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L'anneau de Gyges
#6
Désolé, Nikita, je ne vais pas répondre à tes questions, mais simplement donner quelques informations sur la postérité littéraire de cette histoire de Gygès (tant qu'on y est...;-)).

Elles sont extraites de l'article « Gygès » rédigé par Michel Potet, dans le Dictionnaire des mythes littéraires, publié sous la direction de Pierre Brunel aux Editions du Rocher/Jean-Paul Bertrand éditeur, 1988, pp. 677-687.

J'ai eu la surprise de constater que ce n'est pas l'anneau d'invisibilité qui a inspiré les textes suivants mais le récit donné par Hérodote dans son Historia (I, 8-13), qui est antérieur au texte de la République de Platon.
Pour faire très bref, Gygès a eu l'occasion de voir l'épouse de Candaule (roi de Lydie) sans son voile : celle-ci lui laisse le choix entre être dénoncé ou tuer Candaule pour devenir ensuite son époux et s'emparer du trône... Gygès fondera alors une nouvelle dynastie (dont Crésus sera l'un des descendants).
C'est en fait le thème de l'adultère et du mari trompé que la tradition retient principalement. L'anneau n'est pas systématiquement évoqué.

Il en est fait mention chez Nicolas de Damas, qui reprend une œuvre perdue de Xanthos (Les Lydiaques), chez Plutarque (Questiones convivalium, I, 5), chez Cicéron, chez Justin, chez Denys d'Halicarnasse, puis chez un bon nombre d'auteurs mineurs : Ptolémée Chennos (alias Héphestion), Aelius Aristide, Nikolaos le Sophiste, Johannès Tzétzès (polygraphe byzantin du XIIème)...

Les conteurs exploitent également cette figure du mari trompé et du complot organisé par sa femme. Voici quelques références :
  • Boccace, De Casibus illustrium vivorum, II (XIVème siècle)
  • William Painter, The Pallace of Pleasure, VIème nouvelle
  • Henri Estienne, Apologie pour Hérodote, 1566
  • Hans Sachs, Die nackat königin aus Lidia, 1538
  • Brantôme, Les Dames galantes
  • La Fontaine, Contes, 1674
  • Fontenelle
  • Dubois, Femmes galantes de l'Antiquité (6 vol. ; t. III - 1726-1732)
  • Fénelon, L'Anneau de Gygès, 1690

Le théâtre et l'opéra suivent le mouvement :
  • Adriano Morselli, Candaule, 1679, opéra en 3 actes
  • Jose de Canizares, El Anillo de Giges, y maximo Rey de Lidia, 1764, comédie.

Théophile Gautier, avec le Roi Candaule (nouvelle en feuilleton dans La Presse, 1844), redonne un véritable essor à cette histoire — tout en maintenant l'accent sur la relation entre les trois personnages — et nomme (pour la première fois ?) la reine Nyssia.
Petite interrogation : je me demande si ce nom a influencé les Eddings pour nommer le royaume de Nyissie décrit dans la Belgariade et la Mallorée.

Suivront un certain nombre de parodies, dont je tairais pudiquement les auteurs...;-)

Le texte de Gautier a notamment inspiré les auteurs suivants :
  • Robert Lytton, Gyges and Candaules, 1868
  • Keats, Vigile de Sainte Agnès
  • texte anonyme : The Folly of King Candaules. A Lay of the ancient World, 1880
  • Rupert Hughes, Gyges'Ring, a dramatic monologue, 1901.

En revanche, Friedrich Hebbel accorde une place importante à l'anneau, dans son Gyges und sein Ring (5 actes en vers, 1854). Gygès a peur de son anneau, et préfère l'offrir à Candaule. Le roi s'amuse avec cet anneau, malgré les avertissements de Rhodope l'Indienne, à qui Candaule a également proposé de le lui offrir si elle quitte son voile. L'anneau apparaît à la fois comme gage d'amitié (tiens, ça me rappelle l'anneau de Barahir ;-)) et comme auxiliaire de permissivité. Hebbel déploie le récit en prenant comme perspective la philosophie de l'Histoire de Hegel, pour qui le conflit permet l'avènement d'une nouvelle époque.

André Gide modifie l'histoire dans le Roi Candaule (3 actes, 1899) : Gygès pêche un poisson qui avait avalé cet anneau (Gide synthétise donc l'anneau de Gygès et celui de Polycrate). Puisqu'il avait offert ce poisson à Candaule, ce dernier le comble de bienfaits en remerciement de cette surprise. Le roi va jusqu'à proposer au jeune homme de passer une nuit dans la chambre de Nyssia... Les choses tourneront mal, puisque Gygès sera découvert et que Nyssia exigera la mort de Candaule.

Bref, étant donné l'étendue de cette liste (non exhaustive), il n'est pas utile d'aller chercher seulement chez Platon une lecture de cette histoire par Tolkien. Quant à savoir s'il s'en est inspiré, mes doutes sont encore plus grands...
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