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Les Cavernes de Mandos
#27
J’adhère naturellement aux propos de Cédric.

Cirdan > Certes le Légendaire renvoie bien à un monde pré-chrétien. Lorsque Gandalf dit à Dénéthor, ce-dernier voulant se suicider :
« Vous n’avez pas autorité, Intendant de Gondor, pour ordonner l’heure de votre mort … Et seuls les rois païens, sous la domination de la Puissance Ténébreuse, le firent, se tuant dans leur orgueil et leur désespoir, et assassinant leurs proches pour faciliter leur propre mort » (Le Retour du Roi, livre V, ch.VII),
pourrait-on supposer, que lui, Gandalf, n’est pas un païen ? C’est un des arguments que Shippey développe in ‘JRR Tolkien, Author of the Century’, qui précise aussi que le mot anglais ‘heathen’ traduit en français par ‘païen’ est paradoxalement un mot chrétien.
Dans la lettre p.387 de 1967, Tolkien écrit aussi que seuls les sages et les Dúnedain connaissent l’existence d’Eru : «We are in a time when the One God, Eru, is known to exist by the wise, but is not approachable save by or through the Valar, though He is still remembered in (unspoken) prayer by those of Númenórean descent ».
Les Hobbits seraient en qqsorte de «vertueux païens » ;-)

Par contre dans ce genre de débat ;-) on a souvent tendance à confondre création et sub-création, ‘Monde Primaire’ et ‘Monde Secondaire’. Si comme le dit Cirdan, « la TdM n’est pas un ailleurs utopique », une autre planète, par contre le Temps Historique est bien fictif : « I have, I suppose, constructed an imaginary time, but kept my feet on my own mother-earth for place » (Lp.283,1958).

Le Légendaire appartient au genre romanesque au sens le plus large, cad au concept littéraire du « Mentir-Vrai » et Tolkien joue admirablement sur cette ambivalence romanesque, se présentant ici comme un historien, un traducteur, ailleurs comme un créateur de fiction. Par la même, Eru n’est pas Elohîms, comme Beren Tolkien.

Le Romanesque est fictif, mais le roman peut dire plus que la philosophie (et il me semble que là réside l’intention de Tolkien). A l’art de conter, de bâtir une intrigue, de faire vivre des personnages, Tolkien a joué de tous les registres de l’invention littéraire, onirique, philosophique, poétique, pour nous livrer une méditation sur l’homme et sur le monde, sur son existence dans le monde et le grand drame de cette existence.

« But since I have deliberately written a tale, which is built on or out of certain ‘religious’ ideas, but is not an allegory of them … does not mention them overtly, still less preach them, I will not now depart from that mode, and venture on theological disquisition for which I am not fitted » (L211, p.283, 1958).

Cathy, entre deux camps ;-))

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