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Psychocritique
#1
Salut,

J'essaie encore une fois de poster ce message, qui devrait se trouver dans celui de Frodon & Sam, mais j'ai des probblèmes ???
[Édit (Yyr) 2020 : ce fuseau fait suite à deux échanges en particulier de Cathy avec Silmo et Vinyamar]

La psychanalyse a fourni une méthode et des outils à une critique littéraire , la psychocritique, qui étudie les rapports de l’œuvre avec son auteur. Tolkien, dans une lettre, critique cette critique, mais passons outre.

Tolkien a perdu jeune ses parents. J’ai vécu une telle expérience et je sais qu’on ne sort pas indemne de ce genre de situation. Dans une perspective freudienne, les traumatismes psychologiques de l’enfance, les relations premières de l’enfant et de ses parents sont des facteurs essentiels dans la formation de la personnalité.

Cette souffrance, certains l’exprimeront par des névroses ; à mon avis Tolkien a extériorisé sa souffrance, de manière positive, grâce à la création, d’une certaine manière il y trouva là son ‘salut psychique’ (salut au sens d’équilibre). Et cette souffrance est à la base de son humanisme et je crois c’est cela qui m’a d’abord séduit dans le légendaire.

Ainsi Barthes écrit :

Bachelard a montré que l’imagination poétique consistait, non à former des images, mais bien au contraire à les déformer ; et en psychologie, qui est le domaine privilégié des explications analogiques … on sait maintenant que les phénomènes de dénégation sont au moins aussi importants que les phénomènes de conformité : un désir, une passion, une frustation peuvent très bien produire des représentations précisément contraires ;…une œuvre peut être le fantasme même qui compese la vie négative … l’imitation [pris dans un sens très large] suit des voies retorses ; qu’on la définisse en termes hégéliens ou psychanalytiques ou existentiels, une dialectique puissante distord sans cesse le modèle de l’œuvre, le soumet à des forces de fascination, de compensation, …

Essais Critiques, 1964, p.249

Il me semble que Tolkien s’est comparé à Beren, tout en reconnaissant que ce dernier était son contraire, plus grand, plus beau, plus courageux et aussi son couple à celui de Beren/Luthien (cf.L.p420, 1972). Mais je dirais plutôt que le couple fictif (suivant la logique barthésienne) représente le couple idéal, l’antithèse du sien, peut-être un échec dans la réalité (le summum de la notion de couple représenté d’ailleurs dans celui de Tom Bombadil et Baie d’Or). Bon je sens que l’on va crier au scandale, mais Les Lettres et la Biographie de Tolkien restent, il ne faut pas se leurrer, des morceaux choisis, autorisés à la publication.

De même, la représentation de l’amitié de Frodo et de Sam, n’est-ce-pas une façon d’extérioriser un sentiment de culpabilité ; la première guerre mondiale lui a pris 2 amis très chers, mais lui, Tolkien, tombé « heureusement » malade, fut épargné ; Sam, par contre restera jusqu’à la fin avec Frodo et celui-ci ira jusqu’au bout de ses forces, tout en reconnaissant son incapacité ; pas un ne faillira.

Aussi, à un autre niveau, la théorie de l’inconscient collectif, selon Jung, peut rendre compte du succès de Tolkien ?
L’analyse des rêves a montré à Jung que notre inconscient était hanté par des thèmes mythologiques, des dieux  et des diables, des géants, des magiciens, des loups-garous. Ces images que Jung appelle archétypes se retrouvent dans toutes les  religions primitives, dans les contes de fées, dans les légendes de tous les folklores. Ainsi notre inconscient plongerait dans « l’âme collective historique ». Notre inconscient hériterait de ces images ancestrales, venues du plus lointain des âges et qui dès notre naissance seraient présentes en chacun de nous.

En conclusion, l’œuvre de Tolkien rapporte autant les traces  de conflits personnels que les plus lointaines angoisses de l’humanité au cours de son histoire.


A+

Cathy, bien dans ses baskets ;-))
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