La psychocritique tres certainement specule avec une forte probabilite d'erreur, et lorsqu'on s'accorde pour dire qu'elle a touche un point veridique, elle appauvrie generalement le sujet qu'elle s'est donne d'etudier.
Il me semble qu'un certain Gandalf, au Troisieme Age de notre monde dit bien que celui qui cherche a briser une fleur pour la comprendre a perdu les sentiers de la raison... Sans vouloir t'offenser, Cathy, je te vois dangereusement approcher avec ta tondeuse a gazon sur le jardin anglais du vieux Professeur...
Je ne te suis pas dans l'eventuelle "culpabilite" de Tolkien pour expliquer la relation Sam/Frodo. Ce que je noterai plutot, c'est combien la culpabilite du lecteur est plus en jeu qu'autre chose. Je crois que c'est TB qui, dans l'autre fuseau, s'avouait gene par la soumission de Sam a Frodo.
A mon avis, la relation hierarchique des etres n'est rejete que par une minorite culturelle dans l'histoire du monde, meme si nous sommes en plein dedans. Et issue de cette culture ou "tous les hommes naissent et demeurent libres et egaux", on est soudain ennuye, et on se sent oblige - a tort - de justifier la relation Sam/frodo comme le produit d'une angoisse personnelle, alors que je suggererai volontiers l'idee que Tolkien ne voit aucunement quelquechose de foncierement nefaste dans les rapports hierarchiques (qu'il sait briser cependant quand la raison le demmande; ainsi Beregond a Minas Tirith se mutinant contre les ordres de Denethor pour sauver Faramir du bucher).
Je crois que c'est dans Tolkien and the Critics (Cathy, tu me reprends si je me trompe) qu'il y a cet article "No sex, please - We are hobbits"? Il y a longtemps que je l'ai lu et ca ne me laisse pas un souvenir imperissable, ni sur le plan litteraire, ni sur la pertinence du propos.
Tu fais un parallele entre Sam et Tolkien, l'un pouvant etre considere comme lidealisation heroique de l'autre, accompagnant son (ses) ami(s) jusque dans la mort. Or Tolkien refuserait sans doute une image de Sam comme idealisation de lui-meme, car il l'a cree consciemment en tant qu'hommage aux soldats poilus (bien meilleurs que lui selon ses dires). Or, on sait qu'il etait au-dessus du simple soldat hierarchiquement (il travaillait dans la transmission des informations en morse, etc...)et possedait un soldat a son service. Ce qui me fait d'ailleurs penser que la these de Thomas (que rejete Silmo), quite a conjecturer puisque chacun semble decide a le faire d'une relation militaire n'est peut-etre pas a ecarter completement. Dans cette lecture le soldat devoue a Tolkien durant la guerre se rapprocherait de Sam, tandis que Tolkien lui-meme serait une ebauche de Frodo (tombant malade l'un comme l'autre a plusieurs reprises; meme si la maladie de Frodo vient de blessures). Cependant, je n'arrive pas a voir ce qu'il y a de litteraire dans ce rapprochement, qui reste de toutes facons insuffisant pour expliquer la force dune telle oeuvre.
En gros les essais freudiens ne sont pas apprecies? Pourquoi?
Chacun a sans doute ses raisons particulieres, la mienne comme je le dit plus haut est liee au fait que je ne considere pas interessant (mais ce n'est qu'un critere personnel; je n'empeche personne de trouver une legitimite a ce type d'etude) de savoir si tel ou tel attitude reflete telle ou telle angoisse de l'auteur. Et puis, comme le souligne JRRT lui-meme dans les Letters, le fait que Beethoven soit violent avec ses neveux n'apprend pas grand chose sur son genie. De la meme facon, ce n'est pas en remarquant que Tolkien s'est idealise dans le personnage de Beren qu'on va mieux comprendre ce qui fait la force de la legende de Tinuviel. En fait les rapports qui lient une oeuvre a l'inconscient de son auteur sont a prendre avec un maximum de precautions, car malgre Freud, l'etude de ce domaine est encore toute jeune - en quelques sortes, on tente d'etudier la face engloutie d'un Iceberg avec un masque et un tuba. Peut-etre meme en est-on encore a un stade trompeur, comme l'epoque de la conceptions des humeurs en medecine. Car finalement, prenons l'interpretation des symboles - il y a de nombreux exemples d'erreurs sur le sens d'un terme qui aboutissent a des theories pipees (j'ai le souvenir d'une biographie psychanalityque d'Edgar Poe qui est maintenant bien sujet a controverse). Je ne vais pas nier tout interet a cette etude (comme je l'ai fait au debut par pure provocation :-)), mais je la rapprocherais d'une de mes lubies que d'aucuns ne prennent pas au serieux autour de moi: la science des courses. Je me suis assez penche sur les courses de chevaux depuis plusieurs annees pour savoir qu'il s'agit d'une science, mais d'une science inexacte, faite de suppositions de theories toujours renouvelees qui font que certaines personnes la rapproche du hasard. C'est faux.
La psychanalyse est elle aussi pieds et poings liees a la suposition, l'hypothese. Car considerer des angoisses de quelqu'uns par un texte fictif, ca n'est, malgre tout ce que l'on pourra dire, pas aussi limpide que par les paroles d'une personne sur un sofa. Or, il semble quu'il n'y aye guere de chance pour que l'on retrouve le psyuchanalyste cache de Tolkien.
Plus serieusement, je suis bien evidemment d'accord avec toi Cathy, pour dire que le deces de ses parents lorsqu'il etait tres jeune, la perte de deux de ses trois meileurs amis a la guerre, ont de toutes evidences un lien majeur avec sa creation (pour ses amis Tolkien le dit d'ailleurs clairement dans sa preface a la seconde edition du SdA). Mais, je ne reduirais pas cette relation uniquement a l'idee d'un "salut psychique".
Enfin, je crois bizaremment que c'est la meme raison qui nous a "seduit dans le legendaire", mais qu'on ne l'envisage pas sous le meme angle, tout simplement. Cette souffrance (exprimee dans la relation des personnages a la mort, l'amitie et la nostalgie) est a la base de mon amour pour cette oeuvre, car l'exploitation unique et extremement sensible de cette thematique (dans le SdA comme dans HoME) interroge mon for interieur sur ce qui m'importe le plus dans la vie. Simplement, pour pinailler je ne parlerais pas de l'"humanisme" d'un auteur si violemment oppose a la Reforme et plus generalement a la culture de la Renaissance.
Bien-sur je me doute que tu utilises le mot dans son sens moderne, mais derriere une simple querelle de vocabulaire, il y a parfois des enjeux tres importants et je ne doute pas qu'on pourrait faire une these de doctorat sur l'aspect "anti-humaniste" de l'oeuvre tolkienienne. Mais quelquesoit ta lecture,
Anar kaluva tyelyanna
Namarie
Cirdan
PS: Je me pose une question assez stupide. Pardonne-la moi mais ca m'echappe... Durant toute ma scolarite post-bac, je me suis rendu compte que, majoritairement, les filles sont beaucoup plus portees que les garcons sur l'interpretation psychanalytique des texte. Ca veut dire quoi, docteur Cathy? on fuit la realite, nous autres males "faux forts", "vrais faibles"?? :-)) :-)))

