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Géopolitique en Beleriand...
#7
RR,

Cette fois-ci, je me suis replongé directement dans les passages que tu évoquais.

Et, maxima culpa, la question de l'allégence est plus importante que je ne le croyais, en tout cas chez les fils de Fëanor qui n'apprécient pas particulièrement l'overlordship de Fingolfin (que l'on doit sans doute traduire par "suzeraineté" (overlord = suzerain).

Au tout début du chapitre 10 du Silmarillion "Les Sindar", on lit:
"Il a donc été dit raconté comment Elwë et Melian avaient étendu leur pouvoir sur les Terres du Mileu et tous les elfes de Beleriand, depuis les marins de Cirdan jusqu'aux chasseurs qui parcouraient les Montagnes bleues, reconnaissaient Elwë pour seigneur".

On peut se dire qu'à leur arrivée les Noldor ont dû reconnaître cette prééminence au moins pour ne pas se mettre à dos toute la population elfe, même si le pouvoir réel de Thingol se limitait à un territoire plus restreint.

D'ailleurs, dans le chapitre 13 du Simarillion, "Le retour des Noldor", on apprend que "Le roi Thingol n'accueillit pas sans arrière-pensée la venue d'un si grand nombre de princes venus en force de l'Occident pour se tailler de nouveaux fiefs. Aussi, son royaume resta fermé.. [...] Les princes de la maison de Finalfin furent les seuls Noldor admis à passer la frontière de Doriath, car ils pouvaient se prévaloir de leur parenté avec le roi lui-même. [...] Angrod, le fils de Finalfin, fut le premier des exilés à entrer dans Menegroth comme ambassadeur de son frère Finrod et il parla longtemps avec le roi. Il lui conta les exploits des Noldor [...] et il ne dit mot du Massacre, ni des raisons de l'exil des Noldor ni du serment de Fëanor. le roi, après l'avoir écouté, lui dit alors : Voila ce que tu diras de ma part à ceux qui t'ont envoyé. les Noldor peuvent rester à Hithulm [...] et sur les terres incultes et inhabitées qui sont à l'est de Doriath. Partout ailleurs mon peuple est nombreux et je ne veux pas les voir manquer d'espace, encore moins chassés de leurs demeures. Que les princes de l'Ouest prennent garde à leur conduite, car je suis le maitre de Beleriand et tous ceux qui veulent s'y installer ont à m'écouter. [...] Angrod quitta Doriath et vint porter le message du roi Thingol aux Princes des Noldor assemblés en Conseil à Mithrim. l'accueil leur sembla frais, et les fils de Fëanor montrèrent du courroux, mais Maedhros se mit à rire : un roi est celui qui sait garder ce qu'il tient, ou bien son titre est vain. Thingol ne nous accorde que les terres où il est sans pouvoir. en vérité son royaume serait aujourd'hui réduit à Doriath si les Nodor n'étaient venus. laissons-le donc régner à Doriath et se réjouir d'avoir pour voisins les fils de Finwë, au lieu des Orcs de Mogroth que nous y avons trouvés. Pour le reste, nous en ferons à notre gré. Mais Caranthir ,le plus violent des frères et le plus emporté, qui n'aimait pas les fils de Finarfin, s'écria soudain: Et plus encore! Ne laissons pas les fils de Finarfin courir partout raconter des contes à cet Elfe Noir dans sa caverne. [...] Angrod pris de colère quitta le Conseil."

Ouf, voila une bien longue citation, mais utile pour émettre deux hypothèses à propos de l'"awe" de Fingolfin vis-à-vis d'Elwë (sachant que "awe" se traduit effectivement par "crainte" mais que cela peut aussi s'entendre comme une "crainte mêlée de respect"):

1°) les Noldor peuvent par stratégie, comme je l'ai dit plus haut, craindre de se mettre à dos toute la population des elfes assujetis à Doriath ("Partout ailleurs mon peuple est nombreux"), surtout que ceux-ci (notamment les Elfes Gris à Mithrim), ignorant le Massacre d'Alqualondë, prennent les Noldor pour des "libérateurs" envoyés par les Valar;

2°) les Noldor peuvent craindre encore plus que Thingol n'apprenne ce Massacre ("Ne laissons pas les fils de Finarfin courir partout raconter des contes à cet Elfe Noir", et cherchent donc à se mettre en bonne grâce vis-à-vis du roi. On peut aussi penser qu'ils ont peur des pouvoir de "vision" de Melian (ne serait-elle pas capable de découvrir leur forfaiture???).

Au milieu de tout ça, Fingolfin doit être partagé. La suzeraineté sur les Noldor, que Maedros lui a abandonnée après avoir été délivré d'Angbang par Fingon, n'est pas bien acceptée par les autres frères de Fëanor ("et comme l'avait prédit Mandos, ceux de la maison de Fëanor furent appelés les Dépossédés, parce que la suzeraienté [on retrouve overlordship] était passée de leur branche, l'aînée, à celle de Fingolfin, à Beleriand comme à Elendë").
Par conséquent, alors que sa maison est divisée, Fingolfin doit "apprécier" l'union des elfes qde Beleriand qui existe autour de Thingol.

En conclusion, je reviendrai au passage initial que tu citais de HoME XI (page 21). Christopher Tolkien dit que ce passage est une des trois explications de la primauté du Sindarin en Beleriand. Mais il dit aussi que cette explication donnée par son père n'était que la première explication (GA1) d'une série de trois.

La seconde explication (GA2) évoque aussi trois raisons ,mais cette fois-ci la troisième raison, tout en reprenant mot pour mot le passage que tu as traduit, indique que Thingol n'utilisa pas la langue des Noldor et interdit à son peuple de le faire en raison de la "grievance of the Teleri againsnt the Noldor" (je n'ai pas mon Harrap's aujourd'hui mais je suppose que "grievance" signifie quelque chose comme "grief").

Dans la dernière explication (une note non numérotée) le troisième motif de la primauté du Sindarin disparait et on sait seulement que Thingol interdit à son peuple l'usage de la langue des Noldor à cause du Massacre d'Alqualondë.

Voila, voila.

Silmo

PS: je sais que le Silmarillion est censé être moins fiable que HoME XI sur ce sujet, mais je l'ai cité pour justifier l'esprit de la relation Noldor/Doriath


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