Donc, Didier, j'apprécie beaucoup ton interprétation de la dualité chez Sam, Frodo et Gollum. Ce qui me parait tout à fait neuf, c'est que tu y vois une ... euh ... trialité. Bien plus lorsqu'on considère Sméagol/Gollum comme une entité déjà dédoublée (mais là, j'ai pas de mot pour définir, ou alors très laid).
Si l'on considère la dimension "roman initiatique" du SdA, on ne peut pas faire l'économie d'une interprétation psychanalytique.
Aparté : - C'est justement là qu'est l'os, pour nombre d'entre nous : "Le regard en reflet du miroir est parfois flatteur, parfois insoutenable, et rarement exempt d'instincts viscérals et de passions désordonnées". Ouaip. D'où nos réactions à fleur d'épiderme lorsqu'on touche, par exemple, au "bien" ou au "mal" dans la sphère de la sexualité. - fin de l'aparté.
Si j'ai bien entravé le fil de ta gamberge (ou alors, je ne fais que suivre la mienne), c'est bien Sam le personnage central de ce trio/quatuor. C'est lui le héros de la quête, auquel le lecteur jeune ou nettement moins jeune est invité à s'identifier.
Ceci posé, je me risque (mais pas taper. Je ne suis PAS à l'aise dans l'abstrait et la psychanalyse, alors pas taper...ou alors à vos risques, moi aussi j'ai des dents :-P). Dans cette optique, la relation maître/serviteur entre Frodo et Sam, et le contraste entre le détachement de Frodo et la tristesse de Sam au moment de leur séparation, pourraient-ils s'expliquer justement par ce processus de "restructuration de l'ego" dont tu causes? Sam au début admire et obéit à Frodo - tous deux interprétés ici comme deux aspects d'une personnalité -. Au cours de l'histoire, Sam "intègre" Frodo, tandis que Frodo sans Sam, se perd, se dissous littéralement. Sam ressent d'abord une sensation de perte et de vide - comme celà nous arrive à tous, lorsqu'un aspect, et qui nous est cher, de ce que nous croyons être se brise et disparaît, - puis plus tard, retrouve la sérénité, après avoir compris qu'une part de Frodo vivra toujours en lui.
Et bien voilà voilà. J'ai peut-être tort, peut-être pas. Possible que Ronald Tolkien, notre petit père à tous, n'avait pas tout ça en tête. Mais nous si. Alors pourquoi pas?

