J'avais moi aussi envie de m'exprimer sur ce sujet même si j'ai le sentiment qu'à ce stade çà n'apportera plus grand chose. ^^
N'est-ce pas un peu réducteur de limiter la notion d'homosexualité (malgré son étymologie évidente) au seul acte sexuel ? Si on le considère plus largement comme un sentiment amoureux, alors cela relève autant du domaine affectif que du désir charnel. C'est plutôt sous cet aspect -amoureux et pas seulement sexuel- que je vais utiliser la notion d'homosexualité malgré la définition du dictionnaire. ^^
Il y a des exemples de relations amoureuses dans le SdA mais Tolkien ne le traite pas sous l'angle de la sexualité. Il me semble avoir lu, mais je serais incapable de citer mes sources (ni même de l'affirmer avec certitude), que l'auteur avait admis une tentative de ce côté dans le traitement de l'amour naissant entre Eowyn et Faramir mais qu'il avait renoncé, ne parvenant pas à le faire cadrer avec l'atmosphère générale. De toute façon cela n'apporte rien à une histoire qui s'inscrit dans le légendaire et mieux vaut s'abstenir que mal faire.
Nous ne saurons donc jamais rien des pratiques sexuelles des personnages du récit et cela n'est pas très intéressant. Si Sam a du désir pour Frodo, c'est hors sujet, et j'admets volontiers que Tolkien n'a certainement pas vu les choses ainsi.
Il serait peut être plus approprié de se poser la question "Sam est-il amoureux de Frodo ?"
Il y a eut des réponses passionnées sur la possibilité d'une affection forte et démonstratives entre personnes du même sexe (notamment entre hommes). Je partage cette position. Mais il n'est pas malsain, bête ou mesquin de pouvoir le confondre avec l'homosexualité. Çà ne devient le cas que si on porte un jugement de valeur sur l'homosexualité et si cela devient source de discrimination.
Et puis les choses sont-elle si peu nuancées ? Ce n'est pas nier l'hétérosexualité que d'admettre qu'un individu peut éprouver des sentiments plus ambivalents. Ou situe-t-on la limite entre l'hétérosexualité et l'homosexualité ? Est-ce dans la puissance des sentiments qui lie quelqu'un à individu de même sexe ? Est-ce dans l'existence d'un désir plus ou moins fort ? Est-ce dans le passage à la relation sexuelle ? Et enfin quel est l'intérêt de fixer une telle limite ? Je penses que cela est très subjectif et personnel en fin de compte. Certains ne se considèreront pas comme homosexuel alors qu'ils pourraient l'être dans le regard de l'autre.
Pour revenir à nos Hobbits donc, je me fiche bien les situer par rapport à cette limite. Peut être Sam est-il à un certain moment de sa vie platoniquement amoureux de Frodo. Je ne trouve pas honteux qu'on puisse l'interpréter ainsi. Je penses juste que l'homosexualité n'est pas l'objet et que ce n'est pas ce qu'a voulu exprimer l'auteur.
Maintenant, c'est en effet une belle histoire cette amitié entre les 2 héros mais j'ai le sentiment que l'attachement de Sam pour Frodo n'est pas le même que celui de Frodo pour Sam.
Très tôt dans le récit Frodo semble un peu en dehors du monde. D'abord contemplatif comme Bilbo, un brin asocial malgré qq amis, la tête souvent ailleurs, et pas vraiment pragmatique. Avec l'épreuve de l' Anneau cette tendance au détachement du monde est exacerbée .
Frodo a donc beaucoup d'affection pour Sam mais ne lui est pas attaché. Sam en revanche semble éprouver un certain besoin de la proximité de son ami. Il le suit partout dès le début de son périple, mais même lorsqu'il est marié avec Rosie et père de famille, il est tiraillé entre les siens et Frodo. Le seule solution qu'il trouve est d'emménager chez lui.
Pour Sam, la fin de l'aventure signifie ainsi la perte progressive de son ami. Malgré une vie pleine et épanouie, il reste un comme un regret, l'impossibilité de perpétuer sa vie avec Frodo même s'il finit par habite chez lui.
Au delà du détachement et la lassitude de Frodo, peut être peut-on y voir Mais comment concilier un tel attachement à quelqu'un avec une vie de couple et de famille ? Car le couple de Sam et Rosie est en un sens antagoniste du couple Sam / Frodo,
Sam ne connait l'apaisement qu'après le départ de Frodo, aussi douloureux cela soit-il.
Quelques citations du T3, Chapitre IX. LES HAVRES GRIS :
Page 418 :
« - Je vois, dit Frodon. Tu veux te marier, mais tu veux aussi vivre avec moi a Cul de Sac ? Mais, mon cher Sam, c'est bien facile ! Marie-toi aussitôt que possible et viens t'installer ici avec Rosie. Il y a assez de place a Cul de Sac pour une famille aussi grande que tu la peux souhaiter. [...] »
Page 421 :
« - Alors, Sam, dit Frodon, je voudrais que tu voies avec Rose si elle peut se passer de toi, de façon que toi et moi nous puissions partir ensemble. Tu ne peux aller loin, ni t'absenter longtemps a présent, bien sûr, dit-il d'un ton de vague regret. [...] »
Page 424 :
« ...] Ne sois pas trop triste, Sam. Tu ne peux être toujours déchiré en deux. Il te faudra être un et entier pendant de nombreuses années. Tu as tant d'objets de jouissance, tant de choses a être, et tant a faire. [...] »
Peut être un écho de ce que Tolkien avait pu ressentir dans sa vie ?

