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Félicitations & demande d'infos / Khand
#19
Fangorn > À cela s’ajoute un flottement dans l’attribution du nom de Varègues. Quelle est leur véritable origine ? Quelle est l’histoire de leur parcours ? Quels sont les noms qu’ils se donnaient et qu’on leur donnait ?

Dans Les Vikings - Paris, éditions Perrin, coll. "Tempus", 2004 (2002), 442 p. -, Régis Boyer étudie l’origine étymologique du mot en vieux norois víkingr, qui l’amène à soulever la question de l’étymologie du mot varègue.

Le sens de víkingr reste sujet à controverses, de par les erreurs séculaires et les idées reçus sur les Vikings. Schématiquement, on les perçoit soit comme des guerriers qui faisaient accessoirement du commerce, ou soit avant tout comme des commerçants qui ne répugnaient pas à manier les armes quand l’occasion se présentait.
D’emblée, R. Boyer élimine quatre interprétations :
- víkingr est traduit par tyrannus dans les textes cléricaux du XIIIe siècle ;
- il existerait un rapport entre vík- et víg ("meurtre, combat") ;
- ce mot renvoie au wikan, "phoque" ;
- il existerait une relation entre víkingr et le verbe víkja, "passer rapidement" (en rapport avec le knörr, le "drakkar").

Il revient ensuite sur la signification généralement reçue : víkingr viendrait de vík, "la baie, la crique". Le víkingr serait donc "l’homme de la baie, l’homme qui appartient à la baie.w Toutefois, R. Boyer doute de ce sens qui, s’il est sémantiquement suffisant, n’en est pas moins historiquement faux. Le retranchement des vikings n’a jamais été une baie, mais un îlot ou une île (Jeufosse dans la Seine, Noirmoutier pour la Loire, Groix pour la Bretagne, la Camargue pour le Rhône, Walcheren pour la Scheldt, Thanet et Sheppey pour la Tamise…). De plus « île » se dit ey en vieux norois. Il faudrait donc parler des eyingar et non de víkingar.

Víkingr serait donc un mot d’origine étrangère mettant l’accent sur les activités commerciales de ces individus. Son correspondant exact à l’est de l’aire culturelle et économique des Vikings est vaeringi, pluriel vaeringjar, soit "varègues".
A R. Boyer de poursuivre (III, "Les causes et les premières manifestations de l’expansion viking", p. 151-152) :

"Le mot se spécialisera vers le Xe siècle pour s’appliquer aux membres de la garde du corps du basileus, sans doute parce que celles-ci fut initialement constituée surtout de Scandinaves [Note 78, p. 151 : Mais cette spécialisation ne durera pas. Par la suite, les Varègues seront aussi bien des Normands ou des Anglo-Saxons], la filiation, de toute manière, restant claire. Le terme fut fort répandu, on le trouve en slave, varjag, en grec, βαραγγci, en arabe, varankh’. L’ennui – attendu ! – est que son étymologie repose sur la même ambiguïté que víkingr. Vaeringi peut dériver de vara, marchandise, ou de várar, serment solennel. Dans le premier cas, nous retombons sur l’acception marchand, dans le second (qui n’exclut pas le première, tant s’en faut), sur l’idée d’une sorte de confrérie jurée de marchands, un peu comme la guilde que nous connaissons. Dans un cas comme dans l’autre, il est difficile d’aboutir à un sens « guerrier ». Le mot slave varjag s’applique, dans les textes, indifféremment à des Suédois, des Gotlandais, des Norvégiens et des « anglianer ». […] Les varègues renverraient-ils, alors, à une sorte de confrérie où entreraient des marchands protégés par un corps de défense spécialisé ? Si les témoignages de certains Arabes, Ibn Rustah, Ibn Fadhlân, Ibn Khordadbeh, font des varègues des négociants vendant des marchandises, des fourrures surtout, contre de l’argent, de la soie (dibag) ou de la bière (nabid), et pratiquant le commerce des esclaves, le géographe, également arabe, Al’Masudi relate des guerres menées par les Rūs dans la Caspienne, en des termes qui rappellent étrangement les descriptions d’attaques vikings à l’Occident.
Nous voici donc, une fois de plus, ramenés au triangle, semble-t-il inévitable, commerce-pillage-guerre : trois activités soit simultanées, soit pratiquées à tour de rôle selon les circonstances. Mais, on n’en démordera pas, il semble bien que l’une, le commerce, ait été originelle et fondamentale."

A ce propos, en russe, varjag désigne un colporteur itinérant.
Cette démonstration amène R. Boyer à s’intéresser au phénomène rūs. Mais cela nous éloignerait peut-être un peu trop du sujet inital, non ? ;-)

En espérant que cette (courte) explication aura satisfait quelques-unes de tes interrogations Fangorn. ;-)

Cordialement,
Tilkalin.

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