« Je ferai, du reste, comme les rhéteurs et les grands capitaines : je mettrai au milieu les éléments les plus faibles, et m’efforcerai de garantir aux deux extrêmes, début et fin, le renfort de pensées solides et viriles »
(Pétrarque, Aux Amis. Lettres familières, Grenoble, Éditions Jérôme Millon, 1995, trad. fr. de Christophe Carraud, Livre I, p. 37).
Ainsi donc, la rhétorique et la stratégie militaire, qui ont en commun de chercher à l’emporter, adoptent le même principe d’organisation.
(Je crois qu’il faudrait lire ce passage aux élèves pour leur apprendre à faire une dissertation, en plaçant en intro et en dernière partie les réflexions les plus méchamment « trollesques », afin d’affermir leurs pensées parfois variables, voire « variaguines »... ;-))
Au passage (mais on va revenir sur cette période), le « thème » était le nom donné à un contingent militaire attaché à une région dans l’Empire byzantin des VIII-Xèmes siècles. La rhétorique et la stratégie doivent ainsi toutes deux renforcer leurs thèmes... ;-)
Quant au statut des Variags, Wayne G. Hammond et Christina Scull, dans leur The Lord of the Rings. A Reader’s Companion, livrent une information précieuse, de l’ordre du rapprochement externe également :
« L’Oxford English Dictionary indique que « dans l’ancienne chronique russe de Nestor » Variags s’emploie pour le peuple habituellement appelé Varègues [Varangians], « les vagabonds scandinaves qui envahirent aux neuvième et dixième siècles des parties de la Russie et atteignirent Constantinople », où certains formèrent la Garde Varègue [Varangian Guard] de l’Empereur byzantin » (p. 566).
Si Tolkien pense les Variags sur le modèle des Varègues [Varangians, Variags], on obtient alors plusieurs éléments favorables à la thèse de leur humanité.
À l’origine pirates et marchands, les Varègues entretenaient des relations variables avec l’Empire byzantin. Ils furent parfois recrutés comme mercenaires par Constantinople au cours du IXème siècle. C’est en 988 que la Garde Varègue sera constituée, et deviendra célèbre pour sa loyauté. Les Varègues sont donc passés d’un statut de mercenaires (qui varient en fonction de leurs propres intérêts) à celui de gardes fidèles.
De ce fait, je me demande si les Variags ne feraient pas partie des peuples auxquels Aragorn-Elessar accorda son pardon (SdA, VI, 5, p. 1033). Si c’est le cas — mais ce n’est qu’une pure conjecture —, on pourrait imaginer une garde « variague » fidèle à la personne du Roi... Le pardon d’Aragorn aurait ainsi su s’attacher ceux que les fouets des Orques ne pouvaient que regrouper. L’obligation interne du serment et de la loyauté (tiens, tiens, ça me rappelle l’Anneau de Barahir ;-)) remplace la contrainte externe due à la peur et à la violence.
À ce propos, le commandant de la Garde Varègue était appelé l’Acolyte [Akolythos], c’est-à-dire littéralement celui qui est « non-empêché ». On pourrait alors penser que les Variags étaient des humains tenus par les forces de Sauron, et qui se repentirent au point de devenir les plus loyaux des sujets. Je ne suis pas certain qu’une telle conversion aurait été possible avec des créatures de Sauron, puisqu’elle suppose l’exercice du libre arbitre (toutefois, cette remarque n’est valable, encore une fois, que si les Variags sont envisagés sur le modèle des Variags... ;-))
À cela s’ajoute un flottement dans l’attribution du nom de Varègues. Quelle est leur véritable origine ? Quelle est l’histoire de leur parcours ? Quels sont les noms qu’ils se donnaient et qu’on leur donnait ?
Je n’ai ni les sources documentées, ni les compétences suffisantes en histoire et en linguistique pour savoir les exploiter ; mais je ne serais pas surpris si quelqu’un les appliquait pour nous montrer que Tolkien (une fois de plus) se serait amusé à prendre parti dans son œuvre à propos d’une querelle universitaire de cet ordre.
Voici simplement quelques liens qui offrent plusieurs pistes :
http://encyclopedia.thefreedictionary.com/Varangian+guard
http://fr.wikipedia.org/wiki/Var%C3%A8gues
Sébastien

