Au début (v.1-84), Joukahainen veut se mesurer à Väinämöinen dont il connaît la réputation, et ce malgré les avertissements de ses parents; il s'en va donc à traîneau à Kalevala (v.85-282) où il se heurte à celui de Väinämöinen; comme aucun ne veut céder le passage, ils se livrent à une joute oratoire dans laquelle Väinämöinen pousse son rival dans ses derniers retranchements:
"Le jeune Joukahainen dit:
'Je connais certes quelque chose,
Je le possède avec clarté,
Je le comprends exactement:
Près du toit passe la fumée,
Le feu n'est pas loin du foyer.
Au phoque la vie est facile,
Le chien de mer aime à nager (...)'
Le vieux Väinämöinen parla:
'Savoir d'enfant, babil de femme,
Et pas d'homme à bouche barbue,
De héros déjà marié!
Raconte les causes profondes,
Les origines éternelles'" (v.147-188)
Voici un petit échantillon de leurs échanges: rien de très énigmatique, à première vue (au sens de l'affrontement par énigmes entre Bilbo et Gollum); pour ma part, j'y verrais bien une source d'inspiration pour le dénombrement des êtres vivants des Ents (SdA,III,4,p.83~; désolé pour le manque de référence, mais je n'ai pas mon exemplaire sous la main, et l'outil de recherche ne donne pas le poème en totalité), notamment dans cette réponse de Joukahainen (v.191-198) :
"Je sais du pinson l'origine,
Le pinson est un oisillon,
La vipère verte un serpent,
La grémille un serpent de l'eau;
Je sais que le fer est flexible,
Que la terre noire est amère,
Que l'eau bouillante est dangereuse,
Que le feu brûle méchamment"
Un peu redondant par moments, mais il faut dire que les connaissances de Joukahainen dans ce domaine ne doivent pas être très grandes; de plus, il aime beaucoup à se vanter, notamment d'avoir été présent à la création du monde; il en vient même à provoquer Väinämöinen en combat singulier.
Le seul élément qui pourrait rappeler l'affrontement entre Bilbo et Gollum (à part l'analogie avec la lutte que mènent Joukahainen et Väinämöinen) me semble être le ton général de ces listes, un certain air archaïque.
Bien entendu (v.283-476), tout ceci se termine mal pour Joukahainen, qui se retrouve envoûté par le chant de Väinämöinen, et obligé de se racheter en lui offrant sa soeur Aïno (il y a tout un long dialogue fastidieux à retranscrire, où il offre de nombreuses choses, à chaque fois refusées par Väinämöinen); il finit par retourner chez lui (v.477-580), où il est accueilli par sa mère.
Iarwain
* j'utilise la traduction déjà ancienne de Jean-Louis Perret parue chez Stock (il y a une autre édition plus récente chez Gallimard, dans la collection L'aube des Peuples)
PS: A vrai dire, je m'aperçois que j'ai davantage paraphrasé qu'analysé le texte de ce chant, mais j'espère t'avoir été utile en quelque chose.

