part seul avec Idril (cf. la Quenta dans Home4 et les Annales de Beleriand dans Home5 ; ce sont les dernières mentions de cet épisode). Pengolodh part sans doute après la Guerre de la Colère ou, selon Quendi and Eldar (Home11), au cours du Second Âge.

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