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Psychocritique
#36


Lothiriel

Lothiriel Wrote:Dans un post, Vinyamar, tu compares la psycho au "soin" donné par les confesseurs et les amis. à mon avis, il ne faut pas les assimiler

Ce que je disais sur le lien psychologie / ami / confesseur était un maladroit raccourci d'un des points mis en avant par le psychologue Tony Anatrella (prêtre de son état, mais exerçant le métier de psychologue et pas autre chose). Il disait assez justement (je trouve) que les premières thérapies se faisaient par les amis, et que la consultation d'un spécialiste se faisait pour les cas qui nécessitaient des soins plus profonds. Ca ne veut pas dire qu'on peut utiliser un ami comme un psy, mais que de fait cette relation soigne déjà à elle seule bien des cas bénins.
Pour les confesseurs, je voulais signaler que de la même façon, jusqu'à Freud, ils arrivaient à soigner (involontairement, si l'on veut) bon nombre de cas - et le simple aveu dans la confession y était pour beaucoup. On n'a pas rencontré beaucoup plus psychologue que St Benoît dans sa 'règle' religieuse . Il y témoigne d'une connaissance du genre humain particulièrement fine, et loin des études psychologiques.
Cela pour dire que la "psychologie" n'est pas la seule voie vers la connaissance humaine ni le soin psychologique.

Quote:quant à l'approche psychanalytique d'une oeuvre, tant qu'elle ne prétend pas être la vérité seule et absolue, elle a sa légitimité propre, qui est une approche des comportements humains

Ben justement. Elle n'intéresse donc pas le lecteur d'une oeuvre. Etudier l'auteur, et étudier son oeuvre, sont deux choses quand même différentes. A moins qu'on veuille étudier les comportements humains des héros d'une oeuvre, mais alors là c'est n'importe quoi
(pour une fiction, j'entend). Les comportements humains de Tolkien s'insinuent certainement dans son oeuvre, mais ils ne la résument ni ne l'expliquent. Ca peut être intéressant, pour ceux qui veulent vivre dans cet univers fantomatique qu'est la psychologie et tout y ramener. Pour les autres, ça n'a que très peu d'intérêt, disons (comme je le disais) autant que l'opinion ou l'étude d'un autre lecteur (qui n'est pas inintéressante en soi, mais n'accapare pas toute les légitimités).

Pour le reste, je suis d'accord.

Yyr

Yyr Wrote:[ta] rencontre avec elle se sera faite j'imagine avec un 'pro' qui aura eut le chic de décortiquer ses sujets d'une certaine manière en brisant tout leur mystère

Oui, euuh, je ne sais pas. J'ai rencontré trois vrais psychologues, et une quantité de prétendus psychologue (durant mes études en école de commerce - oral de personnalité devant un jury, etc...). Le premier a passé sur moi comme l'air ! Pas senti ! Le second, c'est le Père Tony Anatrella. Admiratif, il réfléchit vraiment et sainement, mais il ne parvient pourtant pas à réintégrer la dimension spirituelle de la personne dans son discours - plus quelques bémols. le troisième, juste avant de partir en mission, parce qu'on nous le conseillait ( et puis pourquoi pas) : j'ai perçu un univers profondément sombre, ténébreux, l'homme (tout homme) est pourri, incapable, abîmé, dangereux... et où seul l'homme peut le sauver (un spécialiste). Ca ne mène à rien, tous ceux qui y sont passé ont mis un jour à s'en remettre, et il y a eu des dégâts chez certains .
Mais le problème que j'ai avec la psy n'est pas dans les personnes que j'ai rencontrées (ou alors inconsciemment), mais dans son attitude prétentieuse.

Quote:C'est ignorer les autres dimensions de sa réalité : dimension spirituelle entre autre

Voilà, tu m'enlève les mots de la bouche... Mais il n'y a pas que ça !

...Bon,je n'ai pas encore fini de lire ton excellent fuseau sur Etude et créance ( = véracité ?) secondaire. Mais j'ajouterai un commentaire plus bas, qui est lié à ce qui est dit là bas, mais qui n'ayant pas le niveau des autres interventions restera ici.

Fangorn

Fangorn Wrote:dégager une structure psychologique à la fois chez l'auteur et chez l'interprète n'a rien d'un fonctionnement à vide.

Le fonctionnement n'est certes pas vide, et il est même très plein... très très rempli. Il faut bien, puisqu'on s'appui sur une matière que je nomme fantômatique (non pas inexistante). Elle est si peu saisissable qu'il faut répandre des étages de démonstrations pour en garder un bout.

Quote:l'interprétation peut se partager

Pas si sûr. J'en lis des interprétations. Je ne les partage pas toutes. Ce sont ces interprétations qui ont déclaré que Tolkien (et ses oeuvres) étaient racistes, que Harry Potter était une image du Christ, et d'autres imbécillités pourtant extrêmement bien argumentées (qui en dérouteraient plus d'un) mais qui se gourent royalement. Et c'est exactement ce que je peux te démontrer en prétendant être capable de te sortir la même interprétation de trois oeuvres aussi radicalement différentes que les trois petits cochons, le SdA et Akira (on abandonne la chanson)... et ensuite sortir une interprétation qui reniera la première et dira l'inverse. J'ai déjà des pistes (si tu me demandes de le faire, je ne t'offrirais qu'un plan ou un brouillon d'exposé... je n'ai pas les compétences assez poussées, ni le temps, mais je montrerais que c'est faisable).

Quote:la psychanalyse porte sur le psychisme humain quand même :-)

Le quoi ? Quelqu'un sait ce que c'est ? Quelqu'un sait-il comment ça s'approche, comment ça se touche, comment ça se déchiffre ? Ca existe vraiment ? Et si c'était le nom donné à autre chose, de plus grand, ou de plus petit. Si on se gourait ? C'est quoi le psychisme humain ?!
Je ne dis même pas que la psychologie altère les sentiments humains (au contraire, je crois qu'elle s'appuie dessus), mais qu'elle ne touche pas véritablement le fond de l'homme. Je ne sais toujours pas comment le dire.
Une machine me livre des chiffres: il y a tant de mots, tant d'occurences du même mots, tant de pages, etc... Des données qui reposent sur la matière de l'oeuvre. Un homme (lecteur) me donne ses sentiments, les siens. Personne ne demande à vérifier. Il peut me donner aussi sa réflexion sur le sujet, la sienne, il peut me distribuer une étude passionnante et avec laquelle je serai d'accord, ou non, cela restera son étude, et mon accord. Un autre pourra faire une tout autre étude, et je pourrais là encore choisir ce qui me convient chez chacun. Jusque là l'homme est concerné.
Puis la psychologie arrive. Quelle est sa matière, nous l'ignorons (le non-dit ? Le néant donc ? ). Quels sont ses outils, nous l'ignorons. Mais elle prétend donner L'interprétation de l'oeuvre, en fonction de l'auteur . Elle ne dépend plus d'un homme, ne demande plus l'approbation ou non, elle se pose ! Elle s'impose. Elle est une science ! Donc elle se croit objective (indépendante du sujet), etc... (cf mes anciens posts).
Mais en plus (pour clarifier mon terme fantomatique), elle n'a pas étudié ce qui est, ce que l'auteur a livré, ce qu'il a été en dehors de son oeuvre (du moins pas seulement), mais elle étudie surtout ce que personne ne sait, personne ne voit (surtout pas le propre auteur de l’œuvre), ce que personne ne peut vérifier, ni même simplement jeter un oeil pour se faire son idée. C'est ce que j'appelle l'impersonnalité de la psychanalyse. Et tout cela fait que je la présente comme un fantôme, puisque retirant des fruits d'un monde auquel personne n'a accès, qui n'existe peut-être pas...

Quote:puisqu'on connaît rarement ses fonctionnements inconscients.
(...)
Mais puisque son œuvre lui (l'auteur) échappe...

Voilà, c'est EXACTEMENT ce que je reproche à la psychanalyse. Je crois que cela résume tout !
Je suis bien conscient qu'on ne peut pas connaître tout de soi-même, et que l'inconscient (appelons-le ainsi) m'échappe justement. Mais je pense que quand quelqu'un met le doigt dessus, un homme censé, après réflexion et auto analyse devrait être capable de reconnaître si telle pensée, telle idée, peut provenir de lui ou non. Je vote pour le droit à la reconnaissance de son propre Moi, je ne crois pas, malgré ce que je viens de dire, que quelqu'un d'autre (homme) puisse mieux me connaître que moi même, mais il peut m'aider à mieux me connaître en cernant des choses que je ne vois pas. Mais personne ne peux me dire : "tu ne sais pas qui tu es, ni ce à quoi tu penses, je vais t'expliquer" et continuer à dire une fois ma reconnaissance faites "mais si, puisque je te le dis !". NON ! à la déresponsabilisation du Moi ! Si un autre peux le voir, qui ne me touche pas profondément, moi , qui puis atteindre la profondeur de mon être, peut aussi légitimement le voir, ou voir qu'il y a erreur.

Quote:Voilà où ça mène, les profs de philo qui ne font pas assez bien leur travail : les gens finissent par citer le Monde de Sophie ;-))

Mea culpa ! En plus je l'ai cité deux fois. J'avoue que j'ignorais que d'autres auteurs avaient utilisé le même procédé qui cherchait à montrer un livre sortant du pouvoir de son auteur. C'est la seule chose qu'il fallait lire dans cette pauvre création (après les dix première pages) qu'est en effet ce bouquin (je n'encourageais pas à le lire, désolé pour ceux qui se sont précipité en magasin :-) )

retour en vif

Après réflexion, je poserai quand même un commentaire dans ton fuseau, Yyr, cela se prêtera mieux qu'ici.

Donc, euuh, j'ai sûrement encore des trucs à dire ici, mais on va faire dans l'ordre.

A +

Vinyamar
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