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Frodon & Sam
#65
Je sens un peu d’énervement sur un sujet sensible alors que je crois que sur le fond les opinions ne sont pas irréconciliables loin de là. Je vais faire un long détour par la théologie pour chercher à le démontrer, en espérant que ce type d’argument ne sera pas rejeté « à priori » et que je ne déclencherai pas de polémiques.

Du point de vue des chrétiens, c’est Dieu qui a créé l’homme et la femme et qui les a dotés de sexes et de sexualité. Dieu étant parfait et infiniment bon, ses créations sont par nature bonnes et bénéfiques. La sexualité est donc par nature bonne et bénéfique. J’irai même plus loin elle est particulièrement bonne, plus que le reste de la création. Dans le récit de la Genèse après chaque création (de la lumière, des plantes, des animaux...) il est dit « et Dieu vit que cela était bon ». Juste après le récit de la création de l’homme et de la femme il est écrit « et Dieu vit que cela était TRES bon ». Même si ce n’est pas dit de manière explicite dans le texte de nombreux commentateurs (dont je fais partie) pense que ce TRES bon renvoie à la beauté et la pureté du premier acte sexuel entre Adam et Eve.

Si l’on va plus loin, il n’est pas abusif de dire que le sexe est chez l’homme et la femme ce qui les rapprochent le plus de Dieu. Celui-ci est créateur et père et souhaite disposer de nombreux enfants. Avoir engendré le Fils dans la Trinité ne lui suffit pas et c’est pourquoi il crée l’humanité. Etant tout puissant et capable de créer à partir de rien il aurait donc parfaitement pu créer autant d’hommes ou de femmes par lui même sans avoir besoin du concours des hommes et des femmes. Au contraire il choisit de déléguer ce pouvoir de donner la vie aux hommes et aux femmes via leur sexualité. Partant de là il nous a accordé le privilège inouï par notre sexualité d’être élevé temporairement au rang de « d’associé en création » partageant sa dignité et son pouvoir.

On peut donc affirmer que la sexualité bien vécue des époux est infiniment sacrée et signe visible (sacrement en langage théologique) de l’Amour divin. De même, on peut dire que le coït des époux (à condition qu’il se déroule dans le respect mutuel, la recherche avant tout de l’épanouissement de son conjoint avant celle de son propre plaisir et qu’il soit ouvert au don de la vie) rapproche autant l’homme de son créateur que l’oraison par exemple.

La tradition mystique Judéo-chrétienne l’a bien reconnu et les passage comparant l’union de la créature à son créateur avec un acte sexuel sont nombreux dans la bible (Tobie, Osée, le Cantique des cantiques, certains psaumes...) .Je crois d’ailleurs que la tradition mystique de la Cabale juive va encore plus loin dans cette comparaison mais je suis loin d’en être un spécialiste et je laisse à d’autre le soin de développer cette piste s’il le souhaite.

Je partage donc ton opinion Mellilot la sexualité bien vécue est infiniment bonne et même infiniment SAINTE.

Si on est d’accord sur cette conclusion le corollaire est alors le suivant. Comme la sexualité est infiniment précieuse et sainte, je n’ai plus le droit de la galvauder et d’en faire n’importe quoi. Pour prendre une comparaison je dirais que si je possède un vêtement brodé en une étoffe très précieuse, je ne vais pas le porter tous les jours pour aller travailler car je risque trop de le salir et de l’abîmer. au contraire je vais le conserver précieusement et dans une armoire et ne le sortir que dans les grandes occasions. La tentation sera d’ailleurs de le trouver tellement précieux que j’en viendrait à ne plus le sortir du tout et me contenter de le garder jalousement enfermé.

C’est probablement ce qui s’est passé petit à petit concernant la sexualité dans notre chrétienté. A force de la considérer comme sacrée on a voulu la surprotéger en valorisant exagérément la virginité et la continence. Au fur et a mesure des siècles le vêtement est resté enfermé à double tour dans le placard. A certaines époques par une bizarre inversion des mentalités on est venu à se méfier de la sexualité. Mais rien dans la théologie chrétienne ou dans les écrits des pères de l’Eglise ne justifie cette attitude.

(A ce propos on pourrait faire un parallèle avec le Judaïsme pour lequel le nom de Dieu était considéré comme tellement précieux qu’on n’avait plus le droit de le prononcer. Ou encore , dans le catholicisme, la communion au Corps du Christ fut à une époque pratiquement abandonnée car on la considérait comme trop sainte et on ne voulait pas la galvauder. Cette période a d’ailleurs correspondu avec l’époque ou la sexualité a été considérée avec le plus de méfiance)

Dans ces conditions, comment concilier ces deux impératifs et éviter d’une part de galvauder la sexualité et d’autre part de la verrouiller dans un carcan ?

La réponse est en fait simple. Il suffit de prendre pour exemple Dieu lui même qui est par définition parfait. Or Il est Amour, je dirait même qui est l’Amour, et donc toute forme d’amour sur terre doit lui ressembler. Or l’Amour de Dieu se caractérise par le fait qu’il est 1) Fidèle éternellement 2) Fécond. C’est pourquoi l’Eglise demande aux époux dans le mariage 1) la fidélité jusqu’à la mort (nous ne sommes pas éternels) 2) d’accepter des enfants dans leur foyer.

Au risque de surprendre certain, d’un point de vu canonique le passage devant un prêtre ou un diacre n’est pas nécessaire. Des époux peuvent donc parfaitement se marier validement à quatre conditions nécessaires et suffisantes

- agir librement et sans contrainte
- avoir le désir sincère de se rester fidèles tout au long de leurs vies
- être prêts à se porter mutuellement assistance en cas de besoin
- accepter d’avoir des enfants

Cette attitude serait une offense vis à vis de l’Eglise mais en aucun cas un péché contre le sacrement de mariage.

Je reviens après ce long préambule au SdA et au cas d’Arwen et d’Aragorn. Dans les conditions ci-dessus, si on accepte que l’on peut appliquer la morale chrétienne au Sda (point controversé je sais mais que j’adopte quant à moi) alors Aragorn et Arwen peuvent très bien avoir consommé leur union avant leur mariage officiel à Minas-Tirith. Cela ne me poserais pas de difficultés. Toutefois quand on sait l’amour filial qui unit Arwen à son père et Aragorn à son père adoptif, je pense quand même qu’ils ont du attendre la bénédiction officielle d’Elrond.


Reste le cas épineux de l’homosexualité. L’Eglise catholique la considère comme un péché. Etymologiquement un péché désignait une flèche mal équilibrée qui dévie systématiquement de sa course et manque sa cible. Par assimilation pécher pour un homme consiste à s’écarter de la voie souhaitée par Dieu. Si on regarde donc les caractéristiques de l’amour homosexuel, il peut être fidèle mais il est biologiquement infécond par sa nature même. En ce sens, il s’écarte de la voie tracée par le Créateur, il est donc déviant (au sens etymologique) et porteur de péché (mal-saint si j’ose un médiocre jeu de mot).

Avant de me faire lyncher par tous les défenseurs du politiquement correct de tous poils, je souhaite apporter immédiatement une précision importantissime. Le fait que l’homosexualité soit un péché ne rend pas pour autant la personne homosexuelle méprisable. L’homosexuel est un pécheur, certes, mais nous le sommes tous. Les sept péchés capitaux comporte l’orgueil, la luxure, la jalousie, la colère, la gourmandise, l’avarice et la paresse. Aucun d’entre nous ne peut de bonne foi affirmer être totalement blanc face à cette liste, chacun d’entre nous est donc « a égalité ». Pour paraphraser Jésus Christ aucun d’entre nous n’a le droit de « jeter la pierre » à ceux qui vivent l’homosexualité.

Après ce second préambule, je reviens au SdA pour revenir à Sam et Frodo. De mon point de vue Sam et Frodo font partie des « purs » de la TdM. Comme j’ai fais le chois de faire une lecture chrétienne du SdA, et compte tenu de ce que je viens d’écrire ci-dessus, imaginer que Sam et Frodo aient pu avoir des relations homosexuelles me dérange, je dirait même me perturbe. En effet cela serait totalement contradictoire avec ma conception du rôle de Frodo.

Excusez moi si j’ai été un peu long mais je souhaitais prendre le temps d’exprimer calmement la position de ceux qui sont gênés par une sexualisation à outrance du Sda, certes dans l’air du temps mais qui peut être en contradiction avec leur contradictions profondes.

Amicalement

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