Il y a déjà eu quelques essais sur la question, je me souviens en particulier d'un article intéressant d'Ursula Le Guin, il y a déjà plusieurs années de cela, notant la dualité évidente de Sam et de Frodon, la dualité intrinsèque de Smeagol/Gollum, et la dualité sous-jacente de Frodon et Smeagol, la dualité de Deagol "le secret" et Smeagol "le rampant" jusque dans leurs noms... Ce n'est pas un filtre (voire un philtre, qui sait!) plus mauvais qu'un autre pour interpréter ces personae comme autant de réalisations en reflet d'un même archétype, d'un seul individu fragmenté, en fin de compte, avec ses différents penchants matérialisés indépendamment et leurs jeux mutuels d'attraction ou de répulsion magnifiés. Le respect de Sam pour "maître" Frodon, la tendresse partagée de ces deux personnages, la haine viscérale de Sam pour Smeagol, a contrario la pitié de Frodon pour ce dernier... pourraient tout aussi bien être lues comme les différentes facettes d'une seule personne, mises en miroir par un procédé narratif visant à dédoubler les aspects et les apparences psychologiques. Au final, l'accomplissement de Sam, l'échec relatif de Frodon, la chute ambiguë de Smeagol... ne pourraient être enfin que l'aboutissement logique d'une restructuration de l'ego. L'un reste dans le siècle, l'autre "part" pour les terres légendaires, le dernier meurt au mont du Destin... Et Sam Perhael "demi-sage" de mériter finalement, mûri, enrichi de ses antagonismes défunts, accompli dans sa vie d'Homme, le nom de Panthael, "pleinement sage", dans la lettre d'Aragorn, rejetée de la conclusion. Sa part de monstre rejetée (ce que trahit Smeagol), sa part d'humanité acceptée (ce que dénie Frodon)...
Non que Tolkien ait nécessairement voulu cette interprétation, et qu'elle ait une quelconque valeur de vérité... Ce n'est qu'une grille de lecture différentielle de plus. Mais certes une autre grille que celle purement "sexuelle" qui semble tant titiller certain(e)s et qui résumerait pour eux toute l'étendue de la question... Point de sexualité, alors? Encore que... Du rapport de soi-même à soi-même, pourrait-on dire... Le regard en reflet du miroir est parfois flatteur, parfois insoutenable, et rarement exempt d'instincts viscérals et de passions désordonnées... Ah mais! Assez de bouffonneries, mon brave! Voilà que rappelant cette vieille théorie pour le plaisir, sans mesurer les enjeux de ce fuseau sans fin (au double de sens du mot, dualité quand tu nous tiens!), je prends ici de grands risques: on ne manquera pas de m'accuser maintenant de vouloir faire de Sam, Frodon, Gollum -- curieuse union triangulaire -- une apologie de l'onanisme psychologique ou un pamphlet tendancieux sur la masturbation intellectuelle. Bigre!
D.

